Tite Live, Vil
‘ blés à un seul pied, qui passaient alors pour des meubles magnifiques. Ce fut alors qu’on ajouta aux festins des chanteuses, des joueurs de harpe et des baladins pour amuser les convives, que les repas eux-mêmes commencèrent à être préparés
avec plus de soin et de frais, que le cuisinier, le dernier des esclaves chez les anciens pour le prix et pour l'emploi, fut tenu en estime, et que Ce qui n'était qu*un office de valet fut regardé comme un art 1 . » Déjà, dans la guerre samnite, la garnison de Cappue a comploté, comme celle de Rhégium, pour tuer les habitants et s’établir dans la ville. Ces paysans, plébéiens et patriciens ne résistèrent pas à la . conquête d'une nation voluptueuse et raffinée, dont les plaisirs subju- guaient leurs sens, et les idèës ' assujettissaient leurs esprits. Les Germains qui s’emparèrent de
l’Empire, les Mèdes, les Perses, les Arabes, con-
quérants de la riche Asie, les Mongols, maîtres de la Chine savante et polie, tous se ; sont jetés sur les jouissances offertes avec fougue et fureur parce que la tempérance et la vertu des barbares ne tiennent pas à la réflexion et à la raison, mais à l’habitude et à la pauvreté 2 . Aujourd’hui, dans Tite Liye, c’est une province pillée; demain, une ville massacrée après qu’elle a capitulé; les
I . Tite ÜyV) XXXIX, 6. — 2. Duruy, Histoire romaine , tome II,
Ch. 1 y
généraux ne sont plus obéis; une religion nouvelle apporte pour rites l'adultère et le meurtre. Cette décadence est si prompte, que Rome a peine à Unir ses dernières guerres, qu’elle est vaincue d’abord par Persée, par Numance, par Carthage, par Jugurtha, par les Cimbrcs, et obligée chaque fois de chercher, parmi les rares gardiens des anciennes coutumes, un Paul Émile, un Scipion, un Marius, qui, à force de châtiments et de travaux, renouvelle le courage et rétablisse la disci-
pline. Cependant les levées se font péniblement. Les hommes de médiocre fortune se ruinent ou périssent dans les guerres lointaines; bientôt Marius sera forcé d’enrôler les prolétaires. On sent la cause de cet épuisement, quand on a connu, par le discours d’un vieux centurion, la vie et les périls d’un soldat. « Romains, dit-il, je suis Spurius Ligustinus, né dans la tribu Crustumine, au pays des Sabins. Mon père m’a laissé un arpent de terre et une petite chaumière où je suis né, et où j’ai été élevé. J’y habite encore aujourd’hui. Lorsque je fus en âge, mon père me donna pour femme la fille de son frère, qui n’apporta rien avec elle, que la liberté, la pudicité, et en outre une fécondité assez grande mémo pour une maison riche. Nous avons six filsetdeux lillcs, toutes deux déjà mariées. Quatre de mes fils ont la toge virile, les deux autres ont encore
la prétexte. Je lus enrôlé, sous le consulat de P. Sulpicius et de C. Aurélius, dains T armée qu'on embarqua pour la Macédoine; j’y fus deux ans
simple soldat contre le roi Philippe. La troisième
année, à cause de mon courage, T. Q, Flamininus m’assigna la dixième compagnie des hastats.
Après que Philippe et les Macédoniens furent vaincus, et qu’on nous eut ramenés en Italie et licenciés, je partis sur-le-champ comme volontaire, avec le consul M. Porcius Caton, pour l’Es- — *■ •
pagne. De tous les généraux qui vivent aujourd’hui, on sait, quand on a servi longtemps sous lui et sous les autres, qu’il n’y a pas dç témoin plus sûr ni de juge meilleur du courage. Ce général m’a jugé digne du grade de premier centurion dans le premier manipule des hastats. Pour la troisième fois, je redevins soldat volontaire dans l’armée qui fut envoyée eontre les Étoliens et le roi Antiochus. M. Acilius me lit premier centurion du premier tnanipule des Princes. Le roi « -
Antiochus ayantété chassé, et les Étoliens soumis on nous embarqua pour l’Italie, et depuis^ j’ai fait deux fois le service annuel des légions. Ensuite j’ai encore servi deux fois eir Espagne, une fois sous Q. Fulvius Flaccus, une autre fois sous le préteur T. Sempronius Gracchus. Flaccus me ramena parmi ceux qu’il faisait revenir de la province pour le triomphe, à cause de leur bra-
voure; sur lademandedeT.Graçchus,je.retournai dans la province. En peu d’années, j’ai été quatre fois primipile de ma légion. J ai reçu des généraux trente-quatre prix de courage; j’ai gagné six couronnes civiques; j’ai vingt-deux années de service accompli à l’armée, et plus de cinquante ans d’àge. Quant je n’aurais pas fait mon temps et que mon îlgcne me servirait pas d’exemption, comme je puis vous présenter quatre soldats à ma place, G. Licinius, il serait juste de me donner mon congé. Mais ce n’est point pour moi que je donne toutes ces raisons, c’est pour ma
cause. Quant à moi, tant que celui qui fera les
levées me jugera capable d’être soldat, 'je ne m’excuserai jamais. C’est aux tribuns des soldats de voir de quel grade ils me jugent digne. Je lerai mes efforts pour que personne ne me surpasse en bravoure, ainsi que je l’ai toujours fait, ce dont mes généraux et tous ceux qui ont* servi avec moi sont témoins. Vous aussi, mes camarades, quoique vous usiez maintenant du droit d’appel, puisque vous n’avez jamais rien fait, étant jeunes, contre l’autorité des magistrats ni du sénat, il vous convient aujourd’hui de vous sou-
mettre au sénat et aux consuls, et de trouver convenables tous les postes où vous défendrez la république 1 . » Combien d’hommes, dans l’année