Tite Uve, IV
nous lisons aujourd'hui, c'est Fabius Pictor, c’est Pison, ce sont les premiers annalistes, plus corrects, plus clairs, plus éloquents, mais avec leur plan, leurs détails, leurs erreurs, tels qu’il les déroulait dans la bibliothèque de Pollion, parmi les bustes d'airain et d’argent qui conservaient leurs traits et leur mémoire. Il a le mérite rare de n’altérer jamais un témoignage, et de ne dire rien sans une autorité.
IJ. Et ces autorités sont nombreuses : dans les dix premiers livres, Fabius Pictor, le plus ancien historien de Rome, Cincius A liment us, qui fut prisonnier d’Annibal et témoin de toute la seconde guerre punique, Calp. Pison, Yalérius An-
tias, Licinius Macer, qui consultait les livres de lin dans le temple de Monéla, Claudius Quadrigarius, Ælius Tubéron; dans les vingt-six autres, outre ceux-ci, Polybe, le plus réfléchi et le plus exact des historiens anciens, le Sicilien Silénus, ami d’Annibal, Cœlius Antipater, Cécilius, P., Rutilius, Clodius Licinius, plusieurs écrits de Caton le Censeur ; et partout enfin, les Fastes et les Livres des magistrats qui lui servent à vérifier et à corriger les dates l . Tite Live lit tous ces auteurs ensemble, et cite parfois jusqu’à quatre opinions
1 * Lachmann, passim .
42 v CHAPITRE II.
sur un seul fait. Quand, plus tard, il rencontre
Polybe, si savant, si soigneux, qu’il consulte et
estime selon son mérite, il lui joint encore les contemporains, Fabius Pictor, Cincius et d’autres, sans dédaigner môme Yal. Antias qu’il méprise avec raison. Parmi les phrases régulières du récit, tout à coup éclate une description brillante, comme la prise de Sagonte ; une narration éloquente, comme la bataille de Trasimèno. C’est que le Grec politique et raisonneur vient d’ôtre abandonné, et que Tite Live, creusant autour de lui, a retiré d’entre les monuments quelque riche peinture enfouie. Ailleurs *, trouvant du premier coup le récit pittoresque, il le suit jusqu’au bout,
l’animant encore, sans plus penser au reste, et
content d’une telle rencontre. Mais la page achevée, il aperçoit, à côté de lui, sur sa table, les autres annalistes qu’il a laissés là; il s’arrête et met leurs versions diverses dans le chapitre qui suit. Il a donc lu beaucoup d’auteurs, plusieurs à la fois, et avec grand soin. C’est assez, sinon pour un critique, savant insatiable, du moins pour un honnête homme de tout point consciencieux.