THÈSES
1° Si A produit B, ^ A produiront i B.
C'est là la formule même du rapport de causalité, au point de vue de la quantité, dans le cas de causes et effets simples, c'est-à dire dont les unes ne sont point empêchées par d'autres causes, ni les autres compliques d'effets étrangers; et quand deux ou plusieurs causes coopèrent, on ne peut déterminer le rapport de la cause complexe à l'effet complexe, sans admettre (| n'entre chacune des causes concourantes et son effet propre existe cette même relation de quantité.
2" Cette proposition est traie, quelle que soit la nature des causes et effets simples ; elle est admise a priori dans toute expérience, comme dans tout raisonnement qui la prend pour point de départ.
Toute opération de pesage, toute analyse chimique, toute recherche de physique, s'appuient sur cette vérité, sans en fournir de preuve; et, chaque fois qu'on a égard à l'effet d'une cause secondaire qui concourt avec la principale, on suppose celte même vérité.
3" Si A est une force agissant sur un mobile, et B le mouvement produit, alors la proposition générale : Si A produit B, •2 A produiront 2 B, decient une vérité plus particulière et prend le nom de seconde loi du inouvement
L'énoncé développé de cette loi par Newton est celui-ci :
« Si une certaine force engendre un mouvement, une force
heubert sPENCEn. 26
double engendrera un mouvement double, une triple un triple, soit que d'ailleurs la force soit appliquée au mobile instantanément et d'un coup, ou graduellement et successivement. » Dans la pbrase suivante, il déclare que la loi est vraie, soit que les directions des forces soient identiques ou non, aflirmant ainsi qu'il y a proportion entre chaque force et le mouvement produit : c'est la même proportion qui, nous l'avons vu, est constamment admise entre chaque cause et son effet propre, pour le cas de plusieurs causes coopérant.
4" La vérité de celte loi subsiste, quel que soit le mode adopté pour estimer la force appliquée et le mouvement résultant.
L'énoncé de Newton est abstrait. Il prend pour accordé qu'on a des moyens exacts de mesure, et affirme alors que l'altération dans le mouvement (mesurée exactement) est proportionnelle à la force appliquée (mesurée exactement aussi).
Z' 5° Il ne peut y avoir de preuve a posteriori pour la vérité générale première de la physique {ni pour cette vérité 2Hus particulière, qui y est enfermée) ; le procédé de vérification quelconque qu'on voudra imaginer le suppose déjà.
Cette proposition, une fois débarrassée des complications qui la dissimulent, est la thèse que je soutiens.
9'^ L. expérience nous aide à dégager les principes à priori.
L"intuilion rie l'espace chez l'enfant. — Géométrie spontanée, de plus en plus précise, abslraile, rtnecliie. — Evolution de celle géomélrle, due à une série d"expéiiences ou applications. — Evolulion analogue de la mécanique innée.
— Ce qui esl à pnori, c'est suriout le pouvoir d'acquérir l'expérience.
— .-accommodation progressive, dans l'univei-s, de l'esprit aux choses.
A M. HAY\yARD.
38 Queen's Gardens, Bayswatcr, 21 juin 1874.
Monsieur, ci-joint je vous envoie une copie de votre lettre; vous y trouverez intercalées mes réflexions. Vous verrez clairement par ces réflexions, je crois, que je n'ai pas admis à la fois trois définitions différentes de notre façon de connaître la seconde loi du mouvement.
Comme d'autres peuvent bien, ainsi qu'il paraît vous arriver, éprouver quelque difficulté à la concevoir aussi familièrement que moi, qui suis arrivé à la regarder comme simple, je vais essayer, sous forme synthétique, d'éclaircir le rapport qu'il y a entre ces produits plus récents et plus complexes des expériences organisées et les produits plus anciens et plus simples. Pour la commodité du lecteur, je prendrai d'abord notre notion de l'espace, avec les conceptions qui en dérivent.
