‹ Essais de sciences manditesChapitre 2 sur 39 · LE SVRNAWIŒL EXISTE-T-1LY · texte numérisé non relu

LE SVRNAWIŒL EXISTE-T-1LY

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Sous réserve de la distinction qui va suivre, notre réponse sera catégorique : — non, le Surnaturel n'existe point.

Quon nous puisse objecter comme indéniables, et même expérimentalement vérifiés, des faits auxquels le langage courant accole Vépithète de surnaturels, c'est ce qui ne saurait soulever le moindre doute.

Le tout est de s entendre sur les mots. Or celui-ci prête à confusion, et, qui pis est, contribue au discrédit des doctrines théologiques, en favorisant, sous leur garantie, une des opinions les plus choquantes pour la raison et injurieuses au sois commun lui-même, qui se soient répandues par le monde à la joie des fanatiques et des sots : la croyance à l'arbitraire divin, gouvernant l'univers en dépit et souvent à V encontre des lois naturelles.

Lorsqu'un vocable comporte ou semble comporter plusieurs sois disparates, ne convient-il pas de fixer sa préférence sur celui qui se réclame de l'étymologie radicale, sans préjudice des significations figurées qui en dérivent, par une sorte non plus de filiation légitime, mais d'affiliation rationnelle, réglée d'après les lois invariables de l'Analogie? (Principe générateur de toute comparaison comme de toute synthèse, l'Analogie engendre en effet des séries successives de significations dérivées, qui sont, aux sens purement radicaux, ce que sont les fils d'adoption aux enfants nés dans le mariage).

Revenons au mot surnaturel, qu'on entend communément au propre, et non pas au figuré. Pressons- le; d'où dérive-l-il? — Sans conteste, du mot nature (1).

(1 ; La racine de Nature est natus. En sorte que, si t on routait user

10 LA f.LKK l)K LA MAtilK .NOUiK

Qu'est-ce donc que lu Suture? — Vue définition nette est moins aisée à fournir, qu'il ne peut paraître de prime abord.

Est-il au vocabulaire des penseurs un mot dont on ait fuit un pire abus, nous en doutons fort. (Unique fois qu'un plumitif, s égarant aux dédales de l'ontologie (sort commun à quiconque prétend à bràle-pourpoini disserter du principe des êtres, ou de leur origine, ou de leur essence), chaque fois qu'un plumitif s est trouvé dans rembarras, c'est immanquablement au mot nature qu'il a fait appel, pour couvrir la déroute de ses idées, et, sous un semblant de profondeur, déguiser le vague ou l'insuffisance de sa conception. Sature! voilà qui répond à tout ; à la faveur de ce substantif, on n'est jamais en passe de rester court. Aussi a-t-il perdu toute signification catégorique, tout caractère décisif, toute valeur précise; telles ces pièces de monnaie qui ont trop circulé : l'effigie n'en est plus distincte, à peine l'ébauche subsisle-t-elle d'un profil incertain.

Grâce aux phraseurs d: la philosophie, Nature est une locution qui dit tout et ne dit rien, bans l'ombre d'acception qui lui reste, on la qualifierait volontiers Ce qui existe» comme Dieu Celui <jin est.

d'un raisonnement nueluue peu suspect de para'lo.ce, on pourrait déjà scandaliser les partisans du surnaturel, en déduisant de cette étf/mologie la conséquence une voici :

La religion chrétienne elle-même est naturelle, puisi/ue le Christ est l'incarnation du divin Fi/s, si: du Père de toute éternité : « et e.r pâtre nafum, ante omnia strcula... beum de Dca. . » Voila donc un Dieu naturel? — Mais nous ne comptons pas pousser plus avant cette argutie.

Dieu seul est <uriialtnv|, car if h axiale point, il csl.

Or donc , admettant pour l'instant cette vulgaire définition, nous pourrions déjà dire qu'il est aussi absurde d'affir» mer V existence dune chose ou d'un phénomène au-dessus dô la nature, qu 'il serait chimérique de concevoir un être ou une Puissance au-dessus de Dieu. Si naturel veut dire qui existe, surnaturel signifie donc qui est au-dessus de l'existence, ce qui revient à dire qui n'existe pas. — Lon sortira difficilement de là. Le vocable surnaturel, appliqué à des phénomènes de la nature, nous semble aussi bouffon que serait, attribué à des essences spirituelles, le vocable hyperdivin.

Pour rendre le mot Nature à son sens véritable et lui restituer toute sa portée, il ne faut rien moins qu'entamer la révélation de quelques-uns des plus hauts mystères de la Science. C'est ce que nous tenterons au tome Itl ( Problème du Mal), en recherchant ce qu'est la Sature dans son principe, dans son essence, dans sa substance, dans ses opérations; comment il faut la concevoir en son intégrité, avant la chute adamique; ce qu'enfin elle est devenue dans la matérialisation universelle, produit de cette catastrophe et de la sous-multiplication de l'Adam céleste, à travers l'espace et le temps. Toutes ces questions s'enchaînent de la sorte la plus rigoureuse, et semblent appartenir exclusivement aux matières de notre troisième Septaine.

Le programme de cette deuxième Septaine (Clef de la Magie noire) n'appelle en effet aucun de ces développements. Les mystères dettlZ (Kadôm) — ou des principes originels, — ceux d'IZZ^y (Oùlam) — ou des destinées finales — n'intéressent notre thèse actuelle que d'une

manière assez- indirecte. Nous prenons l'homme terrestre, au point dévolution où la vague de la vie l'a porte' sur notre planète ; et nous recherchons jusqu'où sa malice peut induire en complicité la Nature élémentaire, dont les lois fatales sont indifférentes à servir la perversité, comme à seconder le bon vouloir, des êtres habiles à mettre en œuvre cesdites lois, vers un but d'égoïsme à satisfaire ou de bien général à accomplir.

Au contraire, notre troisième Septaine (Le Problème du Mal) comporte un tout autre cadre. Voyez comme s'élargit le domaine qu'il doit embrasser : l'horizon mystique recule au levant, dune part, jusqu'à l'engendremenl de l'Éternelle Nature (I), à la promulgation du Décret fondamental antérieur à la chute adamique; — au couchant, d'autre part, il se prolonge jusqu'à la consommation des siècles et la réintégration des sous-multiples dans l'Unité; jusqu'à l'apothéose d'Adam au giron du Verbe éternel!

Quelques développements que requière V élucidation de ces arcanes, étrangers d'ailleurs à l'objet du présent tome, il va bien falloir en toucher un mot dès cette heure ; car il nous serait impossible de répondre, même sommairement, à cette question — qu'est-ce au juste que la Nature Y — sans préciser, en quelques traits fermes et brefs, l'histoire de la chute, conçue îion plus dans les termes d'une fable cosmogonique, mais dins l'esprit de la Synthèse ésotérique et traditionnelle.

En dehors même de la question du naturel et du surnaturel que notre silence en ces mitières laisserait pen-

(1 ) (Uœhme).

AVANT-PIIOPOS 10

chinteycet empiétement forcé sur le programme du Livre III présente encore l'avantage de jeter un clair sur /'origine tk l'astral, qui, sans cela, fût demeurée fort obscure. Du même coup, la digression qu'on va lire nous permettra de mettre en lumière une divergence fondamentale entre les écoles théosophiques d'Orient et d'Occident, — divergence dont il semble d'autant plus urgent de bien fixer les termes, quelle a été moins sentie jusqu'à ce jour. L'a-t-on seulement signalée avant nous? Espérons en tout cas que le Public saura apprécier V importance d'une distinction qui nous paraît essentielle.

En effet, si nous interrogeons les différentes sources de renseignement occulte, nous voici en présence de deux courants très distincts, de traditions pour ainsi dire contradictoires (1).

Le premier courant (qui est celui de l'ésolérisme mosaïque, interprété par Fabre d'Olivet, et, en général, celui de la doctrine secrète en occident: soit qu'on s'en tienne à la tradition kabbalistique pure, ou qu'on suive celle des mystiques, depuis Alexandrie jusqu'à nos jours, en passant par la Gnose, les Templiers, les Rose y Croix, Paracelse, Fludd et Crollius, puis l'École des voyants : Itœlime, Gichlel, Leade, Martinès, Duloit-Mambrini, Saint-Martin et Molitor, etc.), — le premier courant nous amène tout droit à la conception d'un absolu de Vie

(\) Contradictoires, quant au point de départ de leur Cosmogonie, roulons-nous dire ; nullement quant à l'enseignement des grandes lois de la Sature actuelle. Sur re point, il y a le plus murent parfait accord entre les deu.r Ecoles.

éternelle et de Nature-essence, dont la Sature sensible et contingente, dont V Univers matériel et concret ne seraient qu'un produit en mode de déviation éventuelle, un accident passager.

Conçue antérieurement à la déchéance, l'Éternelle Nature, épouse féconde de Dieu (quelle manifeste en mettant au jour son Logos), constituerait cette sphère de l'Unité divine (le Plérôme de Valentin) où se meuvent harmonieusement tous les êtres iutra-émanés, dont la synthèse est Adam Kadmon (1), alias le Verbe. Le Verbe — engendré de l'indissoluble union de l'Esprit pur et de Y Ame vivante universelle, ou, si l'on préfère, du Dieu mâle et de la Nature féminine ; — le Verbe, idéal Macrocosme, qu'à ce point de vue nous appellerions encore Adam-.-Elohim (2),;>ar opposition à l'un

(2) ÔmSn D7N. Mais le nom véritable dit Verbe éternel eut Ihôah /Elohim D\"iSn .TVP H'o//. la note que nous avons publiée dans un autre ouvrage : Au Seuil du Mystère, pages 112-114).

Cette inexplicable identité de l' Homme conçu dans son essence universelle, et de Dieu même en tant (pie. manifesté par son Verbe. — constitue le Grand Ârcane kabbalistique.

• Ce qu'est Adam dans son essence universelle, ne peut pas être exprimé sans une instruction préalable, attendu que In civilisation européenne n'étant pas, à beaucoup près, aussi avancée que l'avait été celle d'Asie et d'Afrique avant Moïse, elle n'a pas encore acquis les mêmes pensées universel/ex, et manque par conséquent de termes pour les exprimer, a)... Ce qu'est Adam dans son essence particulière, peut être exprimé ; quoique cette idée, particularisée dans la pensée de Moïse, se présente encore pour nous sous une forme universelle. Adam est ce que j'ai appelé le Hëgne nominal, re qu'on appelait improprement le genre humain ; c'est l'Homme conçu abstractivement : c'est-àdire la nrisse générale de tous les hommes qui composent, ont compose, ou composeront l'humanité ; qui jouissent, ont joui ou jouiront de la

de ses membres qu'on pourrait nommer AdanwEloha (1).

Dans ce dernier, il faudrait voir Fauteur à la fois et la victime de V accident dont nous parlions tout à V heure.

Cet accident, d'où proviendrait-il ? — De V imprudence d'Adam, considéré (au sens le plus restreint), comme un ,£loha consubstantiel au Verbe — Adam sElohim — dont il serait en quelque manière à son origine un organe vivant.

Au lieu de vivre heureux dans la substance maternelle de la divine Nature et dans l'Unité du Verbe, — Adam, incité par Nahàsh (l'Êgoïsme), veut connaître

et saisir la Nature en elle-même (dans son essence radicale antérieure au divin baiser générateur de VÈtre, dans ce que Bœhme appelle sa racine ténébreuse : en un mot, dans sa matrice avant la fécondation). S'emparer de celte essence occulte, antécédente à Félémenlisation lumineuse; de ce pivot de la vie possible qui voudrait être, mais qui nest point: telle est l'ambition confuse d'Adam- JEloha. Il plonge éperdâment en ce barathre, y cherche lumière, vie autonome et toute-puissance ; mais il n'y trouve que ténèbres angoisseuses (2), appétentes et ton-

ne humaine ; et cette masse ainsi conçue comme un seul être vit d'une rie propre, universelle, qui se particularise et se réfléchit dans les individus des dewr sexes. Considéré sous ce dernier rapport , Adam est mule et femelle, h). » (Caïn, pages 29-30).

Dans cette citation très remarquable de Fabre d'Ofivet, il est d 'abord question du Verbe, Ihôah .Elohim, ou Adam Kadmôn, ou Adam .-Elohlm a): — puis d'un membre du Verbe, d'Adam-Ève, ou </\A<lam .Elolia b).

(2) -jrn llosheck de Moïse, enveloppant DinnThôm; — et en

jours déçues, tourment stérile, effort aveugle.... Il s'engloutit dans un néant avide d'être, qui pompe sa vie et dont il va devenir la larve incessamment dévorée (\).

Mais la Providence, intelligence supérieure de la Nature, a prévu cette lugubre possibilité : elle darde un rayon créateur dans l'abîme — c'est le Fiat de Varacelse et de Bœhme (2) — et le remède, préparé en puissance de toute éternité, va passer en acte pour le salut d'Adam.

Les Ténèbres du limbe anU^éternel (ce fonds primitif où vient sélémentiser, en s'g réfléchissant, la Lumière

correspondance avec lesotériMne hellénique : la Grande Nuit d'Orphée, nuit- mère, matrice de Prothyrëe, (la Grande Déesse), avant (/ne, fécondée du Grand Etre, celle-ci n'engendre Primigènc, le Logos universel , d'où émaneront fous les dieti.r par couples (Cf. Hymnes orphiques).

