Agnel. — Le feu dévore
— Heureux qui se laisse dévorer. Il faut voiler une affreuse agonie. Je fuis la détresse des glaces éternelles. Je hais la sérénité froide, cette plate étendue de l'esprit, non pas la voûte du ciel, mais une table de pierre. Je ne veux point connaître d'autre lumière, que la plus pure région du feu.
20. Séparons nous. Mon enfant, voici la route de l'esprit passionné. Marche et brûle. Il n'est vraie connaissance que de la vie, qu'il t'en souvienne.
Je demeure. Je trempe dans la lumière en pleurs.
Je regarde avec mélancholie le ciel délicieux qu'il fait aujourd'hui sur les pins et les yeuses. Il est pareil aux yeux que l'on adore.
C'est le bleu de la vierge, la fleur de lin mystique, le feu voilé de sa propre ardeur, la douceur incarnée avec la lumière. Et toute la tristesse du monde est au fond.
Un regard n'est jamais assez tendre, s'il n'est un peu triste aussi.
Il me faut toujours du rêve ; et la prairie du purgatoire est le paysage de ma prédilection.
O mélancholie, accent pur de la profondeur la plus tendre ! Une ardente pensée fait sourire toute la douleur. Il est de ces sourires, où l'on aimerait mourir : un sourire infini. Passer dans un sourire !
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