Cavter
• 24 . INTRODUCTION
sée renouvelée comme sur la terre bouleversée ; puis l’esprit, comme la nature, a répété ses œuvres et n’a vécu qu’en s’imitant. Savait-on même, à Rome, distinguer l’invention de la copie? On y égalait aux modèles grecs les tragédies d’Ovide et de Varius. J’oserais dire enfin que cette littérature si accomplie penchait vers l’affectation. Déjà, du moins, Horace cherchaitles alliances de mots*, et donnait à son style cette perfection excessive, qui est le signe d’une invention amoindrie. Combien d’autres, autour de lui, étaient de simples artisans de phrases ! On sait l’histoire du puriste Marcellus Pomponius, qui, dans une cause, pour un solécisme, arrêta deux ou trois fois son adversaire, et l’empêcha de continuer ; Auguste prononce la remise ; Marcellus remarque que, dans l’arrêt, il y a un mot de mauvais latin. — Pourquoi Horace attaque-t-il sans merci les anciens poètes de Rome, « qui, de son aveu, avaient le souffle tragique et osaient heureusement? » Il allègue pour grief qu’ils ne sont pas assez polis, assez châtiés, assez habiles ; il a pour précepte d’effacer, de corriger, de limer sans cesse ; il enseigne par son exemple à rechercher les fines nuances de pensée, à cacher sous chaque mot plusieurs intentions, à mettre en relief les ex-