‹ Essais d'histoire religieuse et mélanges littérairesChapitre 1 sur 47 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

et 8ur lesquelles toutes les opinions doivent être

entendues.

Des deux alliances, en effet, que nous avions

appelées de nos vœux entre la France et TAllemagne, Tune est devenue compiétemeut impossible, Tautre ne doit pas être abandonnée. Nous avions pu croire que deux grands pays, tous deux placés avec l'Angleterre à la tète de la civilisation, et menacés par les mômes dangers (le socialisme international, le catholicisme ultramontain, la Russie devenant la grande puissance asiatique), seraient assez sages pour voir leur intérêt, pour clore une histoire de luttes déjà vieille de soixante ans, et pour s'en tenir aux hmites qu'avaient fixées les derniers traités, puisque ces limites ne soulevaient de la part des populations aucune réclamation sérieuse. Il n*en a pas été ainsi. La France, ou pour mieux dire le gouvernement et la majorité des hommes politiques de la .France^ aveuglés par les principes séniles d*une politique surannée, ont eu le tort impai'donnable de vouloir re- * fiiser à TAUemagne le droit de se développer à sa guise. L'Allemagne a eu ensuite le tort non

INTRODUCTION f

moins grave de traiter aved une dureté qu'on

devait croire sortie des mœurs, et de démembrer de la façon la plus impolitique un pays qui a plus d'un titre de noblesse et qui reprendra un jour de l'importance. Nos faibles voix se sont perdues dans la tempête. La France n'a pas voulu nous écouter quand nous lui disions de ne pas trouver mauvais que les autres fissent ce qu'elle avait fait. L'Allemagne nous a dédaigneusement et presque outrageusement répondu quand nous lui avons parlé de générosité, et quand nous l'avons invitée à songer à Favenir. Nous serions bien naiifs si cela nous causait trop d'étonnement. Ce qui nous eût surpris, au contraire, eût été que ces grands orgueils qu'on appelle gouvernements, et ces masses aveulies qu on nomme peuples, eussent été capables d'autre chose que d'imprévoyance et de folie.

Ën politique, ceux que leur philosophie a rendus comme nous incapables de haïr n'ont donc désormais qu'un seul rôle, se taire et « laisser, comme dit le vieux rapsode, la volonté de Jupiter s'accomplir ». Nous apporte-

Tl INTRODOCTIUN

rions une faible et inutile collaboration à la littérature d'injures réciproques et de calom« nies qui seule, pour quelque temps, semble avoir chance de réussir. D'un autre c6té, en préchant trop obstinément le principe évangélique du pardon des offenses, quand nos adversaires ont si hautement déclaré que les rela- ^ lions des nations entre elles n'avaient rien à £aire avec l'Évangile, on aurait l'air de conniver à une duperie. — Dans la science et la philosophie, nos devoirs sont différents. La science et la philosophie ont une base absolue, objective, comme on dit en Allemagne. Le vrai est identique dans tous les pays ; la méthode pour le trouver est partout la même. L'art, la poésie, la littérature sont, jusqu'à un certain point, dioses nationales, puisque le patriotisme fournit à 1 art, à la poésie, à la littérature des inspirations essentielles. Je dis, «c jusqu'à un certain point » ; car le grand art lui-môme sait fort bien s'élever au-dessus de la nationaUté. L'art de l'Italie à la fin du quinzième et dans la première moitié du seizième siècle n'a rien de particulier à ritalie.Pour aimer et imiter Gor-

INTftOOCCTION

vit

neliuB, il faut 6tre Allemand; au oontinire, Raphaël, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Titien, sont supérieurs au temps et aux races ; ils sont

exemps de tout nœvus national. A plus forte raison, le goût, la faveur, la mode n*ont*ils aucune place dans la science. Les découvertes de Claude Bernard et de Berthelot s'imposent aux Allemands, comme celles de Virchowet de Helmholz s'imposent aux Français. Il s'agit de savoir qui a raison; voilà tout. La nationalité du savant est chose plus que secondaire. Une découverte est une découverte ; tout le patriotisme du monde se brise contre un calcul ou une expérience. La partialité nationale en de pareilles matières est, d'ailleurs, cruellement punie : une découverte méconnue se venge ; si vous la niez, elle vous tue. Négligez de vous mettre au courant de ce'qui se fisdt à Tétranger, résistez par routine aux innovations scientifiques, vous serez vaincu, c'est-à-dire puni d*en avoir moins su que votre adversaire, ou d'avoir moins bien raisonné que lui.

Il importe donc au plus haut degré de mettre la science en deiiors des haines, des froideurs,

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