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!6Î ESSAÎ SUR L'HISTOIRE

hition du conflit tant de fois élevé entre la cour et les titulaires d'ofBces de judicature.

Quant à Tacte célèbre que délibérèrent soixante dé-^ pûtes des cours souveraines, et qui fut comme une charte de droits imposée à la royauté sous forme d'arrêt du parlement*, on ne saurait, de quelque façon qu'on le juge, en méconnaître TlmportanCe. Pour la forme, c'était une usurpation du pouvoir législatif tentée à Taide du privilège traditionnel de remontrance; pour le fond, cette espèce de loi fondamentale concordait avec nos chartes modernes en donnant des garanties expresses contre Fimpôt arbitraire et les détentions arbitraires. Son texte porte : a Ne seront faites aucunes « impositions et taxes qu'en vertu d'édits et déclarac( tions bien et dûmait vérifiées ès-cours souveraines, et avec liberté de suffrages.... — Aucun des sujets du « roi, de quelque qualité et condition qu*il soit, ne « pourra être détenu prisonnier passé vinglKjuatre c( heures sans être interrogé suivant les ordonnances, « et rendu à son juge naturel^. » Outre le veto dans les questions de finance, les cours souveraines s'attri-

1. Délibérations srretéel en rassemblée des cours soureraines, tenue et commencée en la chambre de Sainl^Louis, le 30 Juin I6l8. R9C, des ûnclennei lois ftançalses, t IVII, t». 72 et suiv.

9. Délibérations des cours souveraines, etc. , art. 3 et 6. — L'article 3 prononçait la peine de mort contre toute personne employée à l'assietle ou au recouvrement d'impôts non véri&és ; on donnait à Tarti- Ole 6 lo nom à'arikle de la sûreté publique.

J>uaient le même droit sur les créations de nouveaux offices, et, ainsi armées contre toute loi qui eût modifié leur composition, elles devenaient en fait le premier pouvoir de l'État K

Si, chose impossible, la royauté, vaincue alors, se fut résignée à de pareilles conditions, le gouvernement de laFratice sersut devenu une monarchie tempérée par Faction légale des corps judiciaires érigés en pouvoirs politiques. Qu'un tel établissement, plus ré^ gulier que la monarchie sans limites, eût valu moins qu'elle pour l'avenir du pays, cela ne peut être aujourd'hui un sujet de doute. Ce qu'il y a de sympathique pour nous dans cette ébauche de révolution , c'est le souffle qui l'inspira un moment, c'est rmstinct de dé-» mocratie que révèlent certains pamphlets de l'époque, et qui perce dans les discours des orateurs du parle-r ment. Chez l'un des plus modérés, on trouve les maximes que voici : Les rois sont les égaux des autres hommes selon le principe commun de la nature, Tautorilé seule nous distingue. — L'autorité que possèdent les souverains dépend de la soumission de leurs sujets. — Les rois sont redevables de leur fortune et de leur

1. QuMl ne pourra à l'avenir être fait aucune création d'offlces, tant de judicature que de finance , que par édita vériflei es cour^ souveraines, avec la liberté entière des suffrages, pour quelque cause* occasion, et sous quelque prétexte que ce soit, et que rétablissement ancien desdiles compagnies souveraines ne pourra être changé ni ailûré. (lbid,art. 19.)

puissance aux diverses classes d'hommes qui leur obéissent, et dont les grands sont la moindre partie. — Les fonctions des magistrats, l'industrie des artisans, la patience des soldats, tous ceux qui travaillent contribuent à l'établissement et à la conservation de la royauté. — Sans le peuple, les États ne subsisteraient point, et la monarchie ne serait qu'une idée*.

Suivant la marche constante des révolutions, il y eut dans la Fronde un moment de crise où le pouvoir^ se relâchant de sa résistance , fit des concessions incomplètes*, et où une voix formidable, celle du public, répondit: Il est trop tard. C'est alors qu'à la lutte légale succéda l'action violente, et qu'après un coup d'État de la cour ' vint dans Paris cette journée d'émeute qui , renouvelant Tune des plus fameuses de la Ligue, fut nommée, comme elle, Journée des barricades. Un pareil nom appelle désormais sur la page d'histoire où il figure plus que l'intérêt de curiosité, car des sou-

1. Mémoires d'Orner Talon, collect. Michaud, 3« série, t. Yl, p 259. — J'ai touché çà et là au texte original, pour le rendre plus clair, en ' le dégageant de la forme oraloiro ou de locutions quelque peu vieillies. .

S. Yoy. lesédits rendus dans le courant de juillet 4648, et surtout la déclaration du roi vérifiée au parlement en Ml de justice le dernier jour du mois et inlitulée : « Règlement sur le fait de la juslice, police et finances et le soulagement dus sujets du roi. » Recueil des an* cieunes lois françaises^ t. XVil, p. 84 et suiv.

