It is the land that fïeemen till
That sober-suited Freedom chose, The land whcre girt with friends or foes A man may speak the thing Le will;
voudrais que nos hommes politiques suivissent mieux le développement de la vie anglaise, pour y apprendre le respect de l'individu et du droit individuel; les citoyens, pour y apprendre le respect de la loi considérée, non comme une abstraction théorique, mais comme un fait vivant; et surtout nos réformateurs et nos socialistes pour y apprendre que le progrès ne peut se faire qu'en partant du point réel où l'on est et non d'un point imaginaire, et que la société, étant un fait de nature, ne peut être que transformée par l'homme et non refaite.
Le mouvement qui depuis une dizaine d'années, jusqu'à l'incident d'Egypte, portait la France vers l'alliance anglaise n'est pas une chose sans racines dans le passé ni une mode du moment. Du côté de la France, et c'est le seul que j'aie à considérer, il y avait le sentiment obscur de tout ce que, dans le passé, la demi-communauté de civilisation, de langue et de littérature a créé de liens naturels entre les deux pays depuis la conquête normande ; et il y avait, dans le présent, la conscience claire que,
A land of settled government,
A land of just and old renown,
Where Freedom broadens slowly down From précèdent to précèdent ;
Where faction seldom gathers head,
But by degrees to fuTness brought,
The strength of some diffusive thought Hath time and space to work and spread.
Tennyson
LETTRE A M. GUILLAUME GUIZOT xv
dans l'état de crise intérieure de la société européenne, l'Angleterre est le seul pays dont la France républicaine et démocratique n'ait pas à redouter la défiance systématique. Il ne sert de rien, en effet, de se dissimuler , malgré les politesses de forme de la diplomatie, que la France est isolée dans l'Europe monarchique : de l'Angleterre seule nous pouvions attendre une sympathie politique. Les luttes légales qui ont fondé la République en France avaient créé en Angleterre un sentiment français qui n'avait jamais été si puissant. Elle avait été étonnée de voir le pays classique des barricades faire triompher sa volonté par la seule puissance de la loi et l'œuvre de Hampden accomplie sans une goutte de sang.
Certes, il y a loin de la sympathie politique à l'alliance. Les intérêts règlent la conduite des nations plus que les sympathies, en Angleterre plus qu'ailleurs. Mais si l'Angleterre est sage, si elle sait surmonter un vieux levain de jalousie mercantile, qui est ici toute gratuite et vraiment trop désintéressée, elle reconnaîtra que de son côté la France est le seul pays dont elle n'ait rien à craindre et que son immense empire colonial, si vulnérable par son immensité, sera sauf, malgré tous les dangers européens qui l'assiègent, tant que la France sera neutre ou alliée. Mais je n'ai -pas à faire ici de la politique pour les Anglais : je voulais simplement, pour ma part, marquer aussi brièvement que pos-
sibîe Ce que nous pouvons trouver en Angleterre et dans le monde anglais, et dire pourquoi la langue q;ui nous ouvre ce monde doit devenir familière à quiconque, savant, littérateur, commerçant, homme politique, veut aider pour sa part à l'expansion de la France au dehors et à sa constitution au dedans.
Ces idées sont les vôtres, je le sais depuis longtemps, et, en vous les exprimant, je ne crains qu'une chose, c'est de leur avoir nui en les exprimant trop faiblement.
A vous de cœur,
James Darmesteter.