(I ) .Votons ici deux mystères des plus profonds :

a. — Jamais la Racine ténébreuse ne se serait produite au dehors, puisqu'elle est néant par elle-même, si Adam ne l'avait manifestée, en lui communiquant son être et en lui prêtant sa substance. Il l'a ainsi réalisée en s'y abîmant, d'où le Mal, produit de cette ex tériorisation ; — le mal, qui n'était point destiné à paraître dans ta Mature.

h. — Ceci nom explique cette opinion, singulière en apparence, de Fahre d'Olivet commentant Moïse : a La vie d'Adam, qui s'avançait d'un cours majestueux etdou.r dans l'Eternité, s'arrêta tout a coup, et prit un mouvement rétrograde. Elle rentra donc dans la nuit d'où elle était sortie, et ce fut l'Espace; elle recula dans l'Éternité, et ce fut le Temps... » (Y. Gain. Ilemarques, page 202).

(2) C'est par suite d'une confusion assec grave, que ces grands hommes ont pu professer cette opinion. Le Fiat lux, c'est l'éfémentisatian lumineuse, ta révélation de la .\a turc-essence, de la noire Déesse devenue l'Epouse divine, au premier regard de l'Époux'. Le Fiat est donc antérieur à ta chute. Ce qui a égare Paracelsc et litehme dans leur interprétation de ee verset mosaïque (Gênés»», /. H), c'est l'hypothèse /l'une chute antérieure a celle d'Adam (fa Chute angélique). Car , qu'il y ait eu, ou non, deux catastrophes successives, il est certain que Moïse n'en a connu ou admis qu'une, celle d' Adam-Eve, d'où découle toute manifestation sensible et tout ordre temporel.

invisible de l'Esprit pur), ces Ténèbres sont tissues de trois Forces potentielles, concaténées en pile pkysiogénique : une force compressée (mère de la densité), une force expansive (mère de la rarité), enfin une force rota-» toire, produit de la lutte des deux premières (et mère du feu-principe). Ce triple dynamisme, base occulte de toute vie créature-Ile, s empare d'Adam-Éve: la force expansée, dilatant la substance d'Adam, donne San Abel, l'Espace éthéré, centrifuge; la force compressée a donné Kaïn, le Temps diviseur, centripète. Car, devenu mnable, Adam commit le Temps ; devenu corporel, il va connaître F Espace.

La* Temps compacte en nébuleuses la substance éthérée de V Espace; Gain accable Abel: d'où le monde matériel, qui s'organise sur la base de la troisième propriété de r Abîme (la force rotaloire), laquelle engendre TW Seth, la répartition sidérale de la substance adamique dans l'Espace, au moyen du Temps.

Le Fiat de Bœlwie (1), ou le rayon dardé par la Providence a allumé la Lumière astrale dans l'abîme : les systèmes solaires s'organisent ... Désormais Adam se disséminera par sous-multiplication, au moyen du Temps, dans tous les mondes qui roulent à travers l'Étendue : jusqu'au jour de sa totale épuration et du retour à Unité, par intégration de l'Espace divisible, et rupture du moule du Temps diviseur.

Telle est la substance de cet enseignement (2), soit

ii ) Voir la note précédente.

[i\ Les différente* écoles que nom avons rangées sous la rubrique

qiïon veuille, avec Bœhme et toute r école mystique, imaginer deux chutes successives: celle de Lucifer-.Elohay englouti le premier aux ténèbres abyssales de la Natureessence (avant C illumination}, et s1 enveloppant — pour séduire Adam-Eve — dans trilJ Nahàsli, la 3e propriété de V Abîme ; dans cette Rotation angoisseuse (produit des deux forces compressive et expansive), qui est ta base latente de la double vie psychique et volitive de tous les êtres créés; — soit qu'on suppose, avec Moïse interprète par Fabre d' Olive l, que Nahàsh, force impersonnelle, a suffi pour déterminer la chute d'Adam-kve.

Il importe d'ailleurs assez- peu qu antérieurement à la chute d'Adam, un autre .Eloha, — un Adam avant la

générale de Doctrine Secrele en Occident, ont chacune, ou peu s'en fout, son langage propre ; et si te fond essentiel reste identique, /es symboles et les vocabulaires varient à l'infini.

Dans notre exposé, nous adoptons le langage de l'Ecole que nous croyons la plus savante, celte qui va de Moïse à Fabre d'Olivet, en passant par la Kabbale et par Dœhme.

Encore y a-til, au long de cette chaîne de transmission ésoterique. diverses opinions à sèlecter et plusieurs dialectes à unifier.

Ces dénominations r/'orienlale et ^/'occidentale, par rapjtort à la tradition occulte, ne présentent rien d'absolu; elfes nous sont dictées par les circonstances... Plusieurs écoles asiatiques et même hindoues peuvent enseigner une doctrine d'accord avec la nôtre, comme il se peut voir en Europe des èsotèriciens partisans de l'éternité de llnirers physique.

Mais nous avons tenu à nous distinguer de certains occultistes, d ailleurs instruits, à tendance matérialiste et même athée, qui se donnent pour les disciples et les seuls représentants de la Sagesse orientale. La Société théosophique, fondre par eu.r à Madras, a ra/tidément propagé ses branches en Europe et en Amérique. C'est ce qui a décidé un grand nombre de Kabbalistes, d llermétistes, de Cuostiques, de flose-Croi.r, de Martinistes et de Mystiques européens, dont les doctrines concordent sur tant de points essentiels, à lever l'étendard spiritual iste delà Tradition occidentale.

Goosl

lettre, nomme' Lucifer — ait, ou non, rompu le premier l'équilibre céleste. Car, en admettant, avec l'École mystique, I hypothèse des deux chutes successives de Lucifer et d'Adam, le premier entraînant Vautre : il n'en reste pas moins certain que Lucifer, tout au moins, a succombé par lui-même, et sans que nul Esprit malin provoquât sa défaillance. Donc l'intervention d'un tentateur conscient ne s'impose aucunement pour expliquer la chute. Qu'un tel être s en soit ou non mêlé, c'est là une controverse d'un intérêt secondaire, et qui ne doit pas diviser des théosophes d'accord touchant le reste.

Si laconique que soit notre exposé, nous en avons assezdit pour caractériser le premier courant, celui de l'Occultisme occidental.

L'autre courant (qui est celui de l'Ésolérisme bouddhique, et, nous semble-t-il, de toutes les Écoles ioniennes) nous conduit à envisager l'Univers matériel comme une manifestation éternellement renouvelée de l'Univers archétype; — la Chute, comme une figure simplement allégorique de la descente de l'Esprit dans la matière ; et la liédemption, comme un emblème simplement mystique du mouvement évolutif inverse, qui sublime les formes progressives de l'Être vers une spirilualisation en quelque sorte mécanique. Si bien que l'Esprit, s'irradiant sans cesse pour descendre dans la matière; et la matière, élaborée sans trêve en vue de la délivrance de l'Esprit captif, qui tend à remonter pour descendre encore, remonter, redescendre et ainsi de suite indéfiniment : l'Objectif concret ne peut plus être conçu comme un dé-

bordement glacé, mais tarissable, du Subjectif potentiel ; car la Sature vivante (balancée en un perpétuel va-etvient du pôle différenciation au pôle intégration, et viceversâ) se réduit à un pur dynamisme : — où le Bien et le Mal, étant nécessités, ne sont plus imputables à la conscience de l'être moral ; — où Parabrahm, avec la même indifférence, envoie ses émanations peupler V enfer de la matière différenciée, et réengloutit au non-être abyssal de sa douteuse essence les sous-multiples rendus à sa dévorante unité : ces êtres qui ont en vain langui, souffert, désespéré; puis lutté, et conquis d'assaut Féquiroque bonheur de Mrvânâ, pour le perdre encore (I) après un repos illusoire, et s'offrir derechef à la calamitensc étreinte de l'indestructible Maïa, ogresse d'un étemel cauchemar, qui crée et dévore les apparences formelles sans pouvoir s en rassasier jamais, et qui peuple intarissablement les royaumes de la vie dolente et de la mort, sans jamais parvenir tout à fait elle-même ni à vivre, ni à mourir.

Il nous répugne, en Occident, de faire de F univers une machine, de F homme un esclave à la torture, et d'un Dieu inconscient Fauteur du Mal éternel! Conséquences

il) On nous objectera que les entités qui ont atteint .Virvànà ne quitteront plus leur Ciel d'oisive béatitude, pour redescendre dan* Carène de la vie cosmique.

.\ous répliquerons que r'est un pur sophisme. Si, en effet, ces entités, pleinement reintégrées en l't'nile divine, se fondent en elle à tout jamais, tout au moins participent-elles a la sous-multiplication incessante que subit et subira ladite t'nité.sansqu'il soit possible d'entrevoir la quérison de cette incontinence morbide, non plus chronique, mais éternelle.

extrêmes, qu 'il n'est que trop facile de tirer des prémisses de la Synthèse hindoue (I) : car enfin, V univers physique supposant V existence du Mal, éterniser l'un, c'est éterniser Vautre.

Sur ce point-là, les sectes exotériques du Christianisme semblent elles-mêmes présenter une solution moins dommageable à l'homme et moins révoltante pour sa mison. En effet , si elles professent, à V égard des pervers, le dogme absurde des peines étemelles, du moins promettent-elles justice aux justes, en enseignant la « fin du monde », c'est-à-dire, à tout prendre, le caractère accidentel et transitoire de ce monde physique, où le Mal sévit indistinctement sur les bons comme sur les méchants (2).

Le parallèle que nous avons esquissé entre les deux ésotérisme* d'Occident et d'Orient suffit à en faire sentir le fort et le faible ; et il paraît presque superflu (rajouter que nos ouvrages se réclament expressément du premier de ces deux courants occultes.

Que si nous remontons à l'origine de la digression qu'on

{\) Voir la noto. page Si.

it)Knce moment, nous raisonnons dans /'esprit très étroit de ce même exotérisme. oui n'admet pas ta grande loi de justice distribulire présidant aux incarnations ; — toi que les hindous connaissent en revanche parfaitement et qu'ifs enseignent sous le nom de Karma. Seulement ils ont te tort d'en e.ragérer la portée et d'en universaliser la norme inflexible . Rien n'est plus dangereuse que cette extension d'uni' doctrine correcte en elle-même. .Xous prendrons soin de préciser ailleurs tes justes limites où il convient de la restreindre.

vient de lire, il nous sera plus facile de donner un sens au mot nature.

Sous comprendrons mieux quon peut envisager la iV«lure sous deux aspects :

1° La Nature éternelle et céleste, qui est Hulen supérieur, le royaume de l'Unité. Les notions du Temps et de l'Espace y disparaissent dans le double concept de Y Éternel et dei Infini. Les âmes qui g sont réintégrées cessent d'être sujettes aux alternatives de la mort et des renaissances ; car leur substance, tout à fait spiritualisée, n offre plus de prise aux vagues rétrogrades du torrent des générations..*

2° La Nature temporelle et cosmique (I), ou de déchéance, triple comme Y Univers don t elle est la loi. Elle se subdivise : — 1° en Nature providentielle ou naturanle, qui est commune au Ciel et à la Terre; cest par elle que la Nature temporelle se relie à Y Éternelle nature, que V Univers aboutit à YEden et le Temps à Y Éternité'; 2° en Nature nominale, ou psychique et volitive, intermédiaire (2); — 3° en Nature fatidique ou naturée.

Ceux qui voudraient quelques développements sur cette hiérarchie trinitaire, en trouveront d'admirables dam /'Histoire philosophique de Fabre d'Olivel, qui les a excellemment distinguées et magistralement décrites. Quant à nous, il convient de nous en tenir là. Sous n'avons

(1) La Nature temporelle est d'ailleurs contenue dans l'Eternelle Sature. L'immense l'uirers est comme une tache sur la blancheur de l'incommensurable Eden .

[i) Ainsi l'homme dét ient le centre et le moyen-terme de l' Univers qui est le produit de sa chute.

voulu, pour l'instant, que prévenir un enchaînement de malentendus qui s'annonçaient à perte de vue, et souligner, — en précisant les différentes significations attribuables au mot Nature, — ce qu'offre de ridicule et de chimérique celui de Surnaturel.

Quant à nier les essences spirituelles , et même la possibilité de rapports entre les êtres de cet ordre et les âmes descendues dans la déchéance de la chair; quant à contester la claire-vue, la bilocation, les apports, la communication de pensée, /'envoûtement à distance et tant iC autres phénomènes psycho-fluidiques et mystérieux à des titres divers, — nous n'y pensons pas. S'il nous prenait fantaisie d'y contredire au mépris de toute évidence, nous n'écririons pas de gros livres à dessein de les expliquer. Ce sont là des faits, que nous appellerons -prodiges, miracles même, si l'on y tient.

Il nous suffit d'avoir protesté contre l'interprétation irrationnelle et agnostique des exégètes qui veulent voir, dans tout phénomène de ce genre, une infraction aux lois de nature, une interruption arbitraire dans l'incessante filiation des causes et des effets ; — en un mot, la volonté actuelle de Dieu ou de ses anges, se substituant aux causes naturelles, pour produire sur la matière {exceptionnellement soustraite aux lois qui la régissent) une action immédiate, directe.

Voilà l'hypothèse absurde par excellence, et qui fait pendant (si f ose dire) dans l'ordre des idées, au mot non moins absurde, examiné plus haut.

Lu Providence influe sans doute sur le monde physique,

en suivant lacJiaîne d'or des intermédiaires naturels, tour à tour déterminés et déterminants. Mais d'abord, c'est une grave erreur que d'assimiler à Dieu la Providence, laquelle n'est autre, en dernière analyse, que /'Intelligence de la Nature : nous espérons le rendre évident par la suite. Au surplus, cette faculté supérieure du vivant Macrocosme, la Providence, agit en mode physiologique, (ni plus ni moins que la faculté correspondante chez- un homme de chair et d'os : chez un écrivain, par exemple, saisissant la plume à l'instigation de son intelligence, qui, d'accord avec sa volonté, va lui dicter quelque note). Jamais la Providence ne bouleverse, ou même n'entrave dans leur mécanisme les grandes lois primordialement établies, comme des témoins à jamais incorruptibles de l'Éternelle Sagesse.

