‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 228 sur 446 · III: LA RÉSURRECTION DU PASSÉ · texte numérisé non relu

III: LA RÉSURRECTION DU PASSÉ

semblé toutes les opinions, non seulement chez ses compatriotes, mais en France, où il revient à Fauchet, à Pasquier, à Ménage, à Huet, aux Mémoires de Kréret et de Duclos 258. I1 revient à Crescimbeni, mais connaît aussi la métrique de Maffei et relit le De Vulgari Eloquentia de Dante #5. Il recueille des dates et des faits chez les chroniqueurs habituels, chez Monmouth, chez Robert de Gloucester ou chez Stowe, mais aussi dans des ouvrages tels que l'Histoire du Monastère de Saint-Gall d'Éccardus ou le Catalogue de la Bibliothèque de Vienne de Lambeccius ?%°, Partout où il en peut trouver quelque citation, il cherche le texte qui appuie sa thèse; dans Holinshed et dans Camden, dans Hickes et dans Wormius, dans la Vie d'Alfred de Spelman et dans les Monuments Funéraires de Weever, dans les Rôles de l’Echiquier et dans le recueil des Anciennes Tenures de Thomas Blount 261.

Deux premiers fragments ?°? posent des jalons, mais laissent la solution pendante. Avec l'essai celtique, une lumière nouvelle s'introduit, et Gray croit trouver dans l'obscurité même une certitude.

On doit à l’empereur Hadrien, dit Temple, les premiers vers rimés en latin ?%, Au cinquième siècle, la rime batelée se rencontre dans les hymnes de saint Augustin et chez Théodule. Cette rime était empruntée aux barbares, qui l’'employaient depuis la plus haute antiquité. Les bardes gallois du sixième siècle la conservent. Ii est possible que les Anglo-Saxons aient emprunté la rime aux Celtes; il est plus probable qu'ils l’apportèrent de Germanie ?4. — Tel est le fondement de la discussion, base mouvante où l’opinion oscille.

On ne trouve pas de rime en vieil anglais avant la Conquête, la poésie anglo-saxonne se distinguant par l’allitération. Mais on possède si peu de textes qu’on ne saurait absolument conclure à l’inexistence du « pseudo-rhythmus » chez les Germains. Les Evangiles d’'Otfrid en offrent même un exemple en francique. Puisque, à l’origine, Angles, Saxons et Francs voisinaient et parlaient des dialectes dérivés du « gothique » commun, ces peuples pratiquaient peut-être la même prosodie, et les Anglo-Saxons connaissaient la rime avant de s’embarquer ?55.

Sur les Celtes et les Francs, les Méridionaux marquent un retard. Ni en roman, ni en provençal, ni en vieil italien, Gray ne trouve

258. WM II 36-43; TL, II 26-7. 259. WM II 34-5, 41-2. 260. WM II 33-4, 49; CH 174.

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