3. L'arrestation du conseiller Broussel et des présidents Qiarton et Biancmesnil.

DU TIERS ÉTAT. 2Co

venirs d'angoisse et de deuil viennent de s'y attacher pour nous. En lisant les faits du 27 août 1648 rapportés dans les mémoires du temps , on s'arrête pensif quand on rencontre des détails tels que ceux-ci : « Tout ff le monde sans exception prit les armes; Ton voyoit « des enfants de cinq et de six ans avec des poignards a à la main , on voyoit les mères qui les leur appor- « toient elles-mêmes. Il y eut dans Paris plus de douze a cents barricades en moins de deux heures, bordées « de drapeaux et de toutes les armes que la Ligue « avoit laissées entières. Dans la rue Neuve-Nostrea Dame , je vis entr'autres une lance traînée plus tôt « que portée par un petit garçon de huit ou dix ans, qui « estoit assurément de l'ancienne guerre des Anglois * . »

4. Mém. du cardinal de Retz , collect. Michaud, 3« série, 1. 1, p. 67. — La face de la ville de Paris étoit méconnoissable; tous les hommes jeunes et vieux, et petits enfants depuis Fàge de douze ans avoient

les armes à la main Nous trouvâmes depuis le Palais jusques au

Palais-Royal huit harricadcs faites par les chaînes tendues es lieux où il y en doit avoir, par des poutres mises en travers , par des tonneaux remplis de pavés, ou de terre, ou de moellons ; outre plus toutes les avenues des rues traversantes étoientaussl barricadées, et à chacune barricade un corps de garde composé de vingt-cinq ou trente hommes armés de toutes sortes d'armes , tous les bourgeois disant

hautement qu'ils étoient au service du parlement Chose étrange

que dans la maison du roi les ofnciers domestiques nous disoient : « Tenez bon, l'on vous rendra vos conseillers; > et, dans les gardes françoiscs, les soldats disoienl tout haut qu'ils ne combaltroient point contre les bourgeois, et qu'ils metlroient les armes bas, tant étoit grand le mépris du gouveruemeut. (JUém. d'Omer Talon, ibid., t VI, p. 265-266.)

266 ESSAI Sun L'HiSTOlRE

Si les vieilles armes des Ligueurs se remontrèrent alors dans les mains du peuple de Paris y ee fut à la voix de passions nouvelles et pour des principes nou^ veaux; Tesprit populaire de 1648 tenait moins du passé que de l'avenir. Une force toute plébéienne et purement politique venait de se dresser tout à coup en face du pouvoir royal, non pour le vaincre celte fois, les temps n^étaient pas mûrs , mais pour se rasseoir presque aussitôt sur elle-même, grandir sans cesse par le travail des idées, et reparaître, avecttne puissance irrésistible, aux jours de 1789.

La déclaration royale du 24 octobre 1648' marqua pour la Fronde un second moment critique, répondant à ce point où parviennent les révolutions quand le pouvoir accepte, mais sans résignation et sans bonne foi, le pacte que la nécessité lui impose. Un temps d'arrêt plein de défiances et de tiraillements conduisit à la période extrême du mouvement révolutionnaire , à l'usurpation de toute Tautorité dans Paris par le parlement ayant pour auxiliaires les magistrats municipaux. Les mesures qui furent prises alors au nom du salut public, la levée d'impêts et de troupes régu*

4. DéclaraUon du roi portant règlement sur le fait delà justice, police, finances et soulagement des sujets de Sa Majesté. Mém, d'Omer Talon, coliect. Michaud, 8« série, t. VI , p. »3. — Cette ordonnance n'est que la confirmation des arUcIes délibérés dans lu chambre de Sainl-Luuià ; voy. plus haut, p. 262.

Hères ^ Torganisation de la défense et de la police de la ville, rappel d'union fédérative adressé à tous les parlements ei à toutes les villes du royaume prouvent que la magistrature coalisée ne manquait ni d'm^ dace ni d'énergie ^ Sa marche en avant se continua f tant que pour la poursuivre elle n'eut besoin que des sympathies exaltées de la bourgeoisie et du peuple; son écueil fut ralliance que la force des choses l'obligea de faire ayeo les intérêts et les passions de^ la haute noblesse. Ce secours plus que dangereux devait Tentraîner hors de ses voies de probité et de pa* triotisme; dès qu'elle le vit, elle recula. Ce fut Thonneur du parlement d'avoir répondu par Tindignation

