‹ Essais de persuasionChapitre 88 sur 120 · SE · texte numérisé non relu

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peuvent placer leurs réserves à Londres à un taux d'intérêt élevé, tend à maintenir à New-York l'intérêt de l'argent plus haut qu'il ne serait autrement, et à attirer vers Londres au lieu de New-York le surplus d’or disponible sur les marchés mondiaux. Ainsi notre politique a-t-elle permis à New-York de se dégager de la pression de l’argent trop bon marché, et d'une abondance d’or qui eût autrement provoqué une hausse des prix. La différence insolite du taux de l’argent à Londres et New- York s'oppose même à ce que l'étalon-or joue conformément aux principes. La doctrine orthodoxe veut. que

si les prix sont trop élevés à À par rapport à B, l'or se

précipite de À à B, provoquant ainsi une baisse des prix en À et une hausse en B, de sorte que la marche ascendante dés prix de B, se rencontre à mi-chemin avec la marche descendante des prix de A.

Pour le moment la politique de la Banque d'Angleterre empêche ce phénomène de se produire. Je propose donc qu’elle adopte la politique contraire, qu’elle réduise le taux de l’escompte et cesse de restreindre les crédits. SI alors, la « mauvaise » monnaie américaine qui constitue

actuellement une menace pour le marché de Londres se

remet à affluer, remboursons-la en or, ou s’il le faut, en nous servant des crédits en dollars dont disposent à New-York la Trésorerie et la Banque d'Angleterre. Il vaudrait mieux payer en or parce que cela reviendrait meilleur marché et parce qu’un afflux d’or véritable agirait davantage sur le niveau des prix en Amérique. Qi nous écartions les règles qui, en l’état actuel, condamnent à l’inutilité les trois quarts de nos réserves d'or, nous pourrions, en toute sérénité, laisser partir

Ailleurs £ 60.000.000 où 70.090.000 de livres d’or qui auraient une action notable sur la situation. Cela ne

rime à rien de payer un intérêt de 4 1/2 % sur de l'argent américain qu’on peut nous reprendre d’un moment à l’autre, afin d'employer cet argent à acheter et à retenir de l’or immobilisé et improductif.

L'or ne pourrait s’écouler de la sorte que si la Banque d'Angleterre renonçait en même temps à ses restrictions de crédit et remplaçait le métal par quelque autre garantie — par exemple des Bons du Trésor. Ïl faudrait donc que la Banque renonce à provoquer « les ajustements fondamentaux » au moyen d’une pression économique et d’un accroissement prémédité du chômage. On peut reprocher à cette politique de trop spéculer sur la hausse éventuelle des prix en Amérique.

Donc si l’on veut faire mieux, je propose que Mr. Baldwin traite franchement et sincèrement avec les chefs des Trade Union sur les bases suivantes.

Tant que les membres du Gouvernement actuel continueront à prétendre que la tendance actuelle à réduire les salaires n’a rien à voir avec la valeur de la monnaie, il est naturel que la classe ouvrière la considère comme une àtteinte qu'on veut porter à ses salaires effectifs. S’il est vrai, comme le soutient le Chancelier de l’Echiquier, que sa politique monétaire n'intervient pas plus en cette histoire que le Gulf Stream, alors il faut bien voir dans le mouvement actuel en faveur d’une réduction des salaires, une atteinte aux conditions d’existence de la classe ouvrière. Ce n’est qu'après avoir admis les faits que :j ai indiqués plus haut que le Gouvernement pourra inviter les représentants des Trade Union à collaborer avec lui sur des bases logiques et équitables.

Dès que le Gouvernement admet qu’il s’agit avant tout d’un problème monétaire, il peut dire aux travailleurs : «Il n’est pas question de porter atteinte aux salaires effectifs. Nous avons augmenté de 10 % la valeur de la livre. Il faut donc que le montant des salaires baisse de 10 %. Maïs il faut aussi, lorsque leur ajustement se sera fait, que le coût de la vie baisse de 10 %. » En ce cas, il n'y aura pas eu de diminution à proprement parler de Salaires effectifs. 11 y a deux moyens d'assurer une baisse du montant des salaires, l’un est d’avoir recours à Ja pression des faits économiques et d'accroître le chômage

