Yoy. plus haut: ehapiires vi et yifi
Quelque embarras qu'on éprouve , comme patriote , à juger rigoureusement la politique d'un règne d'où la France sortit avec ses frontières fixées au nord et , en grande partie ^ à Test * , il faut séparer deux choses dans les guerres de Louis XIV : le résultat et l'intention; les conquêtes raisonnables , qui à ce titre subsistèrent, et les folles entreprises qui, tendant bien au delà du véritable but , purent s'y trouver ramenées plus tard, grâce à d'heureuses nécessités. La guerre de Hollande, par Fesprit de vengeance qui l'inspira et la manière dont elle fut conduite, eut ce caractère; si elle produisit les avantages territoriaux obtenus à la paix de Nimègue, ce fut parce que la cour de Madrid, en s'alliant aux ennemis du roi , lui fournit l'occasion d'attaquer de nouveau la Franche-Comté et les Pays-Bas espagnols". Un semblable accroissement de territoire ne résulta point de la guerre d'Allemagne; toutes les conquêtes faites durant cette guerre de neuf ans furent
4. Pour les compléter, il ne manquait plus que la Lorraine qui fut réunie bous Louis XV.
9. Le traité de Nimègue fut signé le lOaoût 1678; la guerre avait commencé en 4673. Par ce traité, la France rendit plusieurs villes qui lui donnaient dans les Pays-Bas une position offensive , notamment Gliarleroi, Ath, Binch, Oudenarde et Courtrui, qu'elle possédait depuis 4668; elle acquit, avec la Franche-Comté, des territoires et des villes importantes dans l'Artois, la Flandre et ie Hainaut, qui régularisèrent ses limites au nord et lui firent , à Taide du génie de Yauban , une puissante ligne de défense.- Voyez, sur l'invasion des Proviuces-Cnies et sur les traités qui lasuivinsnt, le tome IV des Négociations relatives à laê^çce8»ion d'Espagne.
rendues par le traUé de Ryswyk, ceUe j entre autre» , qui donnait à la France sa frontière naturelle des Alpes ^ Enfin 9 dans la crise amenée par rextinction de la maison royale d'Espagne*, Louis XIV, ayant à choisir , aima mieux les chances d'une couronne pour son petit-fils qu'un agrandissement de ses États consenti par l'Europe. Sa gloire personnelle et sa famille, voilà le double intérêt qu'il poursuivit de plus en plus aux dépens des intérêts nationaux, en brisant tout le système des anciennes alliances, en faisant quitter à la France le rôle de gardienne du droit public et de protectrice de petits États, pour la rendre aux yeux des peuples un objet de crainte et de haine, comme l'Espagne de Philippe II '.
Cette fatale guerre de Hollande , qui commença le naufrage de la politique de Richelieu , frappa du même coup le système financier de Golbert et faussa toutes ses mesures. Il lui fut impossible de pourvoir
1. Le traité de Ryswyk fut stgué le 90 septembre 1697. La Savoie et Nice avaient été occupées par suite de l'adhésion du duc Victor- Amédée à la ligue d'Augsbourg.
S. A la mort de Charles II, en 1700.
8. Louis XIV eut l'ambition d'être élu empereur ou de faire nommer son fils roi des Romains. Il négocia dans cette vue avec plusieurs des princes d'Allemagne; des traités secrets furent conclus par lui» en 1670 avec l'électeur de Bavière, en 1679 avec l'électeur de Brandebourg, et dans la mÊme année avec l'électeur de Saxe. Voyez sur ces négociaUons une notice de Lemontey, dans ses (ffiuvres, t V, p. 933 etsuiv.
m ESISAI $DR L'HISTOIRE
pédant ris ans bvûl dépenses d'une lutte mnée contre l'Europe «Ans se départir de Tordre admirable qu'il avait créé y sans retourner aux expédients de ses it*'vanoiers et sans compromettre les nouveaux élémenLs de prospérité intérieure. De 1672 à i6?8, tout fut njrété ou recula en fût d*améliorations économiqu s et , quand la paix flit venue, quand il s'agit de rép<' i -. les pertes et de recommencer le progrès, la pensée i la faveur du roi avaient cessé d'être avec Colberf . homme doué d'un génie spécial pour l'administrât. ^^ militaire, mais esprit étroit, ftme égoïste, flatteur s< s mesure, conseiller dangereux et détestable politiqr; le marquis de Louvois s'était emparé de Louis XIV *servant et en excitant sa passion de gloire et de con quêtes. Cette confiance sans bornes qui avait fait du contrôleur général des finances presque un premier ministre , se retira de lui^ et c'est au secrétaire d'État de la guerre que fut transportée, avec les bonnes grâces du roi , la prépondérance dans le conseil.
