‹ Essais de critique généraleChapitre 21 sur 139 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

golfe. — Preuve quant * l*e»paee.

L'espace envisagé dans la représentation a pour caractère essentiel la divisibilité; l'espace, chose en soi doit donc avoir des parties et des parties effectives qui sont aussi des choses en soi : la conformité de la chose et du représenté l'exige. Mais l'espace est aussi toujours et partout homogène , de sorte que s'il

a des parties, ses parties elles-mêmes en ont. Donc la division de l'espace est sans terme, et cela, soit qu'il s'agisse de l'espace total , ou de ce qu'on appelle une étendue finie. Donc, tout nombre assigné ou assignable en fait des parties de l'espace , est impropre à nous donner le nombre effectif de ces parties. Donc enfin, l'espace , chose en soi , se compose de choses sans nombre et il existe des choses réelles , actuelles qui ne sont pas en nombre déterminé, ce qui est absurde. On dit quelquefois que l'espace est indivisible , n'a point de parties. Cependant quand il nous est représenté comme le lieu des corps, il nous est par là même représenté comme divisé. Autrement, que serait-ce que la place que tel corps occupe? Une idée de rapport, une imagination , une forme de la sensibilité ? Soutenir de semblables thèses c'est abandonner, avec la division en soi, l'étendue en soi, et tout enfermer dans la représentation, ce qu'on ne veut pas. D'ailleurs, il est facile de voir que l'espace total doit partager le sort des étendues partielles, et ces mots mêmes espace total , étendues partielles , inévitables ici , se trouvent inscrits en faux contre toute supposition contraire. Si les étendues partielles ne sont pas en soi , si l'espace total, très mal nommé dès lors, est au contraire en soi , un indivisible, absolu , il n'y a rien de commun entre ce dernier et l'espace représenté qui est essentiellement divisible. L'espace a cessé d'être le lieu des corps, et, d'étendue devenu point, il est un hors-d'œuvre à la représentation de la nature. Il reste une ressource aux partisans de retendue en

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soi , car un compromis est possible , chose singulière I entre les thèses de l'unité et de la multiplicité quant à l'espace. L'étendue partout et toujours divisible, dit-on , n'est pas pour cela partout et toujours divisée ; ses parties actuelles forment sans doute un nombre déterminé, mais ses parties en puissance ne forment aucun nombre , ce qui n'a rien de contradictoire. Je reconnais que toute la difficulté serait levée si nous n'avions pas à sortir de la représentation , car il est certain qu'on ne saurait arguer d'un nombre de représentations possibles, mais qui actuellement ne sont point. On oublie qu'il s'agit ici des choses en soi , que l'espace est supposé en être une , et que la question est de savoir s'il en est de même de ses parties. Or, que fait-on maintenant ? On avoue qu'une étendue partielle existe en soi dans le cas de la division , on le nie dans le cas de la simple divisibilité. Et qu'est-ce à dire? que la place occupée par un corps ne commence d'être qu'à l'instant où ce corps vient à l'occuper, qu'auparavant elle n'était rien en soi et qu'aussitôt après elle s'anéantit? Gomme si la représentation , qui exige un nombre indéfini de représentés possibles d'étendue, tous antérieurs à l'expérience et indépendants d'elle, pouvait se prêter à ce que certains d'entre eux soient ou ne soient pas , deviennent ou cessent d'être des choses en soi, par un fait étranger, tandis qu'elle les envisagerait indistinctement et les prendrait pour ses objets au même titre ! Comme si un mètre cube , portion du sphéroïde terrestre mesuré , existait actuellement; était là, présent, effectif, différent de tout

autre étendue, au passage de la terre dans son orbe et n'y existait pas avant que la terre passât ! Il fout prendre un parti, il faut choisir entre l'hypothèse d'une infinité actuelle de choses en soi et celle d'un nombre indéfini de représentations possibles. Et véritablement il e$t à croire qu'ils tenaient au fond pour cette dernière hypothèse, ceux qui ont résolu le problème de la division de l'espace en distinguant l'acte de la puissance. *

Enfin si quelque doute pouvait rester sur la vanité d'une telle distinction appliquée à l'étendue en soi il serait définitivement levé dans la question du mouvement que nous aborderons à son tour,

Le principe du nombre sur lequel toute mon argumentation repose est de telle nature que nul à priori ne le contesterait, mais après en avoir aperçu les conséquences, le partisan de retendue en soi peut revenir et tenter de le retirer. Alors il soutiendra qu'il existe une infinité de choses, et une infinité actuelle. Sur ce, on lui fera seulement remarquer que Yinfinilé en nombre signifie un nombre plus grand que tout nombre assignable de fait, un nombre qui nest pas déterminable, un nombrequi n'est pas déterminé en soi, un nombre qui n'est pas un nombre, de sorte que la thèse qu'il adopte est contradictoire, môme dans les termes. Nous examinerons plus tard, et la valeur du principe de contradiction pour la science et celle du système moderne des antinomies. Ici bornons-nous à poser en fait que le dogme de l'étendue en soi conduit la raison à se mettre en contradiction avec ellemême.

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