Que si Dieu pouvait troubler V harmonie de ces immuables lois, il en ferait de faux témoins, et, s'infligeant à lui-même un démenti solennel, il sèmerait la confusion, non pas seulement dans l'Univers sensible, mais encore cl surtout dans les mondes moral et intelligible. L'inaccessible sphère des principes en serait elle-même ébranlée.

Ce qui ne se peut. — l'n figuier qui soudain produirait des noix ne serait plus un figuier : de même un principe, coércible au point d'engendrer, sous la pression tfnne Puissance quelconque, des résultats contraires à ceux qu'il fournissait dans sa libre expansion, ne serait plus un principe. — Sous irons plus loin. L'ensemble des lois universelles (issues des mutuelles relations des Principes, tendant à se manifester en potentialités, puis en actes), l'ensemble des luis est comme un prodigieux engrenage, rigoureusement un dans sa raison d'être ; un mécanisme

où chaque pièee commande toutes les autres, et reçoit en retour, par une sorte d'action collective et réciproque, les . vertus de V Unité-principe. Cette réversibilité des plus diverse* fonctions s'observe dans tout système cohésif et réductible à une rigoureuse synthèse.

Sous Pavons dit : l'idée d'un Principe susceptible d'al- * tération dans son entité ou de variation dans ses conséquences est une idée radicalement fausse, en ce quelle implique, dans les termes même où elle se formule, une évidente contradiction (1). Mais en admettant pour un peu cette instabilité possible, telle est la vertu solidaire des premiers principes, que la moindre altération de l'un d'eux aurait son contre-coup dans l'univers intelligible tout entier : de là, le Chaos, se propageant au long de la chaîne de causalité, romprait d'emblée l'équilibre du Ciel et de la Terre; ce serait la fin du monde, telle que, vers Pan mil, les populations terrifiées se la figuraient imminente.

La cause occulte en gît dans la nature de Dieu luimême, qiii étant l' Absolu-conscient — Wronski dirait F Absolu-raison — ne se conçoit susceptible ni d'une erreur, ni d'une hésitation, ni d'une variation quelconque dans ses volontés. Les lois préfixes sont l'œuvre de sa Sagesse; la Providence en règle l'emploi. Si Dieu violait une des lois qu'il a fondées dans le principe (Be-rœshith r*\TtfT2), il se nierait lui-même : car il manifesterait la mutation de l'immuable, l'imprévoyance de ïomni-

(1) Tout principe e*t simple, radicalement un ; or un changement d'état tuppote le binaire.

scient, les hésitations de la suprême Pensée, les tergiversations du Verbe absolu.

Xul ne s'est mépris sans doute sur la valeur des quelques axiomes énoncés dans la section II de cet avantpropos; leur portée est incalculable ; elle embrasse et domine tout cet ouvrage.

Il convenait de les inscrire en tête de notre deuxième Septaine, au point précis où s'ouvre renseignement dogmatique de Haute Doctrine, après l'exposé pur et simple des faits qui intéressent notre sujet ( première Septaine : le Temple de Satan).

Bien plus, {au risque d'anticiper formellement sur les matières du présent tome), il semble utile de courir, d'ores et déjà, au-devant des objections probables.

A ces deux axiomes : — Le Surnaturel n'est point; — l'Etre absolu n'est susceptible ni d'hésitations ni de remords, — on opposera le récit du Déluge, d'une part, tel que le donnent les traductions officielles de la Bible ; et de l'autre, ce fameux verset de la Vulgate, où chacun peut lire que le Seigneur se repentit d'avoir créé l'homme ici-bas. Or Moïse étant, pour les fidèles, l'infaillible porte-parole de F Esprit-Saint, et pour les adeptes de l' Ésotérisme occidental une de leurs plus imposantes autorités, de telles objections paraissent asses graves pour requérir de noire part une réponse immédiate.

Puissions-nous, sans être taxé de suffisance, affirmer

ici que rien n'est plus facile au monde que de réduire à néant ces spécieuses difficultés. Prions le Lecteur dlêlre arbitre.

V Le Déluge. — Que noire planète ait été ravagée à plusieurs reprises par des déluges formidables, encore que partiels, c'est ce que F Occultisme ne cojiteste pas plus que la science universitaire. Sachant même ce qu'ignore celle-ci, les causes géologiques (1) et métaphysiques (2) de pareils cataclysmes, il a pu formuler l'inflexible loi de leur retour périodique, déterminable à date fixe. — Quant à travestir, comme la Vulgate, le déluge universel en événement historique du cycle présent, c'est une autre affaire. Le fait est très contestable et généralement contesté. Quoi qu'il en soit de ce point de controverse, qu'il n'y a pas lieu de débattre ici, il demeure constant que Moïse admet en principe la possibilité d'un déluge universel (3). C'est assez pour qu'il soit

[{) Voy. nommément Delormel, La Grande Période, Paris, 1789, m-8.

(2) Voy. Fabred'Olivet, Langue hébr. restit., (t. Il, p. 474-237); Hist. philos., (t. Il, p. 188-194).

(3; Ce qu'il importe de n'oublier jamais, c'est l'erreur grossière de ceux qui veulent voir dans la Genèse, suivant l'opinion malheureusement accréditée, les Annales du peuple juif à l'époque patriarcale. Le Sepher de Moïse est, non pas le récit d'une série de faits historiques, accomplis dans le passé, mais le Livre transcendantal des principes cosmogoniques et androgoniques : principes dont les adaptations se sont profluites. se produisent ou se produiront dans le temps et l'espace.

Xous jugeons utile de transcrire à cette heure quelques lignes de f Histoire philosophique du genre humain, où Fabre d'Olivet, par une double définition des plut précises, prévient toute éventualité de confusion et jusqu'à la possibilité d'un malentendu.

«...// est deux espèces de déluges, qu'on ne doit pas confondre ensemble : le Déluge universel ; celui dont parle Moïse sous le nom de

permis de raisonner sur le fait réputé possible, comme sur un fait accompli. Ainsi allons-nous faire.

Le Déluge, comme tous les cataclysmes généraux ou partiels, est un effet rigoureusement logique des causes naturelles ; il ne se réalise en acte qu'en suivant la filière hiérarchique des causes mues et motrices.

Le Verbe de Dieu, pour s'accomplir, peut providentiellement (1) influer sur les lois secondaires , sans les altérer dans leur essence.

Soit donnée une roue entée sur un axe mobile ; cette roue tourne à dextre. Si nous la faisons tourner à séneslrey nous aurons modifié le sens de sa rotation, sans altérer sa nature intime, qui est de tourner. Sa fonction n'est nullement corrompue, pour inversée qu'elle soit (2).

Maboul; relui que les Brahmes connaissent sous le nom de Dina-pra layam, est une crise de la Sature qui met un terme à son action ; c'est une reprise en dissolution absolue des êtres créés... Moïse en parle comme d'une funeste possibilité... La description de ce déluge, la connaissance de ses causes et de ses effets, appartiennent à la cosmogonie. .. Les déluges de ta seconde espèce sont eewc qui n'occasionnent qu'une interruption dans la marche générale des choses, par des inondations partielles, plus ou moins considérables. Parmi ces cataclysmes, on peut considérer celui qui détruisit l'Atlantide comme un des plus terribles, puisqu'il submergea un hémisphère tout entier et fit passer sur l'autre un torrent dèrastateur qui le ravagea.*» (Hist. philos., tome//, p. i 01 -192, passim).

(1) Voir ce que nous disons {page 30) sur le râle physiologique de la Providence, celte intelligence de la Sature.

(2) Mous ne nous dissimulons point l'imperfection ni même le ridicule de rapprochements pareils : du particulier à l'unirersel, connue du nombre à l'unité, toute comparaison est inévitablement, ou défectueuse, ou du moins mesquine; et jtourtant 1rs analogies du sensible sont seules aptes à rendre à notre raison un compte indirect des vérités intelligibles. Résignons-nous donc à l'insuffisance du rapprochement, et le reprenons.

En fabriquant cette roue muable dans les deux sens, nous nous étions réservé a" en intervertir à notre caprice la rotation, de droite à gauche, ou de gauche à droite. — Ainsi {pour user d'un langage exotérique jusqu'à la trivialité), Dieu s'était réservé de dilater à son gré, ou de condenser les eaux. — Comment?

Sous touchons à l'un des arcanes de l'initiation mosaïque, et ceux-là seuls en auront l'intelligence pleine et entière, qui savent ce qu'il faut entendre par le fameux Roùach /Elohim D'nSfc* HT) , qui , dans le Principe JV&%tf"Q, se mouvait en puissance de fécondité PSrrra sur la face des doubles-eaux D>ï2n >JS S?.

Par son essence, ce Roûach iElohim se rattache au Roùach Hakkadôsch ttfVipn mi, l'Esprit Saint, dont il est la manifestation première, édénale. En substance et dans l'univers, il constitue ce mystérieux agent que les hindous nomment Akasa (le fluide pur), lorsqu'une force intelligente le dirige; mais qui, abandonné à la fatalité de son mouvement propre, devient le cyclone de Nahàsh CTW, ou du serpent de la Genèse — en un mot, la Lumière astrale. Dans l'un et l'autre cas, il a été appelé l'âme du monde, comme on le verra plus avant. Il est le suprême fadeur de l'équilibre élémentaire, .Emesh^ON, et le glaive du jugement ou de l'équilibre moral, Hocq pn (l). Comme principe de la manifestation sensible, Moïse le fait couler à la région tfEden sous le nom de l'hishôn ]*WS, le fleuve producteur de la création objective ou physique (2); comme expansion de la Faculté

(1> Voy. le Scpher letzirah. traduit par Papus (Chap. II et III). (2) Gibôn, Hiddekel et Phrath. les trois autres fleures symboliques

plastique génératrice, et spécialement comme Puissance universelle d'individualisation vitale, ce théocrate le désigne sous V emblème de la colombe de Noé, Iônah H3V (1). Voilà ce que nous pouvons dire.

Mais le détail de ces spécifications nous entraînerait trop loin. Le problème du déluge doit seul nous occuper, à celle heure. Tenons-nous-en, quant au reste, à des généralités.

Tous les termes ci-dessus^ énoncés, et d'autres encore qui seront ultérieurement définis, expriment la filiation occulte émanée de Rouâch Hakkadôsch, V Esprit Saint; soit une hiérarchie de Principes et de Puissances, hiérarchie qui pour nous, sous-multiples déchus d'Adam, vient aboutir dans le monde astral, ou des fluides hyperphysiques. Déjà, Au Seuil du Mystère, nous avons éclairci, d'après la tradition constante des Maîtres de la Sagesse, la triple nature de V universel fluide, selon qu'il est considéré dans son mouvement d'expansion, Aôd "lltf, dans son mouvement de restriction, Aôb ou dans le cycle intégral de son double mouvement, ascendant et descendant, Aôr T,S (2). — Si nous observons à celle heure que les eaux ont toujours passé, dans les sanctuaires de V ancien monde, pour l'hiéroglyphe matériel du principe passif et restrictif (3), nous ne serons pas surpris a"ap-

du paradis terrestre, expriment également diverses modifications de V Agent astral.

(1) Voi/. Langue hébr. rest. (t. II, p. 230).

(2) La plupart des occultistes écrivent Aoûr "Vtf. — Avec Fabre d'Olicet. nous trouvons jdus précis de distinguer le feu (Aoùr) de la lumière (Aôr).

(3) Le feu, par contre, était V emblème du principe d'activité expansive.

prendre que ces eaux, dans leur état normal, sont comprimées, condensées et comme enchaînées (1) par une force victorieusement compressée, astringente et liante (2). Ce nœud statique venant à se dissoudre, il i ensuit que les eaux obéissent, dans la mesure de leur prodigieuse élasticité, à l'agent universel de fécondité et d expansion qui dynamise et distend toutes choses, selon la multiplication quateme propre au monde élémentaire. — Ce dernier agent, très voisin cTIônah, était bien connu des anciens Sages: ils lui avaient assigné pour emblème la pierre cubique, qui devient, au quatrième feuillet du Tarot, le trône où siégera F Empereur mystérieux, le Rhawôn de Thoth et le Moloch *]So des Phéniciens (substantif qui, par une simple mutation des voyelles latentes, donne en hébreu le mot Melech, qui veut dire Roi).

Au retrait de C agent compressif qui neutralisait la force d'expansion, Veau se dilate donc avec une extrême violence : c'est ce que Fabre d'Olivet traduit par la grande intumescence bmarrntf (3) ; c'est ce que Moïse lui-

(1 j Se rappeler la chaîne symbolique que Xerxès (dit la légende traditionnelle) fit jeter dans l'archipel indien, pour enchaîner la tempête.... Voir le Crocodile, poème épiquo-tuagique, par un amateur de ehos«s cachées (Claude de Saint- Martin). Paris, an VIII de la République, i vol. 1/1-8 [p. 13-14).

12) Hereb rtf.

(3) L'adepte Saint-Martin a écrit d'étonnantes pages sur le déluge, qu'il traite en fait accompli. Il n'a garde de soutenir qu'une pluie tomba, assez abondante pour inonder toute la terre : version ridicule et contre laque/te s'insurgent à l'envi le simple bon sens et le texte «Urne du Sepher.

• ... Le mot hébreu arubboth, quoique signifiant cataractes,

même veut faire entendre plus au clair, quand il dit : Et furent ouvertes toutes les sources de l'Abîme potentiel (1),

: binn wja"1^ Wpaa

Ainsi le Déluge s'opère par un phénomène d% ordre naturel, — le retrait une force constrictive du Cosmos, et cause permanente de i affaissement des eaux. Entravée à point nommé dans sa fonction condensatrice, cette Force abandonne les masses liquides à la merci d'une force opposée, indéfiniment multiplicatrice et dilatante.

