‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 442 sur 446 · IV-iv LES POÈMES LYRIQUES · texte numérisé non relu

IV-iv LES POÈMES LYRIQUES

Robed in the sable garb of woe, With haggard eyes the Poet stood:

(Loose his beard, and hoary hair Streamed like a meteor, to the troubled air). (I ii 3-6)

Pour le peindre ainsi, il avait fallu réveiller les émotions des musées d'Italie, se représenter « l’Etre Suprême dans la vision d'Ezéchiel » 217, ou, comme il aimait à le dire aussi, le Moïse brisant les Tables, du Parmesan : « Clair-obscur, ressemblant à une statue. Je n'ai jamais vu de personnage plus beau. Flamme et dignité prodigieuses dans l'attitude » 28. L/artiste et l'historien s'entr'aidaient, en devinant des trésors qu’ils découvraient à peine,

Le poème possédait un caractère farouche et dramatique. Cela se passait dans un cadre d’âpres rochers, d'arbres tordus et de cavernes sonores #1. Le poète désolé, seul survivant de sa race, formait avec l’armée qu’il emplissait de stupeur un tête-à-tête puissant, et des deux adversaires, le faible l’emportait avec sa harpe fatidique ?*. I1 y avait des faces sanglantes et des oiseaux sinistres ??1!, Un réalisme atroce, d’ironiques oppositions de tableaux traçaient l’histoire de ces rois ???. Et l'enthousiasme qu'avant sa violente fin le barde éprouvait en voyant le futur n'avait pas moins de grandeur que l’emportement de sa malédiction ou la fougue heurtée de ses présages ?*,

Cet homme devenait l'expression et l'instrument d’une vérité supérieure. Il personnifiait la morale de l'expiation, l’idéal ennemi de la puissance criminelle. S’il annonçait le triomphe de la poésie, c'était en son individualité, et par son martyre. Il apparaissait comme le vrai roi que l’on détrône, le génie condamné à souffrir, et qui tire de sa souffrance sa certitude d’éternité. L’élévation que Milton avait précédemment atteinte dans une sorte de tragédie, Gray la cherchait dans Pindare. Il ne restait plus qu’à se dépouiller de Pindare, et de toute autre forme que la plus libre, puisque le poète ne voulait que parler de son âme. Mais peut-être étaient-ce là encore des intermédiaires nécessaires.

Quoi qu'il en soit, c’est bien Gray qui vivait en ce symbole, et il ne pouvait trouver de porte-parole plus pathétique, ni plus nouveau. Il avait dit maintes fois sa peur de la mort. Mais ayant parcouru psychologiquement, jusqu’à la perte de tout, et jusqu'à la solitude, le calvaire de son héros; ayant trouvé dans la poésie un asile dont il ne pouvait plus douter, et où il lui suffisait de

217 SÈP 209:

218. Lettre inédite à Bedingfield, 27 août 1756, et Mss. Mitford, c. sup. III ii n. 437, fol. 140.

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