Niebuhr, t. II, p
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qui Ta jugé. C'était assez de démêler les poèmes primitifs , de retrouver les grands traits de la constitution de Rome 9 et de marquer les principaux éfénements de ses premières conquêtes. Il fallait être sohre dans ce désir de science , et comprendre que des vraisemblances douteuses ^ soutenues par des conjectures aventurées , ne méritent pas d'entrer dans l'histoire. A force de passion et de divination, on finit par devenir visionnaire. Cette phrase est-elle d'un critique ou d'un inspiré? « Pour l'observateur dont la contemplation a duré de longues années , qui l'a toujours renouvelée, qui n'a jamais détourné la vue de son sujet , l'histoire des faits méconnus » effacés, défigurés, sort de son obscurité ; elle quitte la nuit et les nuages ; elle prend un corps et une forme précise. Telle, dans la légende slave, la nymphe aérienne , d'abord à peine visible , devient fille de la terre , et se personnifie par la seule puissance d'un long regard de vie et d'amour ^ » Que spnt ces villes « toutes germaines, Lucéram, Rémuria, Quirium, fondées seulement de nos jours'?» A quoi bon chercher comment s'est formée la tradition sur Tarquin l'Ancien; supposer, par exemple, qu'un Corinthien se fixa autrefois à Tarquinies , qu'on lui attribua l'invention de l'écriture , et que , de même qu'on a rattaché Numa à Pythagore, on lui a rattaché
1. Niebnhr, t. III, p. 20. —> 2. Leclerc, des Journaux chez les Romains,
Tarquin^? Quelle est cette interprétation des années symboliques de Numa, ce compte exact des familles éteintes inventé pour expliquer le nombre des centuries que Tarquin ajouta ? « Toute apparence, dites-vous, peut tromper à la lueur incertaine de ce crépuscule. » Laissez donc ces ombres incertaines ; elles ne peuvent plus être touchées par des vivants : elles sont comme les vains fantômes qu'Ulysse aperçoit chez Hadès, dans les humides prairies d'asphodèle, et qui s'évanouissent en fumée dès qu'on veut les saisir. Que voulez-vous que le lecteur devienne parmi tant de suppositions et dé vraisemblances* ? Ici vous reportez de deux ans en arrière la prise d'une ville; un instant après vous devinez deux armistices ; plus loin, vous imaginez trois ou quatre mensonges des annalistes : Q. Fabius n'a pas repris le butin fait par les Èques. Gincinnatus n'a pas délivré Minucius ; il n'a été nommé que pour effrayer les plébéiens. Il est vraisemblable que beaucoup de villes latines sont tombées entre les mains des Volsques'; il est probable que quelques-unes se sont garanties par des traités ; il est à croire que Tusculum, Aricie, Lanuvium, se sont mises dans la clientèle de Rome. Délivrez-nous de tant de conjectures; j'aime mieux tout ignorer que trébucher à chaque instant sur des demi -croyances. Le sol s'en-
1 . Niebuhr, t. n, p. 95, 127. — 2. 76., t. III, p. U7, etc. — 3. /&., p. 3^2.
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fonce sous les pas, et Ton tend en vain les mains autour de soi pour se retenir à quelque appui. « L'issue malheureuse de la guerre ayant déterminé les Samnites à consentir à Textradition de Papius Brutulus, il est permis de supposer que ce fut une opposition politique qui paralysa et fit échouer ses conseils, précisément parce qu'ils étaient de lui. Je n'examine pas si cette opposition avait le caractère d'une faction, ou si elle venait de peuples à qui il n'appartenait pas immédiatement ^ » Cela est fort heureux, mais vous examinez bien d'autres choses. « Le parti pour lequel se décida Pontius était si étranger à l'esprit des hommes d'État de Tantiquité, qu'on ne peut guère douter qu'il ne se fût élevé l'âme par la doctrine des philosophes grecs*. 3> Et un plus loin, vous cherchez si les boucliers d'argent des Samnites étaient en grand nombre, si c'était la première fois qu'ils en avaient, d'où ils leur venaient*. Prenez garde de quitter la profonde . critique de Vico pour les puérilités de l'érudition. D'autres ont eu le tort de faire des livres sur les anneaux ou les chaussures des Romains. Un génie comme le vôtre méritait d'être appliqué à des questions plus hautes et plus certaines. Tite Live, que vous blâmez si durement, pouvait par sa discrétion vous donner un exemple de bon goût.
1. Niebubr, t. VI, p. 252. — 2. i2>. , p. 297. — 3. /&., p. 344.
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« Les dieux, dites-vous, se refusèrent-ils à ressusciter Pélops, parce qu'il lui fallait donner une épaule d'ivoire? Notre travail ressemble beaucoup à celui du naturaliste qui dégage des éléments étrangers un squelette d'ossements fossiles rassemblés avec trop de légèreté*. »» Un naturaliste comme Cuvier reconstruit la charpente d'un animal, mais ne s'amuse pas à deviner les plus petites saillies d'un os qui manque, ou la couleur de la peau qui est perdue; et nous ne sommes pas des dieux pour rendre la vie à tous les morts. Sachons estimer ce que nous valons et mesurer ce que nous pouvons. Notre esprit est trop borné pour embrasser tous les objets, trop noble pour s'abaisser à toute recherche. Il faut, dans l'histoire effacée, ne rétablir que les grands traits, parce que les autres ne peuvent pas être retrouvés et ne méritent pas de l'être. Ne corrigeons pas tous les détails de Tile Live, puisque les moyens qu'il avait nous manquent ; essayons seulement de découvrir dans son récit l'antique poésie et la vraie nature de la constitution primitive, de diminuer quelque chose des vertus patriciennes et des victoires romaines; pour le reste, imitons sa modération et sa réserve ; souvenons-nous qu'il a mieux aimé ignorer que deviner, et que, s'il a employé dix livres à abréger avec