Dans l'hypothèse de l'évolution, la notion de l'espace résulte d'expériences dues au sens de l'effort et à ceux du toucher et de la vue, et organisées. Aux §§ 326-346 des Principes de psychologie, j'ai décrit en détail celte formation telle que je la conçois. La notion d'espace ainsi produite appartient, à des degrés divers, à tous les êtres non dénués d'intelligence; elle
s'étend et se précise, à mesure que l'évolution mentale se comlète par un commerce avec les objets environnants. Et combien profondément ces relations extérieures se sont imprimées dans notre structure interne ! Pour en juger, rappelez-vous ces grenouilles décapitées qui repoussent, avec une ou deux de leurs pattes, le scalpel, quand on les piijue à la partie postérieure du corps, et le poulet qui, à peine remis de son épuisement à la suite de ses efforts pour sortir de l'œuf, accomplit des actes parfaitement coordonnés, pour lesquels il faut avoir la notion de la distance et de la direction, et picole des graines. Arrivons à la notion de l'espace, telle que l'organisation des expériences et l'hérédité l'ont faite chez l'enfant, et avec les perfectionnements que de moment en moment il y ajoute à l'aide de sa propre expérience, alors quil travaille à développer son système nerveux , ju>qu'à atteindre le type achevé de l'adulte, à l'aide d'exercices qui en même temps favorisent le développement de son système musculaire : nous le voyons, à mesure que ses idées de distance et de direction vont se précisant, acquérir à son propre insu des idées plus détaillées des relations géométriques. Considérons un groupe de ces idées. Quand il écarte les doigts, il voit croître les angles qu'ils forment et en même temps s'agrandir la distance qui sépare leurs extrémités. Quand il écarte les jambes ou qu'il regarde les autres marcher, il a sous les yeux, et cela sans cesse, le rapport qu'il y a entre l'accroissement ou la décroissance de la base dans un triangle qui a deux côtés égaux, et l'accroissement ou la décroissance de l'angle au sommet. (La relation qui s'imprime alors dans son esprit est simplement celle de
variatio7i concomitante ; quant à une relation plus déterminée, '\ je n'en parle pas : elle ne saurait être pensée par un petit en- Tant.) En observant ces faits, il ne procède pas d'une telle manière, qu'il ait conscience de les avoir observés; mais ils j s'impriment en lui assez fortement pour établir une puis- ' santé association entre certains états de l'esprit. Dans certaines autres actions qu'il accomplit, des rapports d'espace d'une , espèce plus déterminée se trouvent enveloppés. Quand il tire : sur la corde d'un arc, il les fait ressortir d'une nouvelle manière et avec une netteté un peu plus marquée; et quand il s'agit non plus des extrémités d'un arc, qui peuvent se rapprocher, mais de points d'attache immobiles, avec une corde élastique, alors son attention est bien plus impérieusement appelée sur le rapport entre l'accroissement de longueur des côtés d'un triangle isocèle et la diminution de l'angle au sommet, quoiqu'il n'aille pas encore jusqu'à une connaissance accompagnée de conscience. Voilà ce que j'appelle une « préconception formée à l'insu du sujet ». Ensuite l'enfant devient un garçon , il fait des dessins sur le papier, et, entre autres choses, il trace des triangles isocèles : alors il voit s'offrir à lui bien plus nettement cette vérité que, la base ne changeant pas, l'angle au sommet devient plus aigu quand les côtés s'allongent; et, quand son attention est appelée sur ce rapport, il s'aperçoit qu'il ne peut le concevoir autrement. Dès qu'il imagine un changement dans la longueur des côtés, il ne peut exclure de son esprit la variation corrélative de l'angle; enfin, les forces de son esprit une fois sutdsamment développées, il voit que, s'il continue à allonger les côtés dans son imagina-
lion, ils tendent au parallélisme, tandis que l'angle tend vers zéro : d'où il lire une notion du rapport des parallèles entre elles. Alors la conscience est arrivée à la période des notions définies. Mais il est manifeste que la notiori déiinie où il parvient ainsi est le simple aboutissement des préconceptions où il i est arrivé auparavant et, sans ces dernières, eût été impossible; et de même ces préconcf plions formées à l'insu du sujet eussent I été impossibles, faute de la notion plus ancienne encore de la j distance, de la direction, de la position relative, tous éléments i de la notion d'espace. L'évolution entière a son unité; la naissance d'une conception distincte n'est que l'arrivée de cette j conception à un état dernier de précision et de complexité ; et i il serait aussi impossible d'y arriver sans passer par les périodes antérieures des notions confuses, qu'au corps d'arriver à l'état adulte sans traverser l'état de l'embryon, du petit enfant, du jeune enfant '.
