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primitive; Doublions pas le génie de la langue: le génie d'une langue, ai-je dit, est identique avec le génie du peuple qui la parle. Il est des expressions qu'il faut analyser, qu'il faut éclairer dans leurs significations respectives, puisqu'elles portent l'empreinte ineffaçable des mœurs et des institutions. Souvent un mot est un témoin qu'il feut interroger scrupuleusement, parcequ'il a as^sté à plusieurs révolutions, et qu'il en sait le secret : ce témoin est d'autant plus précieux qu'il ^ëst naïf comme un enfant, impartial comme un vénérable juge, impassible comme une loi que les hommes n'ont pas faite. Je l'ai souvent dit, les annales des peuples sont dans leurs langues, comme les archives du genre humain sont dans les monuments des langues qui ont successivement régné. Une philologie fondée sur de bons éléments jetterait donc une vive lumière sur toute l'histoire. Les formules qui survivent à des lois abrogées ou tombées en désuétude contiennent un. grand nombre de ces mots que j'ai appelés mots-témoins.
N'oublions pas sur-tout les poëtes qui souvent sont des interprètes si précieux des mœurs et des lois.Les poëtes comiques, entre autres, contiennent des expressions proverbiales qui , avant d'être dans la langue populaire, appartinrent à la langue héroïque précédente, ou peut-être même encore à
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une langue religieuse, reculée dans le troisième âge antérieur. C'est ainsi que les géologues reconstruisent l'ancien monde terrestre. Nous sommes de même obligésde reconstruire l'ancien monde civil avec des débris. Je ne saurais donc éviter de faire à présent ce que j'avais pu refuser de faire pour l'Orphée : il est devenu indispensable d'étudier les monuments pour signaler, dans l'histoire romaine, les faits primitifs, analogues aux faits primitifs de toutes les autres histoires.
Ici, il faut bien noter un aveu de Tite-Live. Cet historien ne craint pas de dire qu'il ne raconte avec quelque certitude que les événements qui ont suivi la seconde guerre punique: auparavant, tout est indécis, et sujet à discussion. Thucydide ne fait remonter la certitude historique qu'à l'âge qui a précédé la guerre du Péloponèse. L'aveu de Tite-Live, je n'hésite pas à en faire l'aveu de tous les autres historiens de Rome. Je n'entends point, par-là, introduire le pyrrhonisme dans l'histoire; j'espère, au contraire, en faire jaillir la véritable certitude, la certitude qui doit reposer sur les faits généraux au lieu d'emprunter l'appui vacillant des faits particuliers, toujours susceptibles, plus ou moins, d'être discutés. Je dépouillerai donc le fait général de la forme qu'il a reçue , et je chercherai à le faire se manifester lui-même dans toute sa netteté philosophique.
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Varron, le plus savant des Romains, est le créateur de la science philologique ; et la perte de ses ouvrages est une perte irréparable. Il avait voulu écrire l'histoire du peuple romain comme on fait l'histoire d'un homme. J'ose dire qu'à présent une telle histoire est plus facile qu'au temps même de Varron. Elle est plus facile sur-tout pour nous qui avons assisté à toute la révolution française, parceque cette révolution, si fertile en enseignements de tous genres, est un cours complet en action. C'est l'histoire de plusieurs siècles, c'est l'histoire de tout un empire, c'est même l'histoire du genre humain jusqu'à nos jours, avec ses phases les plus diverses; et cette histoire est resserrée dans l'espace de quelques années. On en sera bien convaincu.
Il est une autre perte que nous devons déplorer. Claude, qui fut un si méchant empereur, et, à ce qu'il paraît, un écrivain de mérite, avait composé une histoire de la vieille Étrurie. Pour faire sentir l'importance des traditions étrusques, relativement à la chose romaine, il suffit de se rappeler quelle fut leur puissance et leur durée. Les jeunes sénateurs, on le sait, allèrent constamment les étudier dans les collèges de cette confédération mystérieuse; et, pour vaincre Alaric, on envoya encore, de Rome, chercher les devins de l'Etrurie. Sans doute, l'Etrurie religieuse fut à la péninsule
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italique ce que fut l'Egypte pour le monde de la gentilité.
Explique-t-on comment, dans des temps très postérieurs, on peut mieux fonder la certitude que dans les temps plus rapprochés? c'est quon a plus de notions philologiques , et que la critique s'est plus éclairée par des discussions successives, par la comparaison des langues entre elles, par le tact étymologique perfectionné dans des études constantes et opiniâtres.
Le génie des langues existe long-temps dans les langues à l'insu des hommes qui les parlent. Il feut être très avancé dans l'investigation des langues en général pour apprécier les facultés et les prérogatives d'une langue en particulier. Une langue, en quelque sorte, ne se révèle complètement que lorsque sa mission est finie.
Les langues sont les formes de l'esprit humain; une langue est l'expression de ce qui constitue et caractérise une race humaine distincte des autres races humaines.
liCS langues, ainsi que je l'ai répété plusieurs fois ailleurs, sont une véritable cosmogonie intellectuelle et morale.
Les historiens anciens furent donc bien loin d'avoir toutes les ressources dont nous commençons à abonder. Tous les enseignements pressés dans une si courte période de temps pro-