Tite Live, XVI II
liens, les Athéniens déplorèrent le ravage et la dévastation lamentable de leur territoire. Ils ne se plaignaient pas qu’un ennemi les eût traités en ennemis. La guerre a certains droits qu’on
peut supporter aussi bien qu’exercer. Des mois-
sons brûlées, des toits abattus, des hommes et . des troupeaux emmenés comme butin, ce sont lé ‘des malheurs, non des indignités. Ce dont ils se * plaignent, par les dieux ! c’est que celui qui appelle les Romains étrangers et barbares ait violé à la fois tous les droits divins et humains jusqu’à faire une guerre sacrilège, dans sa première dévastation, aux dieux des enfers, dans la seconde, aux dieux du ciel. Tous les tombeaux, tous les monuments sont détruits dans leur pays. Les mânes de tous leurs concitoyens sont dépouillés de leurs asiles. Nulle part les ossements des morts ne sont couverts par la terre. Ils avaient des temples qu’au trelois leurs pères, habitants de bourgades, avaient consacrés dans leurs villages et dans leurs petits forts, et qu’ils n’avaient ni abandonnés ni négligés, lors même qu’ils s’é-
f taient réunis en une seule ville. Philippe a porté dans tous ces sanctuaires la flamme ennemie; les statues des dieux mutilées et à demi brûlées gisent parmi les colonnes abattues des temples. Ce
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qu’il a fait de l’Attique si belle et si ornée autrev . fois, il le ferait, s’il pouvait, de l’Étolie et de
toute la Grèce. On verrait dans Athènes la même
désolation, si les Romains n’étaient venus à leur secours^ Car il a attaqué avec'' la même impiété les dieux qui habitent la ville et Minerve garr* dienne de la citadelle; avec la même impiété les temple de Cérès à Eleusis; avec la même impiété le Jupiter et la Minerve du Pirée. Repoussé par la force et les armes, non-seulement de èes temples, mais encore des murailles, il s’est déchaîné sur les monuments qui n’étaient défendus que par la religion. C’est pourquoi ils prient et supplient les Étolicns, par pitié pour le,s Athéniens, et sous la conduite des dieux immortels, et sous celle des Romains qui, après les dieux, sont les premiers en puissance, d’entreprendre la guerre 1 .»
Trouve-t-on que cette amplification habile, si con*
venable à des Athéniens aussi rhéteurs qu’orateurs, fasse mal entendre pourquoi les Étoliens s’allièrent à Rome? Pour moi, je préfère ce discours si animé à un froid raisonnement tel qu’en
ferait Polybe; c’est dans ce langage oratoire, et avec ce mouvement de passion que s’est décidée
la guerre ; et la cause de la défection s’explique
mieux dans un discours, parce qu’elle a été un discours. — Un peu plus loin, l’Achaïe, ancienne amie de Philippe, prend parti pour les Romains.