Ce retrait décisif, qui en reste le provocateur immédiat ? — Là encore, Dieu n'opère que par les principes préétablis; la liberté humaine est F un de ces principes. Ainsi que Fabre d'Olivet le laisse entendre à merveille, ce n'est pas le Verbe de la divine Volonté qui spontanément délie les sources de l'Abîme : Jod^hévê cède à V effort de l'Adam terrestre qui se débattait contre Lui; il le laisse choir du poids de son lourd destin ; voilà tout. L'hominalité luttait à outrance pour se rendre indépendante de son Principe céleste; le Créateur cède à regret; il s'éloigne, alors qu'on voulait s'éloigner de sa face; il

selon la lettre, n'est il pas un dérive du verbe 221 rahab ou H2! raba, qui veut dire, il a été multiplié f Alors le texte présente l'idée naturelle d'une action plus étendue dans l'Agent qui produit l'eau, et nullement celle du simple écoulement d'une eau auparavant existante... » (Saint-Martin, Tableau naturel, Edimbourg (Lyon), 1782, 2 vol. iVi-8, p. 32 du second tome).

Dans ce même ouvrage, Saint' Martin expose encore comme quoi le déluge est la conséquence naturelle et fatale de la corruption adamique, et non point une punition divine, au sens coutumier du mot. Il laisse également entendre pourquoi le cataclysme, évoqué par la dépravation des hommes, a choisi l'eau comme instrument dévastateur.

(I) Langue hébr. rest., tome II, pt 202 et 333.

a/franchit qui tentait de s'affranchir. Toute négative, la condamnation qu'il prononce se réduit à un acquiescement tacite.

L'homme, abandonné au tourbillon de sa corruption croissante, a fait, sayis le savoir, un pacte avec la Mort : il appartient, dès lors, à la fatalité du suicide. Il appelle le cataclysme; il révoque en une langue à soi-même inconnue... Malheureux, il ignore que le Cataclysme va venir. — Fabre d' Olive t est formel sur ce point : « la véritable pensée de Moïse est que l'Être des Êtres ne détruit la terre qu'en l'abandonnant à la dégradation, à la corruption qui est son propre ouvrage : pensée déjà renfermée dans le renoncement dont il est question au verset 6. » (Chap. VI) (t).

r C'est ce Renoncement que nous avons précisément choisi, comme deuxième exemple des objections qui pourraient nous être faites.

Ici, nous aurons recours encore à Fabre d'Olivct, dont les explications doctrinales, souvent bien sommaires, ont pour elles d 'être toujours d'une netteté et d'une correction parfaites. Les fioles qui criblent sa traduction du texte hébreu de Moïse répugnent aux commentaires proprement dits ; elles portent de préférence sur l'analyse grammaticale et hiéroglyphique, — recherches qu'un vocabulaire radical, placé à la suite de son admirable grammaire, permet de pousser assez loin... Penseur et savant dont l'érudition prodigieuse ne le cède qu'à une inodes lie et une conscience d'un autre âge, Fabre d'Olivet a su pénétrer

(i) Lang. hébr. rest., tome II, p. 190.

fort avant dans la crypte des sanctuaires écroulés (1), jusqu'au tabernacle des plus mystérieux arcanes. Maintes fois V occasion nous sera fournie de recourir à ses lumières; aussi avons-nous eu à cœur de le saluer ici, comme une autorité de premier ordre.

Fermons cette parenthèse, pour retourner à notre controverse.

La première objection supposée aurait eu pour but d'invalider nos principes, en opposant à notre dénégation formelle un exemple évident des grandes lois naturelles violées. Le Déluge, en effet, tel qu'assez communément on se le représente, constituerait un cas d'impossibilité physique ; mais nous croyons avoir montré, d'une sorte assez concluante, que, dans la production de ce phénomène exceptionnel, rien n'autorise à voir une action directe de la Volonté divine sur l'univers sensible, mais un effet nécessaire des causes naturelles, agissant, il est vrai, sous l'impulsion de la Providence, sans que les lois premières en souffrent nulle atteinte.

C'est à la conception d'un Dieu invariable dans ses desseins, exempt de toutes passions, incapable de tout remords, que s'attaquerait la seconde objection élue pour exemple. Ici, comme tout à l'heure, les apparences militent contre nous : et le texte sacré, tel que le traduit Saint Jérôme, légitimerait sans conteste l'idée d'un Dieu grossièrement anthropomorphe. Mais il faut voir quels îiiots

(i) Pour plus de détails sur l'œuvre de Fabre d'Olivet, consulter le beau travail de Papus : Fabre d'Olivet et Saint- Yves d'Alveydre (Paris, 1888, plaquette grand 1/1-8.). Voir aussi la troisième édition de notre livre: Au seuil du Mystère (Paris, 1890, in-8), p. 69-72.

AVÀKT-PROPOS

hébraïques le fougueux Père de V Église rend par : « pœnituit Eum quod hominem fecissel in terra : // (Iod-hévê) se repentit d'avoir créé V homme sur la terre. »

Nette est cette traduction, mais le texte authentique de Moïse ne l'est pas moins, et malheureusement il ne dit rien de tout cela :

c'est-à-dire, mot à mot([), selon le savant d'Olivct: — « Et il renonça entièrement (Use reposa du soin) IIIOAH, à cause de quoi il avait créé l'ipséité d'Adam (l'homme universel) en la terre. » Ou9 en bon français (2) : * Et Ihôah renonça entièrement au soin conservateur qu'il donnait à l'existence de ce même Adam, sur la terre. »

L'analyse radicale du mot Innachem UUT prouve en effet qu'il ne peut signifier se repentir qu'en un sens absolument détourné, pour ne pas dire bâtard, — contre lequel protestent à l'envi le contexte de Moïse et l'opinion très philosophique et très haute des initiés de Mitzratm et d'Israël, touchant F Étre-des-êtres : « le verbe rt!J, généralisé par le signe collectif D, signifie proprement renoncer entièrement, cesser tout à fait, se désister, déposer un soin, abandonner une action, un sentiment... Dieu ne se repent pas, comme le dit Saint Jérôme ; mais il renonce, il délaisse ; tout au plus, il s'irrite (3). »

Si Fabre d'Olivet eut poursuivi la restitution raisonnée

(1) Lang. hébr. rest., /. //, p. 183.

(2) Lang. hébr. restit.. /. //, p. 330.

(3) Lang. hébr. restit., /. //, p. 185-180.

Dans la construction de cette dernière phrase, Fabre d'Olicet a, selon nous, te tort de laisser prise à un malentendu. Sa pensée — c'est

de la Genèse au delà du dixième chapitre, on se demande de quelle encre il aurait bafoué les interprètes à coup sûr plus mystificateurs que naïfs , qui, lors de V incendie des cinq villes immondes (1), métamorphosent à la lettre la femme de Lot en une statue de sel ! Il faut être bien généreux, vraiment, pour prêter à Moïse ces géniales trouvailles; mais alors qu'on jouit d'une aussi féconde imagination, se dérober de la sorte à la gloire de ses découvertes, voilà pécher par excès de modestie. Cest d'un saisisseme7it d'épouvante, mortel ou non (2),

du moins notre conviction — n'est pas que l'Être des êtres soit sujet à s'irriter; mais bien que te verbe DTV52 pourrait à la rigueur, dans tel autre cas, revêtir cette extrême signification. La suite de la note le prouve bien; d'Olivet poursuit en ces termes : « Ce dernier sens (s'irriter) qui est le plus fort qu'on puisse donner au verbe OTVÛ, a été généralement suivi par les écrivains hébreux postérieurs à Moyse. Etc.. »

(1) Là, comme partout dans la Genèse, l'intérêt se concentre sur l'intelligence des significations comparative ou symbolique, et superlative ou hiéroglyphique. Le sens direct ou positif du récit a trait à l'embrasement et à l'effondrement d'une vallée entière, qui recouvrait de véritables lacs de naphte et de matières bitumineuses. Le feu du Ciel (la foudre), communiquant l'incendie à ces formidables réservoirs de liquides inflammables ou explosifs, toute la rallée s'effondra dans de souterraines anfractuositès; le gouffre enfin fui noyé par une voie d'eau que Ve.rploxion avait ouverte, et le lac asphaltite ou mer morte recouvrit de son morne niveau les ruines de Sodnme et de Gomorrhe.

La signification littérale semble, on le voit, d'assez mince coiisèquence, — Ce n'est pas toutefois une raison suffisante pour autoriser le traducteur à enluminer sa version d'un merveilleux aussi grotesque.

(2) Saisissement mortel sans doute, puisqu'on désert tes filles de Lot eurent peu après fantaisie d'enivrer le vieillard, puis de dormir à tour de rôle avec lui, afin de « susciter de la semence de leur père • ; petite escapade que ces demoiselles ne se fussent pas vraisemblablement permise, sous l'œil vigilant de Madame leur mère. — Dieu t la belle chose qu'un livre dicté par l Esprit-Saint, lorsque les hommes s* avisent de l'interpréter suivant la lettre!...

— qu'il s'agit dans ce verset (Genèse, xix, 26) :

: rhz Mm mmo insw oarn

gu* te* Bibles vulgaires rendent toutes à peu près comme suit : « La femme de Lot regarda derrière elle, et elle fut changée en une statue de sel. (Traduction Le Maistre de Sacy). »

Par une métaphore aussi hardie qu'expressive, nous disons volontiers: pétrifié de stupeur ou glacé de crainte. Même il nous advient d'écrire, sans spécifier davantage : il ne bougeait plus... un vrai marbre ! ou encore : il resta pétrifié sur place ; ou même, à la rigueur : cette pétrifiante nouvelle en fit une statue. Coutumières en français jusqu'à la banalité, de pareilles figures sont-elles jamais prises au pied de la lettre?,.. Cependant, il ne faut désespérer de rien : quand notre idiome sera passé à rétat de langue morte, les traducteurs à venir de nos livres d'aujourd'hui, s'ils ont un faible pour les récits meweilleux, pourront s'offrir à des milliers d'exemplaires la réédition du miracle de la statue de sel ; à de légères variantes près, du moins : car ce sera de statues de pierre, de marbre ou de glace que parleront nos vieux textes français, dociles à l'art évocaleurde celte docte et infaillible exégèse.

Ce rapprochement s'impose à tel point, que, voulu ou non, Caveuglemenl des interprètes de Moïse reste incompréhensible. . . .

Au demeurant, pourquoi ne pas semer l absurde à pleines mains ? Le doigt de Dieu n'est-il pas là pour légitimer limpossible, au gré des simples, et l'expliquer définitive^

ment y en le proclamant à jamais inexplicable? Ce verset demeure fermé à ton entendement, cher commentateur de la Bible. Qu'à si peu ne tienne! Vite un petit miracle, et tout deviendra clair. Et béni soit-il, n'est-ce pas, ce Deus ex machina qui descend du Ciel à point nommé, pour la pleine satisfaction des esprits les plus difficiles à satisfaire !

Le Miracle ! au détour de toutes les pages de glose religieuse, nous le retrouvons, invariablement revêtu de cette signification hybride et agnostique, si révoltante pour le bon sens, et si contraire à Vidée que les adeptes d'Egypte et de Chaldée s'étaient faite des phénomènes mystérieux, théurgiques ou magiques.

Qu'était-ce qu'un prodige (1), aux yeux de ces sages du monde antique ? — Un effet naturel, dont la cause nous échappe ; un phénomène imprévu, qui ne viole en apparence une loi bien vérifiée, que pour obéir à une autre loi moins connue, d'un ordre supérieur et plus général.

Les sciences naturelles nous fournissent de ces exemples à foison.

(1) Nous employons indifféremment ici deux vocables qu'une nuance distingue : Prodige et Miracle.

Le Prodige est laïque : Cagliostro faisait des prodiges.

Le Miracle affecte un caractère religieux et plus grave: Jésus-Christ faisait des miracles.

Quant au mot Prestige, il s'applique de préférence aux tours de passe-passe, aux trompe l'œil de pure adresse manuelle. Cependant Prestige s'emploie aussi comme synonyme de Prodige, mais toujours en mauvaise part.

Lecteur ami, pour peu que tu sois chimiste à tes heu- I res de loisir, tu n'ignores pas le principe qui trouve au laboratoire une si fréquente application; nous voulons parler de la loi de double décomposition des sels : lorsque r acide de Vun peut former avec la base de Vautre une combinaison insoluble ou très peu soluble, il se produit, à Yinstant même du contact (1), un échange réciproque.

Soient mélangées deux solutions filtrées, Y une d'acétate de plomb, Vautre de chromate de potasse. L'échange est immédiat : abandonnant la potasse, l'acide chromique se combine avec l'oxyde de plomb, pour former un chromate insoluble, qui se précipite instantanément, sous Y aspect d'une poudre jaune. — D'autre part, V acide acétique, saturant la potasse, engendre un sel hygroscopique, et qui reste en dissolution dans la liqueur. Soit, selon le système des équivalents (2) :

PbO,C'H303 + KO,Cr(P = PbO.CrO» + K0,C'H3O\ Jusqu'ici, nulle difficulté. — Mêlons celte fois une solution cYiodure de potassium à une autre de cyanure de mercure : Yiode, formant avec le mercure un protoiodure presque insoluble, il s'ensuit qu'aux termes de la loi cidessus énoncée, Y échange se devrait faire aussitôt. — // nen est rien: au lieu du précipité rouge éclatant que nous

(i) // s'agit, bien entendu, de deux sels en dissolution dans l'eau ; * car ce n'est qu'à la faveur d'un véhicule liquide, ou d'une trituration fort intime, que deujc sels susceptibles de double décomposition peurent *e pénétrer moléculairement, en sorte que l'échange soit complet et non partiel.

