‹ Essai sur Tite Live (volume 2)Chapitre 8 sur 112 · Sénèque, Quintilien · texte numérisé non relu

Sénèque, Quintilien

INTRODUCTION

de celles du Forum. Trop savantes, chargées d’antithèses, noyées de lieux communs, elles gâtaient le goût des élèves, et nous retrouverons plus tard dans Tite Live quelques traces mal effacées des anciennes déclamations.

Il est probable qu’il vint à Rome au temps de la victoire d’Actium*. Du moins il y était quand peu de temps après il écrivit son histoire, ne pouvant trouver que là les docîuments dont il avait besoin. Auguste, qui par goût et par politique recherchait les hommes de lettres, fut son ami; un jour il lui apporta l’inscription de la cuirasse de lin, mise par Corn. Cossus dans le temple de Jupiter Férétrien. Tite Live conseilla au jeune Claude, petit-fils d’Auguste, d’écrire l’histoire, et vécut assez familièrement dans la maison du prince. A la vérité, si les Suppléments sont exacts, il a blâmé le sénat d’avoir mal payé les services d’Octave; et il a excusé le meurtre de Cicéron en disant qu’il fut traité comme il eût traité ses ennemis. Néanmoins il demeura indépendant et sincère. Tandis qu’Horace et Virgile mettaient partout le prince au rang de dieux, il le nomma à peine dans son histoire, une fois pour marquer une date, une autre fois pour prouver un fait. Il loua Brutus et Cassius’^ et osa

1. Tite Live, I, 19. Cf. Vossius. — 2. Tacite, Annales, IV, 34.

INTRODUCTION

dire du grand César qu’on ne savait s’il avait été plus nuisible qu’utile à sa patrie’ ; Auguste l’appelait le Pompéien : si son histoire n’est pas la satire du nouvel empire, elle est l’éloge de l’ancienne république, du gouvernement libre et des mœurs honnêtes. Il se complaît au récit des nobles actions et «\ la peinture des grandes Ames, en homme qui ne serait pas indigne de les imiter. Il jette quelques mots en passant et tristement contre la corruption présente, « contre cette folie dos jeux auxquels les plus opulents royaumes suffiraient A peine, contre la fureur de périr par le luxe et la débauche et de tout perdre avec soi ^ ; » mais il ne déclame pas comme Salluste, qui veut paraître homme de-bien faute de l’être. 11 SC détourne volontiers de ce spectacle, et habile de souvenir parmi les grands hommes auxquels il ressemble^ Autant qu’on. peut le conjecturer, il vécut selon scs maximes ; dans un temps oü la famille paraissait une charge, et où il fallait des lois contre les célibataires, il se maria deux fois, et eut deux fils et quatre filles’; son livre est d’un citoyen, et il passa sa vie au travail.

Cette vertu fut ornée et affermie, comme celle de tous les grands hommes du temps, par la philosophie. Selon Sénèque, il composa plu-

1. Sénèque, Questions naturelles, V, 18. — 2. Tite Live, VI, 2, et préface. — 3. Tomasini, page 21.

INTRODUCTION

sieurs dialogues sur la philosophie et l’histoire, et plusieurs traites de philosophie pure, qui, après ceux de Pollion et de Cicéron, passaient pour les plus éloquents de la langue latine*. Ainsi, comme Cicéron, il fut partout orateur. Je ne trouve plus sur sa vie que deux détails; tous deux encore indiquent le goût de l’éloquence. Selon Quintilien, il conseillait à son fils do lire avant tout Cicéron et Démosthène, puis les autres, d’autant plus qu’ils sont plus semblables à Démosthène et à Cicéron. Sa fille épousa le rhéteur Magius. Rien d’étonnant qu’il ait tant aimé un art tout romain, le seul oü Rome soit vraiment originale, parce qu’il est une arme politique 'et un instrument d’action; Pollion, son contemporain, se vantait d’avoir déclamé avec une présence d’esprit parfaite, quatre jours après la mort de son fils; tant les Romains s’attachaient à l’ombre de l’éloquence morte :

Simulataquc magnis Pergama, et arentem Xanthi cognomine rivum.

Il en fut ainsi de Tive Live. Un mot de lui, conservé par Pline l’ancien*, jette une grande lumière sur sa vie : k J’ai déjà acquis assez de gloire, disait-il dans un livre de son histoire, et je pourrais m’arrêter si mon âme inquiète ne se

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