1. Dans cet exposé de 11 Torninfion des intuitions relalivcs à l'espace . j'ai fait un emprunt à une série d'expériences que M. Hiyw.ud, dans le n* du 2s mai de la Nature, a groupées pour mettre en lumière l'absurdité de l'explicilion qu'ori donne du procédé par où l'esprit arrive à la notion scientifique de la proporliun :
« C'est à peine si l'on parodie M. Collier*, disiiit-il, en s'exprimant ainsi : Un enfant découvre que plus l'angle formé par ses jambes grandit, plus s'accioit la dislance de ses pieds : dans crlte expérience est impliquée l'idée de la proportion entre l'angle d'un triangle et le côté opposé; celte préconception, à ce qu'il me p irait , est aussi bien fondée que celle dunt M. Collier explique la formation ; seulement, ai-je besoin de l'ajouter, elle est bien vite corrigée par une étude réfléchie de la géométrie ou par la mesure directe. »
Je remercie M. Hayward de me fournir cet exemple. Il me servira fort bien à deux fins. D'abord j'y trouverai de quoi éclaircir le rapport entie les grossières notions préliminaires, ducs aux premières expériences, et les notions qui en sont tirées avec conscience, à l'aide d'expériences nouviUes, une fois que l'esprit a acquis les facultés nécessaires d'analyse et d"ab^l^.iClion. En même temps, on y verra l'impuissance de nos advei-saiies à expliquer la manière dont la n ;lion Scientifique de la proportion exacte, au cours du développement de l'inlelligence, se lire d'une notion préliminaire, grossière, vague et inexacte. Car si 1 idée de
• Disciple qui soutint M. Sj.eacer dans celle polémique. (TR )
Par un développement parallèle naît d'abord une notion vague de la force , de la force produite par le moi ou par les objets environnants; puis, par uti premier progrès, on arrive à en distinguer jusqu'à certain point la quantité dans son rapport avecles effets; plus tard, à l'insu du sujet, l'idée d'intensité dans l'un s'associe à celle d'intensité dans l'autre, et de même pour leur faiblesse respective; encore un pas, et l'individu admet tacitement une proportion entre les deux, mais sans s'avouer distinctement qu'il l'admet; enfin, cette notion .s'élève à l'état de connaissance déterminée, de vérité nécessaire applicable à tous les cas de forces simples. Au cours de sa vie
proportion, telle que l'acquiert Tenfart d;ins l'exemple de M. Hayward, est fausse, elle est déjà une approximation vers l'idée vraie, qui sera atteinte plus lard, quand l'inlelligence mieux développée sera appliquée à un examen critique des faits. A la fin, il découvre que l'anode n'est pas proportionnel au côté opposé, mais à l'arc sous-tendu par ce côté, et cette découverte est faite au cours d'un travail qui a pour objet de dégager utie relation simple da milieu d'autres relatioiis qui la compliquent et la manquent. Pourquoi la proportion entre l'anjîle et l'arc est-elle rigoureuse? C'est que, dans ce cas, il ne s'agit que d'une série simple de relations d'espace unies par un lien immédiat : la dislance des parties de l'arc à l'angle inscrit est constante ; la relation entre l'angle qui croît et l'arc qui croit ne subit pas de changements ; aussi les deux varient-ils en proportion directe. Mais il n'en est pas de même pour le côté opposé. Les parties de ce côté ont des relations diverses, quant à la dislance, avec l'angle sous-tendu ; et «luand ce côté s'allonge, chaque longueur ajoutée diffère des précédentes en ce i[m est de sa distance à l'angle. Autrement dit, une série de rapports géométriques unis ensemble par un lien direct se trouve ici engagée dans une série différente; et la relation entre la base et l'angle est de telle nature que la loi du rapport de leurs accroissements enveloppe deux séries de facteurs. Or, pour distinguer la vraie proportion (celle de l'angle à l'arc), d'avec le rapport qui simule la proportion (celui de l'angle au côté), il faut justement faire cette opération que j'appelle le développement final des conceptions exactes et où je vois le dernier pas de toute une marche antérieure, pas lui-même impossible sans les précédents. Et la vérité à laquelle nos adversaires ferment les yeux, la voici : lorsqu'il s'agit de ces conceptions de rapports quant à l'espace, la notion exacte de proportion ne peut naître qu'en sortant par évolution de la notion grossière de proportion, telle qu'elle s'est formée avant qu'apparût le raisonnement; eh bien! il en est de môme des relations dans la catégorie de la force : la notion de la proporiion, oii l'on finit pat arriver, une fois que l'intelligence a par analyse dégage les causes simples et leurs effets, ne peut naître que par suite de l'évolution de la notion grossière de proportion, et celle-ci fut d'abur(i établie, à l'état de préconception, par les expériences premières, rcnforijant elles-mêmes celles des ancêtres.