(if La notation atomique ne nous étant pas familière, nous avons recours à celle des équivalents. Nous réduisons d'ailleurs les formules a leur plus simple expression.

attendions, une cristallisation spontanée, incolore, se forme sous nos yeux dans toute la masse du liquide, et dépose lentement au fond du vase ses paillettes nacrées et légères.

Une loi supérieure est intervenue : celle de la formation des sels doubles ; loi d'une application moins fréquente, et dont l'examen, d'ailleurs hors de propos, nous entraînerait trop avant dans des digressions abstraites.

Bref, l'échange ne se fait pas ; les deux sels se combinent pour n'en plus former qu'un seul : le cyanhydrargyrale d'iodurc de potassium :

Kl +- HgC*Az = KI,IlgC*Az.

])ans ce sel double, le cyanure de mercure joue le rôle d'acide complexe et l'iodure de potassium celui de base composée. Et il faut une goutte d'un acide quelconque — l'acide azotique, par exemple — pour rompre la cohésion chimique du sel double, et refouler (si l'on peut dire) les deux sels primitivemen t mélangés, dans la sphère d'action de la loi du double échange :

Kï,HgC2Az + Az05,HO = KO,AzO* -f Hgl + HC*Az.

Subitement oxydé, le potassium de l'iodure s'unit à l'acide azotique, avec lequel il a le plus d'affinité : l'iode, libre dès lors, attaque le mercure, pour former avec lui l'iodure écarlate qui se précipite au fond de l'éprouvette. Enfin l'odeur d'amandes amères qui se développe est due à la production de l'acide prussique, engendré par l'union du cyanogène avec l'hydrogène contenu dins l'eau d'hydratation de l'acide azotique, laquelle eau a déjà cédé son oxygène au potassium naissant, dont cet acide s'est emparé.

AVAXT-PROPOS 47

| Cet exemple est significatif : pour qui ne connaîtrait pas la formation des sels complexes, V expérience ci-dessus paraîtrait une stupéfiante anomalie, une violation vraiment inexplicable de la loi de double décomposition des sels.

Les prodiges sont tels : phénomènes d'exception, qui refusent de se ranger sous l'empire d'une loi donnée, bien connue des savants ; pour le motif assez simple qu'ils relèventcVune loi supérieure, ignorée ou méconnue desdits savants.

! € Pas de loi sans exception... * Qui ne connaît ce proverbe, paradoxal en théorie, très juste en pratique ? Lintuitioti populaire ne se trompe guère au fond : elle formule parfois ses oracles en termes gauches et même inexacts ; mais cette phraséologie sentencieuse et poncive habille une pensée souvent profonde, et presque toujours juste.

Toute importante découverte fait rentrer dans l'ordre des phénomènes rationnels quelque fait miraculeux au sentiment des naïfs, et que la science officielle niait obstinément jusqu'alors, faute de pouvoir l'expliquer.

Il n est pas de science occulte, dit excellemment M. de Saint-Yves ; il n'y a que des sciences occultées.

Un autre exemple, qui relève à titre égal de la chimie, de la physique et de l'histoire naturelle, paraîtra plus frappant encore : il s'agit d un phénomène dont la science des universités serait fort inhabile à justifier la production.

Cest un fait tangible, patent, et que chacun peut vérifier sans peine. Mais, pour en donner la raison, pour en

démontrer le mécanisme, il faut, de toute nécessité, recourir aux lumières traditionnelles des Maîtres de la sagesse ésotérique...

Nous allons surprendre et saisir sur le vif la force de création (1) : nous verrons la matière se produire de toutes pièces sous nos yeux, au grand jour de l'examen scientifique; et cela, dans des conditions de contrôle expérimenlal à confondre tout contradicteur par l évidence, et à paralyser toute velléité a" o ergotage », sur les lèvres du plus fougueux défenseur de l'apophtegme fameux : « rien ne se perd, rien ne se crée (2). »

— Parlez-vous sérieusement? Ce serait à n'en pas croire ses yeux...

— Libre à vous.

— D'ailleurs, c'est impossible!

— Notre réponse pourrait être celle de William Crookes, le grand chimiste, de qui l'on contestait, à priori et sous le même prétexte, les décisives et mémorables expériences :

(1) Un bon prêtre, à qui nous faisions cette démonstration, s'écria dans tes transports d'une naïve allégresse : — Voila, qui s'appelle prendre le Non Dieu la main dans le sac ! L'exclamation nous parait belle en sa trivialité et digne d'être transcrite.

(2) « Hicn ne se perd, rien ne se crée »... Cet apophtegme n'est faux, d'ailleurs qu'appliqué exclusivement à la matière sensible. « Ex nihilo nihil », disaient les anciens sages, et ils avaient raison : le néant n'engendre pas. — C'est-à-dire, que tout être sort d'un principe réel, positif et non abstrait. Créer, c'est tirer d'un princijte occulte, comme nous l'e.rpliquons plus bas ; mais ce n'est pas faire de rien. Ex nihilo nihil.

La substance cosmique absolue engendre éternellement la matière transitoire. Celle-ci se livre à d'innombrables métamorphoses, jusqu'au jour ou elle rentre dans son substratum essentiel : la matière physique (différenciée) redevient substance hvpcrphysique (homogène).

En ce sens, — qui n est point celui de la science moderne, — l'axiome conteste se soutient.

« Je ne soutiens pas que ce soilpossible ; j'affirme que cela est. • A peu de frais vous pouvez vous en convaincre.

Vn kilogramme de soufre en fleur, lavé avec soin; quelques litres d'eau distillée; quelques grammes de semences de cresson vous en fourniront l'irrésistible preuve : ce* objets peu cabalistiques vous pourront servir, au besoin, d'arguments péremptoires, pour réduire au silence les plus obstinés positivistes de notre monde occidental. Songez-y bien cependant, un tel honneur n'est pas sans péril : si loyalement que vous expérimentiez, ils vous traiteront d'escamoteur....

Etendez votre fleur de soufre (i) en une couche égale de moyenne épaisseur; semez-y vos graines et les arrosez exclusivement d'eau distillée : les semences ne tarderont guère à germer, les tiges à grandir, et bientôt vous pourrez faire votre première cueillette de cresson. Quand un certain nombre de récoltes successives vous aura fourni tiges et feuilles en abondance, incinérez toute celte substance végétale : vous obtiendrez facilement ainsi une quantité de sels fixes dépassant de beaucoup le poids des graines semées. Quelle ne sera pas votre surprise, en soumettant à l'analyse chimique cette cendre végétale, d'y trouver en proportions normales de la potasse, de l'alumine, de la chaux, des oxydes de fer et de manganèse, combinés pour une part aux acides carbonique, sulfurique et phosphorique, — à Vélal libre pour l'autre part! Ainsi, pour passer sous silence les corps volatils ou décompo-

(\) L'espérience. réussirait aussi bien, si l'on remplaçait le soufre par de l'o.rt/de de plomb, de la si/ire pure, ou par toute autre substance poreuse, inerte et insoluble dans l'eau.

sables évaporés au cours de la calcination, vous y constaterez la présence d'un assez grand nombre de corps réputés simples, métaux et métalloïdes, — les mêmes exactement qui se retrouvent dans la cendre du cresson normal (i), poussé en pleine terre et en pleine eau, et dont les racines adhèrent au lit même d'une source ou d'une rivière.

La présence de V oxygène et du carbone s explique assezpar elle-même : gorgées d'eau distillée, les racines se sont assimilé l'oxygène ; les feuilles ont aspiré V acide carbonique de l'air et retenu le carbone. Quoi de plus simple ? — Mais le silicium? Le soufre n'en contient pas plus que Veau distillée. Serait-ce l'atmosphère qui aurait servi de véhicule à ce métalloïde? Cest bien improbable : abstraction faite des poussières qui ne sont point assimilables, et des eaux de pluie dont la composition chimique assezconnue exclut la présence du silicium. Pair ne peut guère servir de véhicule qu'à des gaz, et je ne sache point que le silicium forme, si ce n'est avec le fluor, des combinaisons gazeuses : le fluorure de silicium est un gaz. Mais, outre que lu nature n'est pas fort riche en foyers de réaction propres à lui donner naissance, il est très corrosif, désorganisateur des tissus végétaux, et toute plante aspirerait la mort avec ses effluves. — L'on ne justifierait pas avec un meilleur succès la présence, dans Vair, des composés volatils du soufre et du phosphore ; toutefois, il

( \ ) Les garants Schrader, dreef et liraronnot ont vérifié le fait et le confirment. L'expérience nest donc pas de notre invention ; nous nous bornons à la commenter . (Voir le livre très remarquable de Chaubard : L'Univers expliqué par la Révélation. — Paris, 1831, in -S, page 301).

n'y a point là d'impossibilité matérielle, à priori.

Mais ce qui semble une hypothèse bien ingrate et dure à admettre en ce qui concerne ces trois métalloïdes : soufre, phosphore, silicium, devient, en l'état actuel delà chimie, une supposition gratuitement absurde, pour expliquer la présence, dans les cendres du cresson, d'autres corps dits simples, tels que le fer, le manganèse, le calcium et l'aluminium ; car ils n'entrent dans aucune combinaison gazeuse ou volatile à la température ordinaire.

— !) accord, mais les graines en contenaient.

— Je le veux bien, et j'attendais l'objection N'avonsnous pas dit que le poids des cendres, obtenues en calcinant les liges et les feuilles, dépassait de beaucoup celui des graines semées dans la fleur de soufre? D'ailleurs, c'est cinq grammes de graines de cresson que vous aviez semé, n'est-ce pas? Eh bien, calcinez cinq grammes des mêmes graines et soumettez la cendre aux analyses qualitative et quantitative : si vous y découvrez des traces des mêmes corps simples, sera-ce en poids égal à celui des éléments que nous offrent les résidus abondamment produits par l'incinération des tiges et feuilles, récoltées à diverses reprises sur les mêmes pieds? — Son, té est-ce point ?...

Alors nom voici claquemurés dans ce dilemme : ou ces métalloïdes et ces métaux se sont formés inexplicablement de toutes pièces, — tranchons le mot : ont été créés sous vos yeux, — ce que votre science déclare impossible à priori ; ou bien vous en èles réduits à l'aveu du phénomène taxé par vous de suprême absurdité dans le magistère des alchimistes : la multiplication substan-

tielle des corps soumis aux lois de la densité (I).

Nous serions fâché quon se méprît sur nos sentiments personnels : il en est dont V imputation nous serait douloureusement sensible.

Nul ne professe plus que nous pour la science moderne une admiration sincère et à certains égards enthousiaste : et si ses méthodes d'induction nous semblent insuffisantes parfois, si ses divulgations sans réticences témoignent à nos yeux d'une téméraire légèreté, confinant au crime (2), la science nen est pas moins pour nous une des plus vénérables déesses du monde intelligible.

Exploratrice intrépide et sagace, dans la sphère positive dont elle s est tracé les limites à elle-même, là nul obstacle na pu rémouvoir, nulle puissance n'a été capable d'entraver son essor. Deux infinis s ouvraient devant elle: ni les scintillantes profondeurs de V empire des étoiles, ni Vimpénétrable et troublant mystère dont s" enveloppent les univers d'atomes organiques gravitant dans une goutte d'eau, n'ont intimidé son zèle; étoile par étoile, atome par atonie, elle a entrepris cette double conquête. Chaque jour,

(1) Pour ta multiplication de la pierre philosophait, voir Huymond Lui le, Flomet et les autres alchimistes.

Henri Khunrath est aussi clair que formel sur ce point, dans son Ampliithôùtrc do la Sagesse ôlornollu [paye 500).

(2) S'agit il de théories métaphysiques, nous admettons toutes les franchises : d'autant plus qu'il est facile de ne rien céler au.r amis de la Sagesse, tout en demeurant impénétrable au.r profanes... Mais des lors qu'il est question de livrer a tout venant la préparation, souvent si simple, de produits formidables (nitroglycérine, acide ryanhydrique, induré d'acofe, p/omatnes. cultures microbiologiques, etc.). la fameuse » probité scientifique * n'est plus a notre gré qu'une dangereuse bavarde, et rien davantage.

elle s'enorgueillit (Tune victoire nouvelle; infatigable, elle refoule dans les deux sens la frontière de V Inconnu.

Mais répétons-le; pour tout ce qui ne rentre pas dans sun domaine strictement positif, elle se déclare incompétente. Les faits seuls l'intéressent : elle les accumule sans discernement, parfois sans distinction ; fidèle à sa méthffde analytique, elle encombre des gerbes mêlées de sa moisson les greniers de la mémoire humaine. Mais jamais elle n atteint à la vraie synthèse ; car on n'y peut remonter qu'en pénétrant au delà du sensible, en allant plus ban que les faits.

Cet archange du monde contemporain n'a pas d'ailes. Colosse invincible, comme Antée, quand ses pieds touchent à la terre, adieu sa force prodigieuse et sa pénétrante intelligence, et son initiative sagace, pour peu quelle s'élève à quelques pieds du sol. Sur ce champ de bataille élhéré, V adversaire la sait vaincue d'avance : en vain se débat-elle, défaillante, presque inanimée, dans une lutte inégale, faute d'avoir pu retremper son énergie au sein maternel de Démêler. — Sœur d' Antée, enfant de la Terre comme lui, la Science moderne attend son rédempteur, le second père de qui elle doit naître à nouveau, enfant du Ciel.

En matière d'investigations positives, elle n'a point son égale : autant la dire infaillible. Mais on la voit soudain frappée d'impuissance, lorsqu'un problème d'ordre purement intelligible se pose devant elle ; parfois même, comme nous venons de le voir, acculée à l'un de ces problèmes mixtes (tels que la genèse de la matière, dans certains cas anormaux de croissance organique, chez ranimai ou chez la plante), elle se tait ou balbutie.

