‹ Essai sur Tite Live (volume 4)Chapitre 31 sur 103 · Tite Live, II · texte numérisé non relu

Tite Live, II

* dus. S’il rencontre dans les anciennes formules quelque marque d’une conquête et d'une révolte 1 , il l’expose avec embarras, mais sans partir de cet indice pour poursuivre une vérité humiliante. A chaque instant sa fierté l’emporte

sur son bon seps ; encore un pas, il corrigeait les mensonges ; mais un instinct romain l’arrête . sur Je seuil de la vérité. Un jour, il se lasse des éternelles défaites des Yolsques : commentée petit pays a-t-il pu fournir tant de soldats? Le lecteqr

* ici crie à l’auteur d’avancer : les batailles ran-

gées sont des escarmouches, cl bien des victoires ne sont que dans les chroniques, üfais Tite Live, ayant effleuré le doute, reprend pomplaisamment lé récit monotone de ces vains triomphes. 11 est bien contraint d’avouer qu’on fut vaincu près de l’Allia. Mais à l’entendre, la cause en est la volonté insurmontable du destin. Les pomainsont été aveuglés 2 ; eux si disciplinés, si religieux, si

attachés aux usages antiques, ils ont méprisé . les avertissements des dieux; ils n’ont point su se ranger ep bataille : ils n’ont ni pris les auspices, ni impiolé les victimes. Tout est miracle, . ou plutôt tout est éloquence. Voyez ce coup de théâtre qui sauve l’honneur romain: « Avant que l’infâme marché fût accompli, le dictateur sur-

• 1. Par exemple le dicton : « Vendre les biens du roi Porsenna. » — 2. Tite Live, V, 38.

76 ' CHAPITRE II. • , r * /* *

vient; il ordonne d’emporter l’or, et d’écarter* les Gaulois. Ceux-Ci résistent, disant que le traité est conclu. Il répond qu’ün engagement

contracté depuis qu’il est dictateur , par un ma- ^ ,

gistrat inférieur, est nul, et déclare aux Gaulois qu’ils ont à se préparer au combat *. » Comparez cette longue narration romanesque à l’a- •

brégé simple et vrai de Polybe: nul doutée

chacun voit d’abord de quel côté est la fable, de quel côté est l’histoire. Pourquoi Tite Live a-t-il adopté la fable?, Cela est clair, après

ce discours de Camille : « Il ordonne aux siens . ,

dé jeter en un tas tous leurs bagages, dé pté^ parer leurs armes. C’est avec le fer, non avec 4 l’or, qu’ils doivent recouvrer leur patrie. Ils ont devant les yeux les temples des dieux, leurs .. 4

femmes, leurs enfants, le sol de la patrie défi- / gurée par tant de maux, et tout ce qu’ils doivent défendre, reconquérir et venger. » L’historien * combattait de cœur avec ses personnages; il croyait comme eux qu’il portait dans ses mains l’honneur de Rome, et triomphait dans son récit comme sur un champ de bataille. » Déjà, . . dit-il, la fortune avait tourné ; déjà la protection des dieux et la sagesse humaine aidaient Rome: aussi du premier choc ils sont dispersés sans

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