Réduit dès lors à la tâche ingrate d'opposer la voix de la raison à un parti pris d'orgueil , de violence et d'envahissement au dehors, de garder le trésor appauvri contre des demandes toujours croissantes pour les fêtes y les bâtiments de plaisance, l'état militaire en pleine paix, Colbert fléchit par degrés sous la fatigue de cette lutte sans fruit et sans espoir. On le vit triste et on .l'entendit soupirer à son ancienne heure
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de \(Ae'f à rheufe de s'asseofr pouf le travail' ; il se sentait à eharge dans ce qa'il voulait de bien , dans ce qu'il empécludt de mal , dans sa franchise de langage, dana tout ce que le rei avait jadis aimé de lut*. Plusiectts fois, après des signes trop certains de disgrâce, la forte trempe de son flme et le sentiment du devdr patrtotiqtie le relevèrent ene<H« et le soutinrent contre ses dégoûts ; mais enfin il y eut un jour où Tamertume de cette situation déborda et où le cœur du grand homme fut brisé.
Telle est Thistoire douloureuse des dernières années
I. Hodi remftrqolonë <iae Jusqu'à ee temps , quana K. Colbert entrait dans son eablnet, où le Toyait se mettre au travail avec un air oontent et en se frottant les mains de joie, mais que depuis il ne se mettait guère sur son siège pour travailler qu'avec Un air chagrin et en soupirant M. Goll>ert, de facile et aisé quil était* devint difficile et difOcultueux, en sorte qu'on n'expédiait pas alors tant d'affaires, à beaucoup près, que dans les premières années de sa surintendance. (Mémoires de Charles Perrault, liv. IV, p. 84, édit. de M. Paul Lacroix imri. )
3. M. Mansard prétend qu'il y a trois ans que Colbert éloit h ebargeâu roi pour les bâtiments; Jusque-là, que le roi lui dit une fois : « Mansard, on me donne trop de dégotits , Je ne veux plus son* ger à bâtir. ■ ( OEuvres de Racine, t Yl, p. 335.) — Voici, Sire , un métier fort difflciie que je vais entreprendre ; il y a près de six mois que Je balance à dire les choses fbrtes à Votre Majesté que je lui
dis l)i«r et eeHes que je vais encore lui dire Je me conQe en la
bonté de Votre Majesté , en sa haute vertu, en l'ordre qu'elle nous a souvent donné et réitéré de l'avertir au cas qu'elle allât trop vite, et en la liberté qu'elle m'a souvent donnée de lui dire mes sentiments. (Mémoires de Colbert au roi CI666;], cité par Monthyon, Particula' TUe$ sw l€ê mlni9tr$ê au finance»^ p. 73. )
de Golbert, années remplies , d'un côté, par des aosèc d'activité fébrile y et de Tautre, par ces alternatives d*éloignement et de retour, de rudesses blessantes et de firoides réparations qui marquent la fin d'une grande faveur. La tristesse, qui, sans nul doute, abrégea sa vie , se nourrissait de deux sentiments, du chagrin de rhomme d'État arrêté dans son œuvre, et d'une souffrance plus intime. Golbert aimait Louis XIV d'une affection enthousiaste; il croyait à lui comme à l'idée même du bien public; il l'avait vu autrefois assodé de cœur et d'esprit à ses travaux et à ses rêves, et, supérieur pour le rang, son égal en dévouement patriotique; et maintenant il lui fallait se dire que tout cela n'était qu'illusion , que l'objet de son culte , ingrat envers lui, était moins patriote que lui. C'est dans ce désenchantement qu'il mourut'; au lit de la mort, l'état de son âme se trahit par une sombre agitation et par des mots amers. Il (£t en parlant du roi : a Si j'avois fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet honune-là, je serois a sauvé deux fois, et je ne sais ce que je vais devenir*. » Une lettre de Louis XIV , alors malade , lui ayant été apportée avec des paroles d'amitié, il resta silencieux comme s'il dormait. Invité par les siens à faire un mot de réponse, il dit : a Je ne