‹ Essai sur Tite Live (volume 3)Chapitre 75 sur 111 · TiteLive, VIII · texte numérisé non relu

TiteLive, VIII

LKS CARACTÈRES DANS TITE LIVE. 207 moni, (|ui linil rommc un coup de hache, est l('rril)k' parce (|u'il est subil. Ju^'eons par là à (piel excès éliuenl tendues les volontés romaines. Dans rànie du magistrat il y avait comme un tribunal permanent d'où, à chaque instant, pouvait tomber la sentence toujours prête, ils n'avaient pas besoin de s'élever au-dessus d'euxmêmes pour atteindre le dévouement; ils s'y trouvaient tout portés. Ainsi les sauvages d'Amérique olîraient tranquillement leurs membres aux tortures, et, par éducation, par tempérament, par habitude, par nature, se jouaient de ce qu'osait à peine l'exaltation des martyrs. L'arusjjice ayant déclaré que l'armée victorieuse doit perdre son général, Manlius et son collègue, sans s'émouvoir, convo([ucnt la veille leurs officiers, et conviennent que là où l'on verra l'armée plier, l'un des deux se dévouera.

Par liortéde citoyen, TiteLive met en relief les belles parties de ce caractère ; par exactitude d'orateur, il en découvre les traits expressifs : car il est obligé d'ai)proprier ses raisons à son auditoire, et de toucher les passions romaines par des arguments romains. Considérez dans le discours de Camille cette religion qui n'est qu'un culte, si minutieuse, si soigneuse des formes consacrées, si attachée aux rites extérieurs, dont on observe non l'esprit, mais la lettre, qui seule em-

pcclio lo |)(Mi|)lo (r(''nii<,'rcr à Voies, i)arce que, LouLc politique el locale, elle alUicIie au sol le ^'•ouvernemcnl et le citoyen. « Nous avons une ville Ibnclée suivant les auspices et les augures. Nulendroit en elle quinesoitplein des dieux ctdc leurculte. Nossacrilices solennels ont non-seulement des jours, mais des lieux llxés.Abandonnerezvous, Romains, tous ces dieux privés et publics? Que votre action ressem])le peu à celle de ce noble jeune homme, G. Fabius, que les ennemis virent avec une admiration égale à la vôtre, lors- ({ue, parmi les javelots gaulois, descendu de la citadelle, il accomplit "sur le Quirinal le sacrifice solennel de la maison Fabia! Voulez-vous que les rites de famille ne soient pas interrompus même pendant la guerre, et que les rites publics et les dieux romains soient abandonnés même dans la paix ? Quelqu'un dira peut-être qu'on les accomplira à Véies, ou que de Voies, on enverra ici nos prêtres pour les accomplir ; ni l'un ni l'autre ne peut se faire sans violer les usages sacrés. Etpour ne pas énumérer par espèces toutes nos cérémonies et tous nos dieux, dans le banquet de Jupiter peut-on placer le i)ulvinar ailleurs qu'au Capitole? Que dirai-jO'des feux éternels de Vesla, et de cette statue, gage de domination, gardée dans son temple ? Que dirai-je de vos boucliers. Mars Gradivus, et toi, Quirinus, notre père? Voulez-

rj:s r.AR.vr.TKRKs dans TITE LIVK. 209 v()ii>; almndonnor on un lieu profane ces choses saintes contemporaines de la ville, quelques-unes plus anciennes que la ville môme "> Et voyezquelle (lillérence entre nous et nos ancêtres : ils nous ont transmis plusieurs sacrificesque nous devons faire sur le mont Alhain et à La\ inium. Lorsqu'il est contre la religion do transporter d'une ville ennemie à Rome des cérémonies, les transporterons-nous sans profanation à Véies, dans une ville dennomis ? Je [)arle du culte et des temples : (pio dirai-jo donc des jirôlros? Ne songez-vous pas quel sacrilège on commettrait? Les Vestales no peuvent avoir qu'une seule demeure, celle d'où rien ne les fit jamais sortir que la prise de la ville. Le flamino do Jupiter ne i>out rosier une nuit hors do Home sans faire un crime. Ces prêtres romains, les ferez-vous Vêiens, et tes Vestales t'ahandonneront elles, o Vesta? Et le flamine hahitant à rêlranger commottra-t-il chaque nuit une impiété que la république expiera avec lui? Que dirai-je de tant de choses que nous accomplissons avec des auspices, toutes presque dans le pomœrium? A quel oubli, à quel abandon les livrons-nous? Les comices par curies d'où dépendent toutes les affaires de la guerre, les comi-. ces par centuries dans les([uols vous créez les consuls et les tribuns militaires, où peuvent-ils se tenir avec des auspices, sinon dans l'endroiL

accoutumé?... Ici -est le Capilole, où, lorsqu'on trouva jadis une tête humaine, les aruspices répondirent que dans ce lieu serait la tète du monde et le siège de l'empire; ici, lorsque sous la conduite des augures on ôtait les autels du Gapitole, la Jeunesse et le dieu Terme, à la grande joie de nos pères, ne souffrirent pas qu'on les déplaçât. Ici sont les feux de Testa, les Jjoucliers tombés du ciel, et, si vous y restez, des dieux tous propices * ! » On voit que l'amour de la patrie est religieux à Rome, autant que politique ; les dieux sont habitants du sol et Romains ; quelle doit être la force de ce sentiment en qui les autres se réunissent! De notre^temps, ils. sont séparés. La ville qu'on habite, la religion qu'on suit, l'État où l'on est compris, forment trois mondes toujours distincts, parfois ennemis. Chez les anciens* il n'y en avait qu'un, la cité. Elle était la ville ; on lui sacrifiait la famille ; elle se confondait avec la religion ; le cœur et la pensée de l'homme étaient tout à la patrie, et, de' quelque côté qu'on regardât son àme, on ne voyait en lui que le citoyen.

Le portrait que ])eignent ces discours a-t-il tous ses traits et sa couleur vraie? Je ne le pense pas. Il est bon de dire que Cincinnatus labourait la terre. Mais un mot jeté en passant ne montre

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