chaque être trouve, parjni les actes mêmes des parties mobiles de 8071 corps, des forces et des mouvements obéissant aux Lois du Mouvement. S'il a un système nerveux, les différences des tensions musculaires et celles des mouvements qu'elles produisent s'impriment d'une manière vague dans ce système nerveux. Ce système se développe-t-il en même temps que les membres eux-mêmes? il devient possible de faire simultanément un nombre plus grand d'expériences... relatives au moment engendré, au rapport des actions et réactions (ainsi quand un animal déchire sa nourriture en la maintenant avec SCS pattes); et en même temps son système nerveux, se développant, devient plus apte à apprécier et à enregistrer ces différences. De là, dans la conscience, des liaisons, formées sans doute et fortifiées à l'insu de l'individu, et qui toutefois manifestent leur présence en guidant sa conduite : exemple, la proportion entre l'effort que fait un animal et la distance où il veut bondir; autre exemple, ces ajustements si délicats des efforts musculaires, en vue de passer d'un mouvement à l'autre, que fait une hirondelle pour attraper des moucherons ou un faucon fondant sur sa proie. Évidemment donc , ces expériences, qui, durant les périodes antiques du développement de l'esprit, se sont organisées, forment dans la conscience un tout qui ne s'exprime pas en notions distinctes, ni même en préconceptions, mais qui n'en existe pas moins : c'est une masse d'associations dans laquelle les vérités tourhant les rapports de la force avec le mouvement sont enveloppées en puissance. Remontons jusqu'aux hommes dont l'esprit n'a pas été cultivé : ici, ces expériences subissent déjà un commencement de générali-
sation. Le sauvage ne se dit pas expressément que plus il aura besoin de lancer loin sou javelot, plus il lui faudra y mettre de force; un paysan ne pense pas nettement que, pour soulever un poids double, il lui faudra un effort double; mais l'un et l'autre l'admettent tacitement : il suflît de considérer la chose pour s'en assurer. Ainsi donc, à l'égard de ces actes et d'autres non j moins simples, d'ordre mécanique, il y a chez eux des notions préparatoires, inconscientes. Les vérités de géométrie dont les rapports des objets environnauts nous offrent une grossière esquisse ne sont pas avouées ouvertement, jusqu'au jour où nous nous sommes familiarisés avec les lignes droites et les ligures qui en sont formées; eh bien! de même aussi, tant que nous ne sommes pas arrivés par une longue pratique de la m esure des lignes à l'idée du levier à bras égaux ou balance, et par là à la notion d'unités de force égales entre elles, cette idée provisoire d'ordre mécanique ne peut arriver à la précision. Et, une fois arrivée là, il se passe un long temps encore avant qu'elle parvienne à l'état de connaissance réfléchie : ni le regrattier de village ni l'apothicaire de la ville, qui pourtant a déjà l'esprit plus cultivé, ne reconnaît cette vérité générale et abstraite , qu'en l'absence de toute perturbation il y a une liaison nécessaire entre les équimultiples d'une cause et d'un effet donnés. Maintenant, remarquez-le : cette vérité, sur laquelle, avec une conscience plus ou moins claire, le savant règle sa conduite, et qu'il perfectionne par l'analyse et par l'abstraction, n'arrive ainsi à sa perfection qu'au terme de son évolution. Cette connaissance précise n'est que la forme définitive d'une notion qui a subi une longue préparation : cette
ilO ESSAIS SCIENTIFIQUES
notion, on n'en trouve chez la brute que le premier fond; elle prend déjà forme chez l'homme primitif; elle acquiert plus de netteté chez l'homme à demi civilisé; ensuite elle devient un postulat distinct, bien que non pas formulé; elle n'atteint le terme de son développement qu'en s'élevant à l'état d'axiome reconnu avec pleine conscience. De même qu'il y a une évolution continue du système nerveux, de même il y en a une pour la conscience, qui est l'accompagnement des actesdu système nerveux ; et, si les périodes primitives sont la préparation nécessaire des dernières pour l'un, elles ne le sont pas moins pour l'autre. Aller croire que les conceptions de la science, dans leur