en restreignant les crédits jusqu’à ce que les salaires se trouvent diminués de force. C’est là une méthode détestable ct désastreuse parce qu’elle aura des répercussions inégales sur les différents groupes dé Ja production, selon qu’ils seront faibles ou puissants, el parce que son application comporte de nombreuses pertes économiques et sociales. L'autre moyen est de pratiquer, grâce à un accord, une réduction uniforme des salaires, étant entendu que pareille mesure ne doit pas constituer à la longue une diminution effective des salaires par rapport au montant de ceux-ci pendant le premier trimestre de cette année, La difficulté en pratique provient de ce que les salaires et les prix de la vie sont interdépendants. Le coût de la vie ne peut baisser qu'après qu'aura baissé le montant des salaires. Il faut que le montant des salaires baisse le premier pour permettre au coût de la vie de baisser, Ne pouvons-nous donc’ nous entendre pour appliquer une réduction uniforme des salaires pour tous les emplois y compris les fonctions gouvérnementales et municipales, de mettons 5 %, qui ne sera maintenue qu'à condition de se trouver compensée au bout d’un certain laps de temps, par une diminution équivalente du coût de la vie.

Si Mr. Baldwin leur faisait une proposition de ee genre, les représentants des Trade Union lui demanderaient probablement ce qu'il compte faire en ce qui concerne les revenus autres que les salaires : loyers, bénéfices et intérêts. En ce qui concerne les loyers et les bénéfices, il pourrait répondre que ceux-ci ne représentent pas des sommes fixes d’argent et diminueront donc de chiffres en suivant la courbe des prix. Le plus gênant, dans celte réponse, c’est que les loyers et les bénéfices sont comme les salaires, bien accrochés, et ne baïsseront peut-être pas assez vite pour apporter un concours efficace au mouvement de transition. En ce qui concerne les intérêts des bons et des actions, et en perticulier les. intérêts de la dette nationale, il ne pourra rien

répondre. Gar un des caractères inhérents à toute poli- ci tique destinée à amener une baissé dés prix, est de favo- 1

riser Îes porteurs de rente et d'intérêts, aux dépéns du reste de la communauté; ce résultat de la Déflation fait partie intégrante de notre système de placement. Je ne vois donc pas sur ce point quelle satisfaction donner aux travailleurs à moins d’avoir recours à l’expédient suivant, un peu grossier : percevoir 1 s. par livré d'impôt supplémentaire sur le revenu pour tout revenu provenant d'une autre source que d’un emploi, mesure qu’on

appliquerait jusqu'à ce que les salaires effectifs aient “el Î retrouvé leur niveau antérieur 1. n

: Si la proposition de réduction générale des salaires, : Bien plus raisonnable en principe, présente en pratique

des difficultés insurmontables d'application, alors je 4 serais partisan de tout tenter pour provoquer une hausse A des prix à l'extérieur — c’est-à-dire de prendre le contre- 1

pied de la politique actuelle de la Banque d’Angleterre. C'est également ce que préconisent, si je m'en rapporte à leur Revue mensuelle de juillet, les autorités supé- SES rieures de la Midland Bank.

Que ces propositions comportent de grosses difficultés, c'est inévitable. N'importe quel plan, qui, comme celui adopté par le Gouvernement, tend à modifier la valeur de l’argent, comporte, dans les conditions économiques { modernes, des injustices et des difficultés ainsi que des : fautes dans le domaine pratique. Ces propositions sont destinées à atténuer les dures conséquences d’une erreur. . Elles ne peuvent réparer l’erreur elle-même. Elles ne s’imposeront pas aux pessimistes qui croient que c’est -le niveau effectif des salaires qu’on veut atteindre. Si

È 1. Ceci n’empêchera pas les porteurs de bons d’être privi-

x . légiés si les prix ne finissent pas par monter. Mais ces profits et pertes des porteurs de bons sont un des éléments inévitables de l'état d’instabilité monétaire, Comme cependant en général, les prix finissent, à la longue, par monter, les porteurs de bons, dans l’ensemble, perdent plutôt qu'ils ne gagnent.

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j'ai cru devoir faire ces suggestions, c'est parce que notre politique actuelle qui vise de propos délibéré à accroître le chômage en resserrant les crédits, alors qu'il faudrait au contraire les rendre plus faciles, et à opérer les’ ajustements qu’elle recherche, en usant contre les individus et les industries particulières, de l’arme des nécessités économiques, est une politique que le pays ne tolèrerait jamais s’il savait ce qui se passe.

1. — Propositions en vue de l'établissement d'un nouveau tarif douanier (7 mars 1931).