LA CI.KF DE LA MAi'.IR NOIRE

Mais où trouver une justification plausible de noire phénomène de prodigieuse végétation, puisque l'Académie des Sciences nous laisse en vain frapper à sa porte ?

Peut-être serons-nous plus heureux en abordant, au seuil de leur humble retraite, ce rabbin décrié qu'on dit versé dans la sorcellerie, ou ce vieux chanoine sauvage et sédentaire qui passe communément pour un maniaque renforcé (I). Un même souci cloître l'Israélite et le Chrétien dans une solitude laborieuse; une même réprobation les enveloppe dans un injurieux abandon. L'on tremble devant l'un, et Vautre fait pitié. Les bonnes gens les évitent tous deux ; mais l'un et Vautre s'en consolent : à vivre en un monde meilleur, ils ont perdu la souvenance des amertumes de celui-ci. Persécutés de leurs pairs connue de leurs supérieurs hiérarchiques, ils ont tu jusqu'au cri de la conscience opprimée, désappris jusqu'à la protestation du dédain

Que nous interrogions le sémite ou le chrétien, la doctrine s affirmera la même, en un langage presque identi-

{{) En crayonnant ces deur types d'adeptes, comme assec communs et significatifs an Panthéon (les sciences occultes, — nous disculperons-nous ici de toute prétention à pour I rat r* telle ou telle individualité contemporaine? Ce soin nous avait semblé superflu, lorsquen 1888, le Lotus publia ces pages pour la première fois.

Aussi ne fûmes-nous pas médiocrement surpris alors, de recevoir coup sur coup tant dp lettres et même de visites quasi-suppliantes... Signatures et visages inconnus, des amateurs de chimériques ressemblances s'évertuaient, en dépit de nos plus énergiques protestations, a nous arracher le nom et l'adresse imaginaires du rieu.r chanoine et du mystérieux rabbin! fJe fut peiti" perdue, comme bien on pense, et ce, pour le meilleur de tous les motifs. La présente note suffira t-elle enfin (nous en doutons fort) à désabuser les excellents badauds qui naguère, incriminant notre prétendue discrétion, nous assiégeaient dans nos derniers retranchements ?

que. Et ce sera Vflsolérisme vivant de l'antique tradition judéo-chrétienne qui par leur bouche nous répondra : — « Oui, la croissance du végétal, dans les conditions dlsolement que vous dites, est un fait mystérieux pour la science positiviste, une idéalité inexplicable à jamais pour les philosophes qui soutiennent l'éternité de la matière : car nous sommes en présence d'un transfert de puissance en acte ; en un mot, il y a eu création.

Chanoine ou rabbin, ainsi répondrait le vieux Kabbaliste, qui ne manquerait pas d'invoquer, à l'appui de sa thèse, la Doctrine secrète transmise jusqu'à nos jours d'adepte en adepte, et par voie strictement orale. Or, ce qu'il exposerait de vive voix, en termes généraux et peutêtre sous la garantie du secret juré, le Lecteur va le trouver ici même, sans réticence et par écrit.

Mous avons parlé de création. N'ayons garde d'attribuer à ce mot le sens irrationnel si cher aux théologiens d'un autre âge. Avec les initiés de l'ancien monde et les philosophes du nouveau, répétons encore : Ex niliilo nihil, le néant n'engendre pas.

Moïse, au premier verset de sa Cosmogonie, exprime hiéroglyphiquement le vrai sens du mot créer : « C*rftS 5*"D rWîTQ — in principio creavit Deus deorum... » Le mot 502(1) (Barà, creavit), ouvert à l'aide

(!) Ce mot NU est au prétérit. Généralisé et porté a /'infinitif, il détient

Entre le 1 et l u, a trouvé place le signe convertible à son pôle de lumière, le Vaf*\ pointé en haut. Ce qui nous donne la même signification, mais universalisée, mais soustraite a tout régime temporel, acquise a l'éternelle abstraction.

LA CLEF DE LA MAf.IE NOIRE

des clefs de Salomon, manifeste le sens ésotérique suivant : « Paternité (2) duniiouvenient-actif-producteur p) » de l'existence potentielle-à-la-milliiîmc-puissance (tf); » c'està-dire : « Production du mouvement extériorisateur qui fait passer du principe absolu à V essence radicale, susceptible à son tour de multiplication divisionnelle, dans la genèse des individus. »

Tous les cires se créent donc par série d'extériorisations successives.

t. L'irradiation féconde du Verbe les détermine en Principes, et c'est la première étape.

2. Du Principe, ils passent à /'Essence ou Puissance d'être générique, spécifiée et spécifiante : seconde étape.

S. (?est à ce degré de réalisation, c'est parvenu à ce moyen terme (1) entre la prineipialion et l'existence, que Vétre s individualise en centres d'activité potentielle ; c'est la Puissance d être germinale : troisième étape.

Pour compléter ces données occultes si délicates à saisir, il nous reste à préciser le rôle maternel de la Vie, dans cette filiation d'êtres virtuels. Reprenons.

Ainsi, dans l'expansion du Verbe créateur, la Vie (qui lui est indissolublement associée) ne se conçoit ^/'universelle, et, si l'on ose dire, sans destination particulière.

(I) X oublions pas qu'ici-bas nous sommes dans la foi de déchéance . Sous ret angle trompeur, la grande illusion matérielle nous semble réalité, tandis que nous ne parvenons a la réalité essentielle que par un effort de i intelligence. C'est un renversement des choses.... Les essences n'apparaissent un moyen terme qu'à notre point de vue terrestre ; elles ne sont puissances d'être (ou plutôt d'e.rister) qu'a ce même point de vue. Dans l'ordre primitif, antérieur à la chute, les essences sont réalités, et les choses physiques seraient illusion.

Mais, à celte fin d'animer et d'évertuer les Principes des êtres, la Vie s'impose une première partieularisation. Elle épouse ces Principes ou Types radicaux, et de leur union, sont engendrées les Essences.

Puis, pour vivifier à leur tour les êtres déterminés en Essences (ou Puissances collectives spécifiées) la Vie subit une deuxième partieularisation.

Enfin les Puissances collectives de la vie spécifiée (ou Essences), se sous-multipliunt en d'innombrables (fermes individuels, génèrent ces centres d'activité potentielle dont nous avons parlé : troisième partieularisation.

En chacun de ces centres, se manifeste alors un Moi plus ou moins défini, plus ou moins instinctif; perfectible, suivant son espèce, mais non encore conscient : ce Moi, c'est l'affirmation individuelle de chaque germe, son âme «le vie particulière (Y).

Il va sans dire (pie ces doctrines n'impliquent rien contre la théorie traditionnelle de l Évolution. Indiquer les sttid s de l'Involution créatrice, ce n'est pas enseigner que tout être qui s'incarne vient immédiatement de les parcourir. Sous ne pensons pas, avec les théologiens primaires du Christianisme, que, dans le règne hominal, par

(!) Il est e.rpèdient de noter ici, pour l'édification des étudiants déjà avancés, que. dans /Vlat r<li'nal. toute cette genèse s'opérait intus cl in Ira : en sorte que chaque sous-multiple naissait à la rie individuelle au sein maternel d Adamah (l'élément homogène avec la substance d'Adam), sans renoncera la vie collective ni rompre le cadre mystique de la grande f'nité. — Depuis la chute, celte genèse s'effectue • vira forisqm-, hors du giron uni/aire.

exemple, « Dieu crée les âmes à l'instant même de la conception charnelle. »

En rappelant ici qu'il est une échelle de la vie descendante, comme il en est une de la vie progressive, et qu'un ordre hiérarchique répartit sur les échelons de cette dernière les moules des différentes espèces, il convient encore d'ajouter que ces échelons sont gravis, ces moules occupés tour à tour par les monades individuelles en ascension, suivant les lois de V universelle métempsycose.

Les races elles-mêmes s'élaborent et évoluent, comme les monades individuelles qui en sont les exemplaires. Ce sont deux modes de rédemption bien distincts (i). Il en est même un troisième, qui tient de F un et de Vautre; c'est ce que nous verrons en détail au Livre III : le Problème du Mal.

Quand l 'intelligence lucide aborde ces profondeurs, il lui semble voir la vision d'Ezéchiel. L'engrenage universel des vies est bien symbolisé par cet ensemble formidable de roues constellées, qui tournent les unes dans les autres: infinie complication de détails concourant à l'unité simple et grandiose du total Cosmos.

Sous n'avions pas a/faire ci-dessus au problème de l'Évolution, inséparable de l'énigme des existences successives.

Notre commentaire du mot création nous limitait à un autre point de vue : nous tâchions à esquisser le méca-

{\ ) On caractériserait assez bien ces deu.r modes par une locution triviale : les individus peuvent avancer sur le chemin de la vie progressive, soit en marchant pour leur propre compte, soit en se laissant traîner par la masse de leurs semblables.

nisme général de flnvolution, qui fonctionne sur le plan astral y ou hyper physique.

Là est la genèse animique et biologique (I), /«genèse d'ordre intelligible. Est-il besoin dénoter que la genèse d'ordre sensible en est distincte, et affecte sur le plan physique une direction tout inverse ? — Le germe est le point de rencontre des dzux lignes (verlicale-active et horizontale-passive) ; c'est le nœud d union de la matière et de la vie, du monde sensible et du monde hyperphysique ; cesl la cellule organique où sf emprisonne F âme vitale: c'est, en un mot, la molécule inerte qui tressaille et s'anime, microscopique sanctuaire, tabernacle d'amour où se célèbre et s'accomplit, des milliards de fois par seconde, U mariage vivificaleur de la Terre et du Ciel.

Si nous examinons le germe (2) dans les phénomènes de sa production et de sa croissance, il est clair que nous le supposons placé dans des conditions de développement possible, et même favorable : car l'âme vitale où dort l'esprit latent s'incorpore au milieu le mieux disposé pour la recevoir : et si, primordialemenl, lorsqu'il n'existait point encore de matière organisée, des âmes de vie ont du nécessairement féconder la matière inerte, pour créer la cellule, il n'en saurait plus être ainsi de nos jours, où ces énergies virtuelles infléchissent de préférence leur mouvement germinal vers des cellules organiques, élaborées ad hoc, cellules appartenant à un être de race identique à la

(1) Toujours sous le bénéfice de la restriction formulée plus haut (p. â« et 57. en note).

(2) Végétal ou animal.

60 LA r.LKK DK LA MAfllK NOIRK

leur(\). — (y est la loi de filiation, chez les animaux: comme ch ex les piaules : nous en négligeons à dessein ie.r position raisonnéc, qui nous détournerait du sujet principal* pour nous entraîner hors du cadre de cet Avant-propos.

Or d<nu\ étant données ces conditions de formation possible, — dans un végétal, par exemple, — dès que Vàme a individualisé la molécule quelle anime et féconde, elle obéit à son instinct de conservation, en groupant autour de la cellule centrale d'autres cellules, dont l'agrégation forme une sorte de chrysalide protectrice : eu cet état, le germe cuirassé constitue la graim», qui tend à se détacher de la plante mère. — Vient le jour où, mure pour une existence individuelle, celle graine voit se rompre le dernier lien qui, la rattachant à la tige maternelle, lu faisait participer encore, dans une mesure moindre de jour en jour, à la vie collective de la plante,

(Sous passons, en tout ceci, les détails techniques et topiques ; nous omettons la description des phases décroissance, — variables d'espèce à espèce, — pour n esquisser que le schéma essentiel de la formation germinale. La première botanique venue suppléera copieusement ti ce que ces pages, trop délibérément synthétiques, peuvent présenter d'insuffisant pour les esprits méticuleux', ou même d'irritant pour les amateurs d'une analyse ponctuelle et suivie. — Le Lecteur est prié de ne point perdre de vue qu'il ne s agit de rien, pour le présent, sinon de quelques données très générales de biolorfie occulte, acei-

(!) S'oubliait* fias </ue ces âmes de vie, étant spécialisées, appartiennent nécessairement a une race particulière.

AVANT-PROPOS (il

dentellement tangentes à V objet de ces prolégomènes).

En somme, que penser de cette force inconnue, qui, après avoir élu domicile dans une cellule organique, attire, groupe et s'assimile les atomes avoisinants, pour s en faire un corps de défense? Car, — chose bien digne de notre attention! — ce n est pas tant la plante fécondée qui concentre sa vitalité sur un point, afin de former la semence conservatrice de sa race (\) : ces! le germe (mimique de la future graine {énergie potentielle déposée, il est vrai, dans un terrain organique approprié pour la recevoir) (2), c'est ce germe, — aimant mystérieux et invisible, — qui centralise à son profit les éléments dont il a besoin , qui les distingue, les sélecte, sc ies approprie, pour se constituer lui-même en semence parfaite.

Pareillement, chez ranimai, cest V œuf fécondé qui attire à soi, et non pas tant la mère qui fait affluer vers Vwuffô) les matériaux requis pour la formation de son corps de défense.

\ ! ) Sans doute, il y a réciprocité harmonique dans les fonctions, merreil/eusement concordantes, de l'être qui veut perpétuer sa race et du germe fjui reut éclore ; mais le travail actif, et pour ainsi dire savant (srlectian, assimilation, répartition des mater iau.r, etc.), est /' œuvre de ce dernier.

(2) Ou, pour préciser, flans l'ovaire «lotit le pollen a fïron<l«v les ovnli'i. — <Y est donc en chaque ovuh' qu'il faut voir (après la fécondation). I* microscopique sanctuaire dont nous avons parlé', le nwud d'union de la matière et de la vie: le point d'intersection des deu.r lignes (verticale-active et horiconta/e-passive). symboliques des deu.r genèses complémentaires : /'intellectuelle et la sensible.

