Tile Live, IV
leur de s'attacher à considérer l'airtiquc vertu romaine, à en suivre le déclin inscnsijjlc, puis à contempler la chute qui l'enfonce dans les vices et les débauches les plus cxlrémes. A chaque instant, dans les premiers livres, il s'arrête pour louer ou mettre en lumière des traits de courage, de probité, de dévouement, et il se trouve historien i)arce qu'il est moraliste. Lorsque les plébéiens reçurent le droit d'être tribuns militaires, les patriciens indignés et sans espérance voulurent d'abord se tenir à l'écart. « Mais l'issue des comices leur apprit qu'autres sontles esprits lorsqu'ils luttent pour la liberté et pour l'honneur, autres lorsque, le combat fini, rien n'altère plus la droiture de leur jugement. Car le peuple ne créa tribuns que des patriciens, satisfait qu'on eût tenu compte des plébéiens. Trouvcrait-oii maintenant dans un seul homme cette modération, cette équité, cette hauteur d'àme, qui furent alors celles d'un peuple entier* ! » Ces regrets de moraliste lui font remarquer la faiblesse de Rome en même temps que ses vices. L'an 346 (avant J. C), les Latins refusèrent les secours de troupes qu'ils devaient donner d'après les traités. Rome suppléa à l'armée des alliés par une armée de citoyens. » On rapporte
t. Tile Live, IV, fi.
PHILOSOPHIE DK L'IIISTOIUH UANS TITE LIVE. 151
(lu'on ciuùln iion-seulcmenl l;i jeunesse de hi ville, mais fcile lies Ciunptij^iîcs, cl <|ii'()ii on lormii dix lé^Mons (le 4200 lanlassins chacune cl de 300 chevaux. Lever aujourd'hui une i)areille armée, si du dehors quelque danfjcr fondait sur nous, ne serait pas chose facile, même en réunissant toutes les forces de ce peuple romain que l'univers a peine à contenir. Tant il est vrai que nous n'avons f,frandi qu'en ce (pii nous mine, en richesses et en luxe' ! » Telles sont les causes/ de la grandeur romaine: de fortes vertus et iinel mullilude de soldats. C'est pourquoi Rome déchoit quand ses mœurs s'altèrent et que sa population diminue. Tite Live a marqué le moment et les raisons de ce changement. Il se déclara après le hrigandage de Manlius en Asie. « La renomméo rapportait qu'il avait corrompu la discipline militaire par tous les genres de licence. Il était décrié non-seulement par les récits de ce qu'il avait fait loin des yeux, dans sa province, mais encore par le spectacle que ses soldats donnaient tous les jours. En effet, ce fut l'armée d'Asiequi introduisit à Rome les commencements du luxe étranger. Les premiers ils apportèrent des lits ornés d'airain, des tapis précieux, des voiles et autres tissus déliés, ces buffets, ces la-