‹ Essais de littérature anglaiseChapitre 96 sur 122 · He stood a stranger in this breathmg world · texte numérisé non relu

He stood a stranger in this breathmg world

An erring spirit from another hurled...

Lara, I, xvm.

2. Werther (1774); René (1805). En Italie, il s'appelle Jacopo Ortis (1795). Jacopo Ortis procède de Werther, mais Ugo Foscolo n'est pas Gœthe.

3. Byron, très au courant de la littérature française, a pu connaître René : Chateaubriand, dont les souvenirs sont peu sûrs en général et souvent fournis par sa vanité, croit se rappeler en 1832 avoir reçu à l'apparition de René une lettre de félicitations d'un écolier de Cambridge, nommé lord Byron. Mais Byron n'avait pas besoin de lire René : il le portait en lui-même. La ressemblance est toute générale et de caractère : les ressemblances dans le détail tiennent à la ressemblance de position sociale des deux aristocratiques écrivains. — Lire tout le chapitre de Chateaubriand sur Byron daus son Essai sur la littérature anglaise, étude pleine dune admiration et d'une tendresse chagrines; il reconnaît en lui un fils supérieur à son père, mais ingrat.

Angleterre aussi bien qu'en Allemagne et qu'en France, et dans son propre cœur aussi bien qu'en celui de Gœtbe ou de Chateaubriand. Mais il donna à ce type une forme nouvelle et d'un pittoresque plus extérieur, parce que l'état même de son âme était plus particulier et que le décor était plus grandiose. Harold n'est point, comme Werther, l'artiste las de la lutte contre l'idéal, en qui les passions et les inquiétudes de l'individu se confondent avec la souffrance éternelle de l'âme à la poursuite de l'infini : il est plus proche parent de René, qui a déjà vécu, et « de qui les plaisirs expliqueraient les ennuis » ; comme lui, gentilhomme et de haute race, comme lui, plein de sa force et de son orgueil, comme lui *, se sentant autre que le reste des hommes : mais tandis que Châteaubriand isole son héros de l'humanité par quelque malheur mystérieux et inouï qui Fa frappé, Byron l'isole par le mystère du crime : son héros a un remords dans son passé. L'idée première lui fut fournie sans doute par ses traditions de famille et par les légendes sombres qui couraient sur le compte de son grand-oncle et dont il n'était pas sans se sentir fier : fier de la malédiction qui pesait sur sa race et qui était comme un hommage du destin à sa grandeur, il reportait sur son héros idéal le prestige sinistre et romanesque de ses souvenirs domestiques. Ce trait,

1. Trait accusé dans le René des Natchez plus que dans celui de René.

LORD BYRON

qui devait fournir à la mauvaise foi le prétexte de tant d'accusations niaises1, s'accusa de plus en plus dans les compositions de Byron et devint de style dans sa poésie et dans toute celle qui s'inspira de lui en Angleterre et à l'étranger. De là Conrad, Lara, le Giaour, Manfred, tous avec leur tache de sang au front. C'est par ce trait tout artificiel, par l'attrait du mélodrame, le ressort en somme le plus puissant sur le gros du public, que le succès de Byron se décida. « Pendant des années, pas un roman sans son pair mystérieux, malheureux et à la Lara. On ne saurait calculer le nombre de sousgradués et d'étudiants en médecine pleins d'avenir qui devinrent des créatures de sombre imagination, sur qui la fraîcheur du cœur cessa de distiller sa rosée 2, dont les passions se consumèrent en poussière et à qui fut refusé le soulagement des larmes. » (Macaulay.)

L'héroïne de Byron est faite pour lui : c'est une seule et même figure sous les noms de Gulnare, Médora, Zuleika, Haydée, figure idéale et prise hors de la réalité : c'est une créature à part, hors de l'humanité comme Byron, seule digne et seule

i. Manfred passa pour la confession d'un meurtre commis par Byron.

2 Things of dark imaginings.

Lara, I, xvm.

No more — no more — Oh ! never more on me The freshness of the heart can fall like dew.

Don Juan, I, ccxiv.

capable de comprendre tout ce qu'il y a dans son cœur. L'héroïne byronienne est au-dessus de toutes les femmes, comme le héros byronien au-dessus de tous les hommes, et elle le prouve en s'abandonnant à lui de toute son âme : c'est une déesse qui prouve sa divinité en se faisant l'esclave de Byron :

Oh ! that the Désert were my dwelling-place, With one fair Spirit for my minister...1 !

Un autre trait, propre à Byron, et par lequel il agit puissamment sur son siècle^ c'est que son héros est un révolté. Werther et surtout René sont sur la pente : mais leur révolte est contre l'ordre du monde et la fausseté de la destinée humaine plus que contre l'homme même et son œuvre. Elle est métaphysique, non politique et sociale ; celle de Byron est l'une et l'autre. D'une part, il s'attaque comme ses précurseurs à la nature et au destin; de l'autre, à la société. Il est le premier poète de la Révolution.

Le prestige du mystère est évanoui, et Conrad, Lara, Selim ne feront plus battre les cœurs; la mode les a créés et ils sont passés avec la mode. Le prestige de la révolte est plus durable, parce que la révolte a été l'esprit même du siècle et non la mode d'un instant. Sans doute l'historien seul relira les épigrammes contre les tor^s de 1812 ou sur la convention de Cintra; mais l'Age de bronze, le

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