‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 11 sur 109 · PAR · texte numérisé non relu

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l'auteur.

., l'indiscrétion.

A Monsieur Touche-àrtout.

Monsieur,

; Vous étant posé en Censuror iforwmj( c'est ^ ainsi, je crois, que vous vous appelez), ce qui,: dit-on, signifie un réformateur de mœurs, je, ne -connais personne à * qui je puisse mieux m'adrésser pour faire

cesser tous les ennuis que nous avons k souffrir par le manque de politesse de quelques personnes.

Vous saurez d'abord, que je suis demoiselle, et que, pour vivre, je tiens une boutique dans cette ville.

J'ai une voisine, qui est vraiment d'une agréable compagnie et avec laquelle je suis liée d'amitié d'ancienne date; mais depuis quelque temps ses visites sont devenues si fréquentes, et elle reste si longtemps à chaque visite que ma patience est à bout. Je n'ai pas un instant à moi, et vous qui semblez être un sage, vous devez comprendre que chacun a ses petits secrets, ses mystères qui ne sont pas même pour les amis les plus intimes. Maintenant je ne puis faire la moindre chose sans qu'il faille qu'elle le sache, et c'est merveille que j'aie trouvé le temps de vous écrire cette lettre. Mon malheur est, que je la respecte, et que je ne sais comment faire pour ne pas la désobliger, en lui disant que je serais bien aise d'avoir moins souvent sa compagnie ; car si je lui donne cela à entendre, je crains qu'elle ne soit si froissée que jamais je ne verrai son ombre devant ma porte.

Mais hélas, monsieur, je ne vous ai pas encore dit la moitié de mes peines. Elle a dexix enfants qui sont juste assez grands pour courir tout autour de nous, et faire de charmantes sottises; ils sont toujours avec leur maman, ou dans ma chambre, ou dans ma boutique, quel que soit le nombre de pratiques ou de gens avec lesquels je suis occupée; quelquefois ils tirent mes marchandises des tablettes d'en bas et les jettent par terre, peut-être à la place que l'un d'eux vient de mouiller; mon amie ramasse l'étoffe et s'écrie : « Oh ! le méchant petit drôle! heureu-

sèment il n'y a pas grand mal ! c'est seulement un peu humide ; » et elle remet l'étoffe sur la tablette. Quelquefois ils attrapent maboîte de clous derrière le comptoir et^ à mon grand ennui, s'amusent à mêler ensemble mes clous à dix, k huit, et à quatre penny. J'essaye de cacher ma contrariété autant que possible, et d'un air grave je cherche à rassortir mes clous. Elle s'écrie alors : c Ne te tourmente pas, voisine, laisse-les jouer un peu, je remettrai tout en place avant de m'en aller. » Mais les choses ne sont jamais si bien mises en place, que je ne trouve toujours beaucoup à ranger quand ils sont partis. Ainsi, monsieur, j'ai tout Tennui et le tourment des enfants sans avoir le plaisir d'en avoir à moi; et ils sont maintenant si habitués à être ici qu'ils ne s'amusent nulle autre part.

Si ma voisine avait été assez bonne pour réduire ses visites à dix par jour, et à ne rester qu'une demi-heure chaque fois, j'aurais été satisfaite, et je crois que je ne vous aurais jamais imponuné. Mais ce matin même ils m'ont tellement tourmentée que je ne puis en endurer davantage, car, tandis que la mère me faisait vingt questions impertinentes, le plus jeune a attrapé mes clous, et à sa grande joie il les a jetés à pleines mains sur le plancher; l'autre pendant ce temps faisait un si terrible tapage sur le comptoir avec un marteau que j'en étais à moitié folle. J'étais justement en train de me tailler des barbes de bonnets. Dans le tumulte et la confusion, je les coupai tout de travers, j'ai gâté toute une pièce de mousseline, première qualité.

Je vous prie, monsieur, dites-moi ce que je dois faire, et parlez un peu contre ces visites déraison-

nables dans votre prochain numéro. Pour rien au mondie, je ne voudrais me brouiller avec elle, je l'aime sincèrement elle et ses enfants, autant que le peut faire une voisine, et elle achète pas mal de choses à ma. boutique pendant l'année; mais je voudrais la prier de faire attention qu'elle me traite sans pitié, bien que je pense que c'est seulement par manque de réflexion. Mais j'ai encore vingt autres choses à vous dire en' dehors de tout ceci. — Il y a un beau Monsieur qui a l'idée (je ne le mets pas en doute) de me faire la cour, mais il ne peut trouver Toccasion de.... — Oh Dieu ! la voilà qui revient, ' il faut en finir.

Votre, etc., etc. Patience. '

LETTRE d' ANTOINE LE SAGE -APRÈS-COUP*.

Extrait de la Gazette de Pensylvanie.

24 juillet 1732. ^

Monsieur le Gazetier,

Je suis un honnête marchand qui n'a jamais pensé à faire de mal à personne. Mes affaires allaient gentiment tant que j'étais garçon; mais • dernièrement j'ai rencontré quelques difficultés que je prends la liberté de vous conter.

. Vers l'époque oii je commençais à rechercher ma femme, son père donna à entendre que si elle épousait un homme qui fût à son goût, il lui donne-

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