<;>) Mous entendons ici par œuf fécond»"' la volonté obtuse et instinctive qui réside en lui ; comme nous avons entendu par «jenne ta force efficiente analogue, l'étincelle de vie spécifiée qui anime le germe.

Tout cela se conçoit aisément. Soudeu r sur toute chose d'être intelligible au grand nombre, nous éludons le plus possible la terminologie

// en est de même encore des kystes, cancers et autres excroissances de nature analogue : c'est d'eux-mêmes qu'ils se forment, dans les milieux idoines à subir leurs ravages ; leur développement matériel est actif, nullement passif.

Germes végétaux ou animaux : la graine, le fœtus et le polype en voie de formation se façonnent eux-mêmes, seton le vouloir instinctif inné en eux, puissance efficiente et qui tend à se réaliser en acte, — sauf à emprunter autour d'elle tous les matériaux indispensables à celte réalisation.

L'âme de vie collective, universellement distribuée aux êtres des trois règnes naturels (I), est nommée par Moïse

coutumière a«.c naturalistes. Il serait très facile a ceux-ci de nous susciter mainte querelle fie mots; d'autant que la précision de notre vocabulaire se doit ressentir beaucoup d'un pareil effort de vulgarisation.

(1) Les minéraux ont également une vitalité, et même une dme latente : la cristallisation est un phénomène aussi fatalement instinctif que la croissance des végéfau.r. Nous n'avons gardé le silence sur la vie minérale, qu'en raison de l'étendue déjà excessive de cet Avant-propos. La biologie minérale eût nécessité des commentaires hermétiques très développés ; nous avons dû nous abstenir à l'égard de cet important problème, que nous aurons sans doute l'occasion de poser ailleurs.

t'n seul mot à ce sujet. Nous disons que tes Energies virtuelles, autour de qui se groupent les matériau.!' nécessaires â la formation des corps, existent également chez les êtres des trois Règnes. Notons néanmoins que, dans les règnes minéral et végétal, ces énergies ne sont pas libres, ni vraiment volontaires ; mais soumises à la toute puissance du Destin : tandis que, dans le règne animal, le reflet de la volonté propre se manifeste déjà (quoique bien faiblement!) dans un sens qui n'est point toujours celui du Destin. — Enfin le règne hominul (qui vaudrait d'être classé quatrième, à part des trois autres), n'est plus que partiellement soumis à fa Puissance fatidique. Les Énergies virtuelles du genre humain sont libres dans une notable proportion ; elles jouissent d'une volonté propre, et qui. bien qu'actuellement inconsciente, apparaît timbrée d'une originalité qui distinguera telle personnalité de telle autre. Les âmes humaines se constituent une enveloppe physique à leur image individuelle ; le Destin ne les lie qu'en les assujettissant aux formes générales de la race... La Providence elfe même peut avoir une influence sur le développement du fivtus humain, et cela est un grand mystère.

nnn Nephesh-ha-haïah (l) en tant qu'on la consi- (1ère dans son essence homogène; et lônah, en tant que faculté génératrice, expansive, plastique; ou souffle biogéniqne de Sature , apte à se spécifier d'abord en essences génériques, puis à s'individualiser en d'innombrables sous-multiples, pour former ces potentialités d'assimilation et d'auto-création corporelle, qui sont l étincelle vivante et le vouloir instinctif de toutes les créatures en voie de se développer organiquement sur le plan physique.

Mais sur quel modèle, sur quel patron, cette étincelle vitale et vivifiante façonnera-t-elle un corps qui lui soit approprié? Ceci, (comme nous l'avons vu) dépend de l'étalon spirituel, savoir du Principe, qui, modalisant la Vie universelle, l'a déterminée en telle ou telle Essence particulière, ou Puissance d'être spécifiée.

Ces Principes sont les formes pures, les archétypes immortels et préfixes de chaque espèce. Ce sont eux — nous ny saurions trop insister — qui particularisent et façonnent la Force universelle de tarification, lônah. De r union première du Principe radical et d'\àm\\, naît donc l'incorruptible essence de chaque espèce. Enfin cette Essence, ou puissance d'être collective, engendre la multiplicité des individus virtuels instinctifs, auxquels il sera

(\) Les Kabbalistes donnent aussi ce nom de CEI Nophrsh au corps astral ', par opposition à 7]M Roûach, l'âme, et à n^2CJ Neshamah, l'esprit ou V intelligence. Mais cet hiéroy ranime Nephcsh, que Moïse a forme par la contraction de trois racines : n2 rl2 exprime dans le Sèpher la synthèse de ces trois facultés, instinctice, animirjue et mentale : « exprime la partie naturante de l'àme, H£ la partie naturée, la partie naturelle. » (Yoy. Fabre d'Olicet, Lang. Iiébr. rcstit., /. //, p. îii).

donné (V élire et d'agréger à soi, sur le canevas de le informe astrale, tous les éléments dont ils ont besoin pour se réaliser objectivement ici-bas.

A ces types radicaux, à ces Principes spéeificateurs des races, d'autres Kabbalistes attribuaient le nom d'Imaginés, vocable dont l'interprétation s'altéra dans la suite ( 1 ).

— Quoi que Von puisse penser de ces étalons des races, ce sont bien en effet les Images, les patrons intelligibles sur quoi se déterminent et se modèlent les exemplaires individuels.'

llésumons-nous une dernière fois : le Type ou /'Image

— force active de spécification — pénètre et féconde la Vie universelle hijpcrplujsique ou lonah, — force passive.

— Les Essences spécifiées, qui résultent de cet hymen, engendrent à leur tour les germes virtuels, c'est-à-dire les individus déterminés en puissances d'être.

Telle est, en ses principaux stades, la Genèse occulte et vitale des germes, bien distincte, encore un coup, de la Genèse apparente ou matérielle des semences. // faut de toute nécessité, si l'on veut prévenir les plus regrettables confusions et les malentendus les plus burlesques, avoir toujours présente à l'esprit la distinction fondamen • talc qui s'impose, entre les Principes d'ordre intelligible

(\) Suivant les Katdml iules pfu< mode mes, le Type (inuujo), descendant du Ciel au montent /le lu conception, est imhudu caractère individuel. Ils le nomment HTIT Jchi.lali on principe <)'in<livnlualitt\ et renient ;/ roir l'empreinte différentielle du sceau divin sur chaque exemplaire terrestre.

Le Jivliidah de la nouvelle Ecole (Q^j Zcleni de Mosclic Corduerrr, équivaudrait en somme a l'émanation individuelle du principe nomme plus anciennement imup'. Le sens n'est donc jtas positivement altéré.

et les origines d'ordre sensible. Ce sont les deux sources inverses et complémentaires de V existence mixte : l'une, véri fiable expérimentalement, relève des sciences positives ; Vautre nest connue que par V expérience mystique et les inductions de rÊsolérisme;au dire de tels docteurs contemporains, elle n'existerait même pas.

Pour clore ce long et abstrait exposé de principes, qui nous ramènera naturellement à notre point de départ, — V examen du phénomène observé par les savants Schrader, Greef et Braconnot, — un mot nous reste à dire des plantes en général.

Sous avons précisé comment le germe, énergie individuelle en puissance d'être, a déjà accompli un premier travail d' auto-création, pour se déterminer en graine et se détacher à ce titre de la plante-mère : étape initiale de son développement matériel. On doit y voir une adaptation élémentaire, et, pour ainsi dire, la fixation d'une étincelle de vie spécialisée dans un corps de défense ; ou sa claustration, si l'on veut, dans un étui protecteur.

En cet état, la semence n'est toutefois encore qu'un individu végétal embryonnaire, incapable de se développer en dehors de certaines conditions indispensables à révolution végétative, — exigences qui sont communes à toutes les plantes. Il lui faut : 1° une couche de matière poreuse où prendre racine (1); 2° une certaine quantité d'eau

(l) Ce n'est la une condition sine quà non, que pour la grande majorité de* espèce*. Telle* plantes marine* ou paludéennes naissent, grandissent et meurent dans l'eau, sans avoir jamais adhéré au sol par leurs racines.

pour s'abreuver ; 3° une atmosphère normale (t) pour sa double respiration, diurne et nocturne. (Chacun sait en effet que les plantes aspirent de jour l'acide carbonique, dont elles expirent l'oxygène, après s'être assimilé le carbone; tandis que de nuit leurs fonctions sont à l'inverse : c'est l'oxygène qu'elles aspirent alors, et elles rejettent l'acide carbonique, — produit de la combustion lente (dans l'oxygène) du carbone en excès, assimilé pendant le jour).

Telles sont les conditions générales de la germination des graines, — conditions, répétons-le, communes à toutes les essences végétales. Mais il est, en outre, des exigences particulières à chaque espèce : par exemple, la présence dans le sol de substances azotées, phosphatées, siliceuses, cakaires (2)... Car il faut apparemment que les végétaux à la composition chimique desquels ces corps sont indispensables, les puissent rencontrer dans le rayon de leur attraction nutritive, afin de les emprunter au sol et de se les assimiler, au gré de leur nature. Ainsi telle fleur croît abondamment sur les terrains siliceux, qui se refuse à pousser sur un tuf calcaire.

En règle générale, la plante élabore, pour sa nutrition, les éléments assimilables que lui fournissent le sol et l'air ambiants ; elle décompose ou combine à son gré les oxydes, les sels, les gaz, simples ou complexes, et s'appro-

(1) Normale, — non seulement en o.rygëne, acote, vapeur d'eau, aride carbonique, etc., mais encore en chaleur, lumière, électricité...

(2) Quand tels de ces produits manquant à fa terre arable, et qu'on y veut semer des plantes, à la germination comme à la croissance, desquelles ils sont indispensables, on supplée à l'indigence native du sol, par l'apport artificiel des substances requises, qui prennent alors les noms r/amendements et r/'engrai.s.

prie toutes ces substances, dans la mesure de ses besoins.

Mais nous avons établi l'insuffisance de cette loi de nutrition, à justifier la présence du Fer, du Manganèse, de F Aluminium et du Calcium, dans les tiges et les feuilles d'un cresson semé dans la fleur de soufre, et arrosé exclusivement d'eau chimiquement pure. Cet exemple isolé suffit à établir la réalité d'un autre mode de nutrition. Signalées en effet dans les cendres dudit cresson, les substances ci-dessus n'ont pu provenir, ni de V atmosphère qui baigne sa tige et ses feuilles, ni du soufre en fleur où plongent ses racines, ni de l'eau distillée dont U s'abreuve...

Ces substances, où donc les a-t-il trouvées? — Mille part, nous l'avons vu: elles ont été créées pour lui, au fur et à mesure que ses besoins les réclamaient.

Quand une graine fie trouve pas, dans le sol qui l'a reçue, non seulement les conditions nécessaires à la germination des semences en général, mais encore toutes celles que requiert son espèce en particulier, elle avorte et pourrit : cest la loi commune. Cependant, il est des plantes si vivaces et d'un si rigide destin, que leurs graines s obstinent à germer dans un terrain apte en principe, il est vrai, à la germination des semences végétales, mais dépourvu, au cas particulier, des éléments chimiques qui entrent dans la composition spécifique et normale de la plante à naître. Alors, de deux choses l'une : ou le végétal se prive, dans l'évolution de sa croissance, des principes particuliers qu'il s'assimilerait dans

les circonstances ordinaires, et dont, pour cette fois, V analyse chimique établit l'absence (I), ou il a recours, afin de se les procurer quand même, à une voie extraordinaire et d'exception.

Celte voie, inconnue à la science des Universités, est celle des fluides impondérables, ou plutôt de f Éther vital, — dont la lumière, la chaleur, le magnétisme et Vélectricilésont les quatre manifestations phénoméniques.

Le végétal s'alimente des effluves créateurs de cette Substance première, que les anciens nommaient âme du monde, et sur la nature de laquelle roulera notre premier chapitre en particulier, et tout notre ouvrage en général.

Que fait la plante? — Le vouloir latent de son Moi biologique fait office d'aimant. Son organisme fait office à la fois et d'alambic et d'athanor: si bien qu'élaborant les fluides hgperphysiques, selon les exigences de ses fonctions naturelles, il les réduit de puissance en acte ; — et que, substance permanente et absolue, l'Aôr se différencie en tel ou tel mode de matière transitoire et contingente.

Nous l'avons fait voir Au Seuil du Mystère (2) : F Ame du monde, ou Lumière asfrale, est le substratum insaisissable de toute existence physique; et, à un point donné de son évolution, l'âme du monde se compacte en matière pondérable et sensible.

( 1 ) Dans ce cas, fa plante, après avoir poussé hâtivement une tige yréle, s'étiole le plus souvent et meurt de mort précoce, (i) rayes 8.>-86 delà 3« édition.

C'est sur cette matérialisation de la substance, que repose tout l édifice spagyrique des alchimistes. La suprême ambition du fils d'Hermès consiste à déterminer le point précis où s opère cette condensation mystérieuse, à laquelle le Trismégisle fait une allusion directe, en son symbole de la Table d'Émeraude, lorsqu'il dit, du secret agent réalisateur de toute perfection corporelle (Telesma): < Vis ejus intégra est, si versa fuerit in terrain » ; sa foire, (d'extériorisation) est parfaite (révolue), quand elle s'est métamorphosée en terre (matière sensible).

La Table d'Émeraude est une page magistralement initiatique, qui trouvera sa place au cours du premier chapitre. Xotts comptons traduire en entier ce testament sacerdotal d'un monde qui n'est plus ; peut-être confirmera-t-il, dans son laconisme sacré, les principes que nous avons eu l'occasion d'émettre, — et foumira-l-il de fermes assises à notre explication de la grande théorie, traditionnelle en occulte, d'un agent universel des miracles, prodiges et maléfices.