I. ..... Ensuite la cour délibéra deft moyens de la conservaiioti

publique, et pour y parvenir arrêtèrent de former un million dd livres. (Hém. d'Omer Talon, ibid., t. VI, p. 321.) — Arrêt du parlement qui déclare le cardinal Muzarin ennemi du roi et de l'État, et ordonne une levée de gens de guerre, i janvier 1649. — Idem faisant dérense à tous capitaines et soldats d'approcher à vingt lieues de Paris , et enjoignant aux villes, bourgs et communes de leur courir EUS, 40 Janvier. *^ Idem qui ordonne l^exproprlation nécessaire pour fortifier par des retranchements les faubourgs de Paris, 42 Janvier. — Lettre du parlement de Paris aux autres parlements du royaume, 48 janvier.*^ Lettre aux baillis, sénéchaux i maires, échevins et autres ofDciers du royaumoi même date.— Arrêt du parlement de Paris qui ordonne que tous les deniers publics du ressort seront versés dana les coffires de l'hôtel de ville, 49 janvier. — Arrêts par lesquels il déclare sa jonction avec les parlements de Provence et de Normandie, 28 janvier et 5 février. ( R$c, des anc, lois françaiteê , t. XVII, p. 145, .118, 119, 124, 147 et 155; Heglêtru de l'hôtel de ville de Paris pendant la Fronde^ publiés par MM. Leroux de Linoy et Douet d'Arcq,. 1. 1», p. 129 et tS5.)

et le dégoût à ceux qui proposaient de donner à la cause populaire l'appui des ennemis de la France. Contraint de choisir entre une opposition inflexible et le devoir de tout bon citoyen , il n'hésita pas; il fit sa paix avec la cour , au lieu de pactiser avec l'Espagne* . Un fait singulièrement remarquable de Thistoire de la Fronde, c'est Taccueil dédaigneux que firent les classes roturières à la convocation des états généraux ordonnée pour le 15 mars 1649 '*. Cet appel du pouvoir royal à l'autorité nationale des trois ordres, qu'il prenait pour arbitres dans sa querelle avec le parlement, fut écoulé par la noblesse, mais non par le tiers état; ni la bourgeoisie, ni le peuple des campagnes, ne se portèrent aux élections, leur foi politique n'était plus là; détrompés sur la vertu de ces assemblées où les classes privilégiées comptaient deux voix contre une, ils aimèrent mieux poursuivre une expérience nouvelle sous la conduite des magistrats de leur ordre'. Les corps municipaux reconnurent l'auto-

A, 41 mars 1649.

3. Voyez la leUre circulaire du roi pour ceUe couYocation, 23 janvier. Rec. des anc. lois françaises <, t. XVII, p. 444; voy. aussi les lettres du 4 avrU 4654, ibid,, p. 244 et 242.

3. Un arrêt du parlement de Bretagne, touchant la convocation des états généraux et celle des états particuliers de la province, porte ce qui suit : « La cour,... a arresté que le roi sera très-humblement « supplié d'avoir pour agréable que l'ordre de tout temps observé « pour la convocation des états généraux soit iiiviolablement gardé, « et qu'ils ne soient assemblés que par lettres-patentes vérifiées en

rite suprême du parlement * ; celui de Paris , avec son prévôt des marchands, ses échevins^ ses conseillers , ses syndics de corporations industrielles^ ses quarteniers, ses colonels et capitaines de milice, fut le pouvoir exécutif des lois faites par la compagnie souveraine^. Il n'est pas sans intérêt de suivre^ dans les registres officiels 7 les actes de ce pouvoir qui s'empara de la Bastille, et qui eut quelque chose des errements de la fameuse commune de Paris'.

. Ce fut sans doute un jour d'orgueil pour la bourgeoisie parisienne que celui où un prince du sang

« parlement, et de surseoir la tenue des états de la province; et ce- « pendant fait inhibitions et défenses à toutes personnes de quelque « qualité et condition qu'elles soient , de s'y trouver et de s'assem- • bler sous prétexte desdits états. » {Rec, des anc. lois françaises ^ U XVU, p. 160.) — Il n*y eut que des élections incomplètes, et la réuuion des états fut ajournée indéfiniment; après deux ans, et sur les instances de la noblesse, elle fut ordonnée de nouveau avec de nouveaux choix de députés pour le 8 septembre 4651. Mais celte fois comme Tautre les élections, surtout celles du tiers état, n'eurent point lieu dans toute la France. Voy. ibid., p. 2S0 et sulv.

1. Parmi les villes dont l'adhésion fut déclarée, on peut compter celles de la Normandie , de la Provence, du Poitou , de la Guyenne, du Languedoc, Amiens, Péronne, Mézières, le Mans, Rennes, Angers, Tours, et beaucoup d'autres.

2. Les arrêts politiques du parlement se terminent par celte formule : i< Enjolnci au prévost des marchands ei eschevhis de tenir ta main à Vexécution; » et les ordonnances de la ville portent en général celle-ci : « Conformément à Varrét de nosseigneurs de la cour de parlement. » Voy. les Regisires de l'hôtel de ville de Paris, publiéi par MM. Leroux de Lincy et Douet d'Arcq.

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