‹ Essai sur Tite Live (volume 2)Chapitre 57 sur 112 · TiteLivc.Vir · texte numérisé non relu

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PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE DANS TITE LIVE. 137 « et enorgueillira Scipion moins qu’Hannon, qui, « faute d’autres moyens, a écrasé notre maison « sous les ruines de Carthage.» Rarement, dit-on, exilé partit plus triste de son pays qu’Annibal du pays ennemi. Il regarda souvent les rivages do l’Italie, accusant les hommes et les dieux, se maudissant et appelant le malheur sur sa tête, pour n’avoir pas mené à Rome le soldat sanglant encore de la victoire de Cannes. Scipion, qui, consul, n’avait pas vu l’ennemi en Italie, osait aller à Carthage ; lui qui avait tué cent mille hommes armés à Trasimène et à Cannes, avait 'vieilli autour de Casilinum, de Gumes, de Noies'. Changez un mot dans ces imprécations éloquentes; dites qu’Annibal, avec vingt-six mille hommes, ne pouvait pas, après Cannes, aller attaquer une ville armée, dont le courage était entier, éloignée de quatre-vingts lieues, et qu’il a dû s’épuiser contre le rempart de colonies qui la protégeaient ; vous aurez en abrégé l’histoire de la guerre, que TiteLive ailleurs achève ainsi : « Alliés infidèles, maîtres pesants et tyranniques, les Carthaginois n’ont rien de ferme ni de stable en Afrique. Nous encore, abandonnés par nos alliés, nous nous sommes soutenus par nos propres forces, avec des soldats romains. Chez les Car-

1, Tite Live, XXX, 20.

thaginois, point d’arméo nationale; ils n’ont que des mercenaires, des Africains, des Numides, naturels si prompts à changer leur foi'. » Montesquieu n’a pas mieux *lit. Je ne parle pas des explications que le récit jiorte en lui-môme, et que l’historien n’a j)as besoin de commenter au lecteur, par exemple, des traits de constance et de magnanimité (pie fit Rome après Cannes; l’exposé nu des faits suffit là pour indiquer les forces des partis et l’issue de la lutte, et l’admiration du lecteur vaut un raisonnement. Peu importe sous quelle forme l’idée générale entre dans r«àme, émotion ou formule abstraite. Il faut seu- ' lement que les faits épars se groupent sous leur cause unique, que l’esprit sente ou voie leur lien, en un mot, qu’il comprenne. Comprendre des événements, c’est embrasser leur ensemble en saisissant leur loi. Si au bout du livre on admire la vertu de Rome, sa discqiline, sa prudence croissante, on saura, qu’on l’exprime ou non, la raison de son succès.

Dans la guerre de Macédoine, Philippe, par ses cruautés, concilia la Grèce aux Romains. Une fois (pi’ils eurent le pied dans le pays, les peuples incertains, moitié par gré, moitié par crainte, devinrent leurs alliés. « Dans l’assemblée des Éto-

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