‹ Essai sur Tite Live (volume 3)Chapitre 55 sur 111 · TileLiv.^, XVIII · texte numérisé non relu

TileLiv.^, XVIII

PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE DANS TIVE LIVE. 139 liens, les AtIi<''ni(Mis (l('|>lor('r(Mil lo rava^ro o\ la d6vaslation lamcnlablc de leur lerriloirc. Ils ne se plaignaient pas qu'un ennemi les eût traités en ennemis. La p^uerrc a certains droits qu'on peul sup}>oi'lcr aussi bien qu'exercer. Des moissons brûlées, des toils abattus, des liommes et des troupeaux emmené^ comme butin, ce sont là des malheurs, non des indignités. Ce dont ils se plaignent, par les dieux ! c'est que celui qui appelle les Romains (M rangers et barbares ait violé à la fois tous les droits divins et humains jusqu'à faire une guerre sacrilège, dans sa première dévastation, aux dieux des enfers, dans la seconde, aux dieux du ciel. Tous les tombeaux, tous les monuments sont détruits dans leur pays. Les mânes 4c tous leurs concitoyens sont dépouillés de leurs asiles. Nulle part les ossements des morts ne sont couverts par la terre. Ils avaient des temples qu'autrefois leurs pores, habitants de bourgades, avaient consacrés dans leurs villages cl dans leurs petits forts, et qu'ils n'avaient ni abandonnés ni négligés, lors môme qu'ils s'étaient réunis en une seule ville. Philippe a porté dans tous ces sanctuaires la flamme ennemie; les statues des dieux mutilées et à demi brûlées gieent parmi les colonnes abattues des temples. Ce qu'il a fait de l'Atlique si belle et si ornée autrefois, il le ferait, s'il pouvail, de l'Étolie et de

loute la Grèce. On verrait dans Athènes la môme désolation, si les Romains n'étaient venus à leur secours. Car il a attaqué avec la môme impiété les dieux qui habitent la ville et Minerve gardienne de la citadelle; avec la môme impiété le temple de Cérès à Eleusis; avec la môme impiété le .Tupiter et la Minerve du Pirée. Repoussé par la force et les armes, non-seulement de ces temples, mais encore des murailles, il s'est déchaîné sur les monuments qui n'étaient défendus que par la religion. C'est pourquoi ils prient et supplient les Étoliens, par pitié pour les Athéniens, et sous la conduite des dieux immortels, et sous celle des Romains qui, après les dieux, sont les premiers en puissance, d'entreprendre la guerre ^» Trouye-t-on que cette amplification habile, si convenable à des Athéniens aussi rhéteurs qu'orateurs, fasse mal entendre pourquoi les Étoliens s'allièrent à Rome? Pour moi, je préfère ce discours si animé ù, un froid raisonnement tel qu'en ferait- Polybe ; c'est dans ce langage oratoire, et avec ce mouvement de passion que s'est décidée la guerre ; et la cause de la défection s'explique mieux dans un discours, parce qu'elle a été un discours. — Un peu plus loin, l'Achaïe, ancienne amie de Philippe, prend parti pour les Romains.

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