Ne trouvez-vous point paradoxal que nous puissions continuer à augmenter notre capital de richesse en accroissant nos placements à l'étranger ainsi que notre équipement national, que nous puissions continuer à vivre (la plupart d’entre nous) à peu près aussi bien qu’aupa- Tavant où même mieux, et en même temps entretenir une foule de personnes à ne rien faire, en leur assurant une indemnité plus importante que le salaire normal d’un homme qui travaille dans toute autre partie du monde — tout ceci avec un quart de notre outillage industriel immobilisé et un quart de nos ouvriers en chômage? Ce ne serait pas seulement un paradoxe mais une impossibilité, si notre capacité de produire de la

1. Quelques mois avant que l’étalon-or ne fût abandonné, il était devenu manifeste que cet abandon deviendrait inévitable à moins que certaines mesures ne fussent prises pour pallier à la gravité de la situation. En désespoir de cause, je formulais quelques suggestions et entre autres je proposais l’établissement d’un tarif douanier que viendraient compléter, si possible, des primes à l'exportation. Mr. Snowden qui possède une dose d’aveuglement et d’entêtement supérieure à la normale, se refusa à toutes les alternatives jusqu’à ce que finalement les forces économiques naturelles eussent agi d'’elles-

mêmes et nous eussent tirés d’embarras,

richesse n'était pas beaucoup plus considérable qu'auparavant, Mais l'accroissement de cette capacité esi un fait. 11 tient essentiellement à trois causes : 1° Le rendement sans cesse croissant de notre industrie dû à des perfectionnements techniques (j'estime que la production par tête est de 10 % supérieure à celle de 1924 seulement); 2° Ja part considérable des femmes dans la production et l'accroissement de cette part de la population qui est en état de travailler; 3° la baisse de nos importations par rapport à nos exportations. Le résultat, c’est qu'avec les trois quarts de notre potentiel industriel, nous pouvons à présent produire autant de richesses que nous le pouvions avec le tout il y a quelques années. Mais comme nous serions riches, si seulement nous parvenions à employer les quatre quaris de notre potentiel actuel!

La crise vient donc, non pas d’un manque de moyens matériels susceptibles d’assurer à chacun l’abondance et de faciles conditions d’existence, mais d'une rupture du système et du mécanisme qui commandent nos ventes et nos achats réciproques.

Il y a deux attitudes à prendre en présence de pareille rupture. Nous adoptons l’une ou l’autre selon noire tempérament. L'une s'inspire de la volonté de maintenir au même niveau les conditions de l'existence el cherche à récupérer les forces inemployées — c'est-à-dire à se développer en faisant abstraction de tout sentiment de crainte et même parfois de prudence. L'autre repose sur une psychologie de la peur et se traduit par une tendance à se restreindre. Jusqu'à quel point est-il sage d’avoir peur? ae

Nous vivons dans une société où l’activité de la production est conditionnée par les bénéfices normaux qu’escompte l’homme d'affaires, ou tout au moins par son désir d'éviter toute perte, La marge nécessaire pour l'incitèr à produire ne constitue qu'une toute: petite fraction de la valeur totale du produit. Mais qu'elle vienne à disparaître, toute la production s'écroule. C’est

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cela malheureusement qui est arrivé. Les prix trop faibles par rapport au coût de la production et l'effet moral désastreux de contributions trop élevées a fait disparaître le stimulant indispensable à toute production. Voilà ce qui est à la base du désordre actuel. Il est donc peut-être imprudent de tourmenter ou d’effrayer l’homme d’affaires davantage. Une politique par trop hardie courrait ce risque. Car raisonnant par fausse analogie en

tenant compte de ce que la prudence commande à un

individu qui découvre tout à coup qu'il vit au delà de ses moyens, le commerçant, lorsque ses nerfs ont été éprouvés, devient généralement partisan de restrictions nationales qui, à la longue, ne peuvent s'exercer qu’à son désavantage et à ses dépens.

Il y a encore une raison de s’alarmer. Nous souffrons d'une instabilité internationale. Nos exportations sont

manifestement ralenties, et ne peuvent lutter que plus

difficilement avec la concurrence, du fait du niveau trop élevé du prix de la vie. Tandis que l'absence de bénéfices suffisants sur le marché intérieur, incite le spéculateur à placer son argent à l'étranger, les impôts élevés viennent renforcer cette tendance néfaste. Par-dessus tout, la difficulté qu'éprouvent les autres pays créanciers à accorder de nouveaux prêts (source de toute cette débâcle) charge Londres d’un trop lourd fardeau financier. Ainsi apparaissent d’autres arguments évidents s’oppo: sant à une politique trop hardie : car un surcroît d’activité à l’intérieur, provenant d’une main-d'œuvre plus

nombreuse, augmentera l’excès de nos importations, et

un emprunt de la part de l’Etat pourrait dans leur disposition actuelle, effrayer les spéculateurs.