état d'achèvement, peuvent se produire sans avoir été précédées des notions indéfinies du sens commun, et celles-ci d'acquisitions plus primitives encore de l'esprit, c'est comme si l'on disait que nous pouvons arriver à juger correctement les choses en homme mûr , sans avoir passé par les jugements grossiers du jeune homme, par ceux de l'enfant, si étroits, si incohérents, et par ceux du nourrisson, si vagues et si faibles. Ainsi, bien loin, dans ma théorie des axiomes delà physique, de puiser nos connaissances à une source différente de l'expérience, je déclare là que l'expérience est la seule source possible de ces connaissances comme des autres; mais à cela j'ajoute que notre propre expérience, acquise durant le temps présent et avec conscience, n'y suffit pas; que même le pouvoir d'acquérir celte expérience, nous le devons à l'accumulation de toutes les expériences antérieures. Ce n'est pas moi qui mérite ce reproche, de me ranger à l'ancienne doctrine de Va priori : ce sont mes adversaires; car, sans explication ni justilication,
OBJECTIONS TOUCHANT LES PREMIERS PRINCIPES iH , ils posent et mettent hors de question les postulats qui servent ' de base à toute expérience et à toute conclusion qu'on en peut tirer. La croyance à la causalité dans la nature est admise à chaque instant à titre d'élément indispensable dans toute expérience et dans tout raisonnement fondé sur une expérience : or, si l'on n'invoque pas pour la justifier l'hypothèse précédente, on la pose tacitement comme une croyance dpn'oH. ; Au contraire, dans ma thèse, les croyances de ce genre sont"^ toutes rattachées aux expériences amassées durant le temps passé; ces expériences en deviennent l'unique garantie ; d'après cette thèse, durant tout le temps qu'a déjà duré le commerce entre l'esprit et les objets alentour, des liaisons nécessaires, i comme celles qui concernent l'espace, se sont formées dans la pensée, par l'effet de l'observation indéfiniment répétée de liaisons nécessaires correspondantes dans les choses; de môme aussi, grâce à un commerce perpétuel avec les forces qui se manifestent à nous dans l'espace, se sont établies peu à peu en nous des relations répondant à celles qui existent hors de nous, bien qu'entin on voie se révéler, sous le nom d'axiomes i de physique, certaines lois nécessaires de la pensée répondant | à des lois pareilles dans les choses.
J'ai à peine besoin de dire que si j'ai pris ce soin d'exposer mes réflexions à propos de votre lettre, et d'écrire en outre tout cet exposé de mes idées, c'est pour en faire usage ultérieurement.
Je suis, etc.
Ueubert Spencer.
CONCLUSION Rapport des qaestlons précédentes à la théorie de révolution.
Si j'ai pris tant de peine pour répondre aux objections et dissiper les malefitendus, c'est que ces attaques, dirigées contre la théorie particulière en question, font partie de tout un plan d'attaque contre la doctrine qui fait le fond dernier de la partie déductive des Premiers Principes, à savoir que la quantité de réalité est immuable. D'accord en cela avec sir W. Hamilton, je pense que notre croyance à la nécessité des causes vient de notre impuissance à concevoir un accroissement ou une diminution de l'être considéré dans sa totalité. La proportionnalité de la cause avec l'effet y est impliquée : car, si on la nie, on admet par le fait qu'une partie de la cause a disparu sans produire d'effet, ou qu'une partie de l'effet a été suscitée sans ' cause. Si j'ai maintenu le caractère à priori de la seconde loi du mouvement, sous la forme abstraite qu'on lui donne, c'est que j'y vois une conséquence, un peu plus éloignée seulement, de la même vérité première. Et si j'ai eu une raison pour insister sur la validité de ces jugements intuitifs, c'est uniquement celle-ci que, dans l'hypothèse de l'évolution, certaines constances absolues dans les choses ont produit des constances absolues dans les pensées ; et que les jugements nécessaires représentent des amas d'expériences surpassant infiniment par leur grandeur ce qu'on peut amasser d'observations, d'expérimentations et de raisonnements, au coui'S de la vie d'un individu.
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