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toutes les questions de certitude historique, de mérité locale, d'enseignement vrai, de passion dramatique et de goût, que font naître les annales de Tite Live, ce monument mutilé, mais si jgrand encore, érigé à la mémoire du peuple dont la trace est demeurée partout sur notre Europe.
< Depuis les érudits du seiziènie siècle et les penseurs leurs contemporains, depuis Glareanus et Machiavel jasqu^au sceptique inventeur Niebuhr, que de témoins à consulter, que de jugements à revoir, pour les corriger Tun par l'autre et en tirer l'évidence! mais ce que l'auteur a surtout heureusement interrogé, c'est Tite Live lui-même confronté avec son temps, avec la législation, les mœurs, la littérature générale de son pays* Pour cela il fallait un lettré autant qu'un philosophe, un homme de goût autant qu'un érudit ; car Tite Live, c'est l'image même de l'urbanité romaine, dans sa splen* deur élégante, après les maux de la guerre civile, mais avant les abjections de l'empire, et lorsqu'il restait encore de la liberté disparue comme un reflet de noblesse nationale et de gloire.
« Pour atteindre là, le jeune et habile érudit, vainqueur dans ce Concours, a dû faire un morceau d'histoire autant qu'une oeuvre de critique. Il n'a pas séparé le peintre du modèle, et le poète historien de tous les grands souvenirs et des traditions magnanimes qui ont fait sa poésie. C'est l'intérêt puissant du travail étendu que récompense aujourd'hui l'Académie : non que l'auteur ait nulle part pris le ton du panégyrique, ni qu'il ait naturellement l'esprit trop admirateur. Sa réflexion fine et sévère est plutôt disposée à trouver le côté faible .de la grandeur, et à relever des excès dans la louange,
autant que des torts dans la gloire. Son style net et juste, parfois énergique et nouveau, lorsqu'il exprime ses propres idées, ne se prête pas toujours à rendre avec assez d'émotion et d'éclat l'éloquence de son modèle. Il n'a pas, devant Tite Live, l'éblouissement de ces étrangers qui, venus des confins les plus reculés de^a Gaule et de ribérie, pour voir le grand historien, repartirent, après cette entrevue, sans regarder au delà, et donnant cet exemple inouï, nous dit saint Jérôme^, d'avoir cherché dans Rome autre chose que Rome elle-mkne. Notre sévère et ingénieux critique ne partage pas cette préoccupation littéraire. En jugeant Tite Live, il porte sur beaucoup d'autres sujets une attention curieuse et libre. L'épigraphe même qu'il a choisie, In historia orator, et plusieurs pages de son livre destinées à la justifier, pourraient faire croire que, par ce titre d'orateur, dont il salue Tite Live, il n'est pas, dans la louange même, assez juste envers le grand historien: Les dis- 'cours, en eflet, mêlés par Tite Live à ses récits et parfois inférieurs à quelques paroles originale!^ qui nous sont parvenues d'ailleurs * dans leur primitive rudesse, ces discours peuvent être chez lui souvent une heureuse parure de la narration : ils n'en sont pas la substance et l'âme; ils laissent dans toute sa supériorité originale un autre et plus constant mérite de Thistorien, le na-
1. Ad Titnm Liviam lacteo eloqaenti» fonte manantem de nltimîs HispaniaB Galliaramque finibns qnosdam nobiles vanisse legimus ; et quos ad contemplationem sui Roma non traxerat, nnins hominis fama perduxit. Habuit illa aetas inaa« ditum omnibus saBCulis celebrandamque miraculum, ut tantam urbem ingressi aliud extra urbem quaererent. (In Ëpist. ad Paull. D. Hieron.)