Ainsi les conséquences directes d’une politique expansionnisie seraient d’obliger le Gouvernement à emprunter, de grever le budget, et d'accroître l'excès de nos importations. C’est pourquoi de toute façon — soulignent

< les adversaires de cette politique — elle ne peut qu’aggra- * ver le manque de confiance, le volume des impôts, et

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l'instabilité internationale, qui, déclarent-ils, est à la base de nos maux actuels.

Ceci dit, les adversaires de l’expansion se divisent en deux groupes : ceux qui estiment qu'il ne faut pas seulement renoncer pour l'instant à toute idée de développement mais qu'il faut encore opérer des restrictions, ils entendent par là une réduction des salaires, et d’importantes économies sur les dépenses actuellement prévues au Budget, et ceux qui, tel Mr. Snowden, voient d'un aussi mauvais œil tout projet de restriction dans le sens que je viens d'indiquer et tout projet d'expansion.

Mais une politique purement négative est en réalité ce qu'il y a de plus dangereux. Car il devient de plus en plus douteux, au fur et à mesure que le temps s'écoule, que nous puissions maintenir notre niveau de vie. Nous le pouvons sûrement avec 1 million de chômeurs; nous le pouvons probablement avec 2 millions de chômeurs; avec 3 millions de chômeurs. nous ne le pourrons probablement plus. Ainsi une politique négative qui permet au chômage de s’accroître progressivement, mène infailliblement, à un abaissement du niveau de la vie qui n’est plus tolérable de nos jours. Si l'on reste trop longtemps sans rien faire, il n'y aura finalement plus rien à faire. ‘3

Le chômage provient — il faut que je le répète — du fait que l'employeur a été privé de bénéfice. L'absence de bénéfices peut avoir des causes multiples. Mais à moins de passer au Communisme, il n’y a pas d'autre remède au chômage que de rétablir une marge suffisante pour laisser un bénéfice aux employeurs. On peut s’y prendre de deux façons : ou accroître les demandes, c’est la méthode expansionniste, ou réduire le coût de la production, c’est la méthode de restrictions. Les deux essayent de résoudre la difficulté. A laquelle doit-on donner la préférence? 5

Diminuer le coût de la production en réduisant les salaires et réaliser des économies sur certains chapitres.

UN PAELLIATIF

budgétaires, peut provoquer de plus larges achats de nos produits par l'étranger (à moins, ce qui est également possible, que pareil exemple soit suivi par les autres pays) mais entraînerait vraisemblablement une diminution des achats à l’intérieur. Les avantages que retireraient les employeurs d’une réduction générale des salaires ne sont donc pas aussi importants qu'ils en ont l'air. Chaque chef d’entreprise voit les avantages qu’il tirera d'une réduction des salaires qu’il paye lui-même, maïs néglige les conséquences de la diminution des revenus de ses clients et de la réduction des salaires dont bénéficient aussi ses concurrents. De toute façon, il y aurait là une injustice sociale qui provoquerait de sérieuses résistances, étant donné que ce serait avantager certaines classes de revenus aux dépens d’autres classes. Il semble donc qu'une politique de restriction suffisamment sévère pour être suivie d'effets, soit impraticable.

Gependant les reproches adressés au remède expansionniste, instabilité de notre situation au point de vue international, état du budget et manque de confiance, ne peuvent être écartés si facilement. Il y a deux ans, il n’y avait pas lieu de s'inquiéter; aujourd’hui c’est une autre affaire. Ïl ne serait pas intelligent d’effaroucher les pingouins et de laisser ces froides créatures polaires s'envoler avec leurs œufs d’or loin de nos rivages. Une politique d'expansion suffisamment ferme pour être effi- Cace. nous obligerait peut-être à abandonner l’étalon-or. De plus, il y a deux ans, le problème était presque entièrement un problème anglais, aujourd’hui il est essentiellement international. Aucun remède intérieur ne peut aujourd'hui suffire à lui tout seul. Un remède international s’impose, et la façon la plus sûre d’écarter une débâcle internationale serait pour la Grande-Bretagne de prendre une initiative. Mais pour que la Grande-Bretagne se mette à la tête du mouvement, il faut qu’elle soit forte et qu’on la croie forte. Il est donc de la plus haute importance de donner confiance au marché de Londres,

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