Le Surnaturel n'est point. \os Lecteurs conçoivent présentement qu'en tête de cet avant-propos, nous ayons arboré cet axiome péremploire : — tout prêt que nous puissions être à confirmer l'existence, bien plus, à fournir l'explication de certains phénomènes con testés d'ordinaire, et qui trouveraient assez sceptiques tels défenseurs intransigeants du Surnaturel en général. Cest qu'il y avait là

une notion essentielle à redresser, et, du même coup, tout un ordre de connaissances à garantir.

En vus de ruiner un faux concept (si fâcheusement familier au plus grand nombre de ceux-là, pour qui la matière tangible ne marque pas V ultime frontière du Connaissable), notre effort nous induisit en une prolixité de développements préliminaires, qui empiètent quelque peu sur la substance même du livre.

Ce luxe de détails anticipés s'adressait au public profane, à dessein de mettre en garde les superficiels, — éventuellement curieux de jeter un regard dans ta lorgnette ésotérique, — contre un angle de 'déviation du rayon visuel, imperceptible à l'examen de l'instrument, et qui n'en fausserait pas moins, de sorte irrémédiable, le champ normal de la vision.

« À quoi servent les préfaces? A vider certaines questions préalables, à lever certaines préventions qui empêchent de lire, à écarter certains obstacles qui empêchent d'entrer. » — Voilà ce que nous pensons, avec le comte Agénor de Gasparin, l'auteur d'un très beau livre de recherches occultes, aujourd'hui presque oublié (1 ).

Pour déférer à ce judicieux conseil, il nous reste à prévenir un second malentendu, corollaire du premier. Nous n'avons pas voulu qu'on se méprît sur la question du Surnaturel : à plus forte raison, ne faut-il pas qu'en des pages que la (Wélie va hanter par intervalles de ses ténébreux simulacres, une confusion devienne possible,

(1) DcsTables tournantes, du surnaturel et des Esprits. Paris, Dentu, 1855, 2 vol. izi-18.

touchant V essence de la véritable Magie. Cette fois, nos éclaircissements sont dédiés aux étudiants déjà sur la voie, — en un mot, aux initiés. Le parallèle qu'on a pu lire9 au début du présent discours t ne saurait satisfaire à les préserver des faux pas.

Une conception des moins correctes court le public, accréditée par certains demi-érudits en la matière. On croit communément que la Magie réside, avant loul? dans l'art de produire à volonté ce que les spirites appellent des phénomènes. Définir de la sorte la Magie, c'est voir dam V Adepte parfait, dans le Mage, une façon de Médium, habile à régulariser le jeu des manifestations (intermittent d'ordinaire) ; à mettre un frein au caprice familier des Invisibles ; tranchons le mot, — à domestiquer les « Esprits » /

En vérité, si la liaule Magie consistait en cela, convenons qu'elle se réduirait à bien peu de chose

Rien n'est moins fixe et plus mal défini que ces manifestations prétendues sensibles, qui s'ébauchent confusément dans le nimbe élastique des médiums.

Jouets de Larves dépourvues d'essence propre et sans trêve balancées du non-être radical à l'apparence physique, les Médiums offrent à ces formes lémuriennes un miroir paradoxal, où refléter leur semblant d'existence. Eux-mêmes font paraître à l'examen du psychologue une personnalité capricanle, absurde, protéenne, et qui porte la signature équivoque des soi-disant Esprits.

Quels produits peuvent naître du concours éventuel de ces deux instables facteurs — Larve et médium, — on

V imagine aisément ; et nul ne s* étonnera de constater quece caractère fallacieux et trouble, qui leur est propre à

tous deux, distingue à fortiori les phénomènes issus de leur collaboration.

La curiosité du plus grand nombre se confine dans le spectacle amusant de ces phénomènes : manifestations fugaces, dont l'étude relève assurément du magiste et de sa compétence; mais Cou aurait tort de croire que le programme de la Magie (même déviée à gauche) se limite à cet examen.

Ce qu'assez, pertinemment, bien qu'en un sens très restreint, les spirites dénomment phénomène, n'intéresse F occultiste qu'à titre exceptionnel et en mode très indirect.

Comment et pourquoi? — C'est le problème qu'il conviendrait d'aborder sur l'heure, sauf à requérir de ceux qui veulent bien nous suivre, en ce dédale d'explications préliminaires, une attention quelque peu soutenue. La question en vaut la peine; car, s'il nous est donné de mettre en lumière une fondamentale distinction, aussi wrgente à bien établir que délicate à bien pénétrer, peut-être aurons-nous dit une chose assez neuve, — et même fourni à la sagacité des chercheurs l'une des maîtresses-clefs de l'Ésotérisme.

Supposons la soudaine production d'un phénomène bien évident, bien incontestable, devant un nombreux concours de spectateurs de toute classe. D'ores et déjà, nous pouvons mettre à part trois catégories de témoins, que le mystère de ces manifestations, si surprenant soit-il, n'intriguera guère. C'est d'abord le dévot étroit, qui porte à

fictif du Diable tout incident de cet ordre... Puis ces bonzes de V orthodoxie officielle, dont remploi est de pontifier scientifiquement, l'œil clos à toute lueur suspecte a* hérésie, les oreilles bouchées à toute voix qui ne sonne point à l'unisson du concert académique. Ces deux sortes de témoins ont leur siège fait d'avance : F un a vu V ombre des cornes de Béehébuth ; Vautre nu vu goutte, et savait de reste, en venant à la séance, qu'il se dérangeait pour rien... Éliminons enfin cette triste variété de non-valeurs, pantins du scepticisme à la mode, imperméables à tout noble souci, dont le tic est de ricaner leur vie : devant eui\ véritables eunuques de l'intelligence, V adorable Vérité pourrait s'épanouir dans le resplendissement de sa nudité céleste, sans les émouvoir d'un frisson, ni réveiller en eux Vapparence même d'un désir.

Ces trois types écartés, reste l'homme de bonne foi, le U;moin pur et simple, sans parti pris, qui en est pour ce qu'il a vu et s'ingénie peut-être à en découvrir la cause... Pour celui-là, — soit chercheur consciencieux ou simple badaud, — le phénomène dûment constaté revêtira une importance capitale. Badaud, ce miracle à proportions bourgeoises, réalisé dans un cadre bourgeois, le trouble et le ravit... Esprit sérieux, il n'est guère moins captivé par l'évidence d'un fait inaccessible aux lois delà science contemporaine, cette Révélatrice qu'il avait pris l'habitude d'envisager comme universellement compétente et infaillible sur son trépied . Aurait-il fait fausse route ? Façonné au moule de l'école positiviste (où Von n'admet (f autre critérium de la réalité que le témoignage de ses cinq sens), voilà qu'il se heurte àl' évidence d'un fait hos-

tile, du moins il le croit, à /' esprit de la science positive, et ses sens même lui en attestent à Venvi l'authenticité ! Va-l-il renier ses dieux, ou saura-t-il pousser jusqu'au bout les conséquences logiques des prémisses qui s infligent à son assentiment?.. En toute hypothèse, converti à lu mode de saint Thomas, nul doute que, pour lui, le phénomène énigma tique ne prenne une valeur et une portée excessives.

Il n'en saurait être de même pour l'occultiste, à qui la Salure universelle offre, au delà même du plan physique (seul accessible aux moyens de recherches et de contrôle de la science dite positive), trois autres plans d'investigation et d'expérience :

i° Le plan astral, monde inférieur des énergies potentielles : c'est le royaume de la Nalure-naturée , où domine le Destin ;

2° Le plan psychique, monde passionnel, intermédiaire: cest le milieu propre de la Substance adamique, où se meut Vàme vivante universelle, athanor de la Volonté;

3° Le plan spirituel, monde supérieur, intelligible : cest réden de la Nature-naturante, où règne la Providence.

Sur chacun de ces trois plans, l'initié peut avoir accès ; nous verrons ailleurs sous quelles conditions, et par quelles issues.

A même le monde spirituel, il peut étudier la génération des principes, dans l'ordre préfix de l'absolutisme divin ; — à même le monde psychique, il peut surprendre V élaboration des vies, au creuset delà tourmente passion-

nelle [où s'affirme, jusque dans la lutte intérieure, l'antinomie des âmes et des volontés (1) ; — à même le monde astral, il peut connaître le substralum de toute manifestation sensible, et déchiffrer cette mystérieuse langue des signatures, où s inscrit la genèse dynamique des formes.

Inutile d'ajouter que le monde matériel et tangible présente à V initié, comme au profane, un champ physique ^expériences, meneilleusemenl défriché du reste et mis en valeur par les pionniers du positivisme contemporain.

Voilà donc quatre ordres de réalités , (matérielles, astrales, psychiques et spirituelles), que l'adepte ésotéricien peut observer à loisir sur les divers plans qui leur sont propres. Quel intérêt relatif et secondaire présenteront pour lui, dès lors, les phénomènes aussi éphémères qu'illusoires, également déplacés sur tous ces plans, el qui n'appartiennent en propre à aucun d'eux ?

Car, il importe essentiellement de s'en rendre compte, — et c'est là le nœud gordien du problème qui nous occupe, — le phénomène, conçu dans le sens de manifestation fugace de l'Invisible (2), ne présente ni existence

H) Dans relie antinomie réside le principe de la perfectibilité, — Cf. r admirable page de Lacuria, De lame et de la volonté, ou «le la double vie de l'homme (Harmonies de l'Être exprimées par les nombres ; Paris, 1847, 2 roi. in-%, tome I, ch. XVIII, pages 3 1 o-3 19).

(5) Sou* visons principalement ici les apparitions (luidiques d'êtres rivants ou de parti f s d'êtres, telles que mains, pieds, etc., qui se dissipent après s' être un instant condensées. Quant aux définitives matérialisations (dont il faut se défier, car elles se réduisent le phis souvent à de simples apports), elfes constituent, quand elles sont réelles, une catégorie à part et d'exception ; elles relèvent de la haute magie proprement dite.

LA CLRF DE LA MAGIE NOIKE

physique, ni virtualité astrale : c'est une sorte d'illusion, un mirage résultant d'un compromis anormal entre ces deux classes de réalités. Il ne se produit que par l'intersection (si Von peut dire) tout accidentelle des plans phtisique et astral.

Dans une phase d'instabilité, dans un instant de désordre, les deux lignes naturellement parallèles viennent à se couper sur un point, — où le phénomène se produit f fallacieux, paradoxal. Mais bientôt la norme rétablit son empire, et sitôt que les deux plans ont repris leur niveau parallèle, le phénomène a disparu.

Est-ce à dire quil n'y ait point de relations légitimes, normales, entre le monde astral et le monde matériel ? — Nul doute quil ny en ait, puisque ce dernier n'est que l'expression de l'autre, sa résultante, son effet. La substance astrale s est manifestée en engendrant la matière physique, et celle-ci retournera en temps voulu à son état premier. Jusque-là, elle est incessamment élaborée par 1 influx du monde astral, qui subit en revanche une répercussion constante des phénomènes du monde physique. Voilà qui suppose, d'un monde à l'autre, un double courant descendant et ascendant, comme t'enseigne la Table d'Émeraudc. // s'opère là une véritable endosmose d'influences. Mais les deux grandes portes de communication, entre le monde hyperphysique ou astral et le monde physique ou matériel, sont les portes de la Naissance et de la Mort ; ou, pour plus de précision, celles par où s'effectuent, d'une part, l'incarnation des âmes, — et leur désintégration posthume, de l'autre.

C'est même en faussant ces rapports normaux quil

devient possible de provoquer cette phase de trouble (assez 1 rare en l'état ordinaire des choses), phase où V intersection fortuite des deux plans engendre la fugace illusion.

Ceci est très remarquable. A part certains cas peu frèquents, où la nature fait elle-même tous les frais de ces fantasmagories ( [); si Von excepte encore telles œuvres de haute Magie, quand le Thaumaturge crée la matière hors de lui-même, soit en extériorisant sa propre substance, soit en compactant VAôr par l'intermédiaire de son médiateur plastique ; — on peut dire à coup sûr, partout où se ma-

(\) L'occasion nom sera fournie, ultérieurement , de signaler quelques-uns de ces cas.

Mais on nous saura grè de transcrire, sous toutes reserres, un passage très singulier de Saint Martin, touchant les caprices anarchiques des Puissances naturelles. « Ce n'est (dit il) qu'en agissant dans leur desordre et dans leur dèsharmonie, quelles (les Puissances) produisent ces formes monstrueuses que l'on remarque dans les différents règnes de la nature; de même que ces formes de bêtes, et ces voi.r animales qui se manifestent quelquefois dans les orages et les tempêtes, et qu'il n'est pas nécessaire d'attribuer à l'intervention des Esprits.... Les Puissances de la Sature sont contenues les unes dans les autres, quand elles jouissent de leur harmonie Leur frein se brise dans les temps aV orage, et comme elles portent en elles-mêmes les germes et les principes de toutes les formes, et surtout le son ou le mercure, il n'est pas étonnant que quelques-unes d'entre elles, se trouvant alors plus fractionnées que les autres, elles produisent à notre rue des formes caractérisées, et à nos oreilles des voir d'animaux à nous connus. Il ne faut pas être surpris non plus de ce que ces voix et ces formes n'ont qu'une courte durée et qu'une existence éphémère ; elles ne peuvent avoir ni la vie, ni les qualités substantielles dont elles jouissent, quand elles sont le résultat de l'union harmonique de foutes tes Puissances génératrices. » (Le Ministère île l'Honunc-Esprit, Paris, 1802, in S, p. i 12 143).

Ces lignes, prises au pied de la lettre, semblent au moins contestables; mais qui nous garantira que Saint-Martin les entendit exclusivement de la sorte ? Elles offrent, en tous cas, un symbole frappant et suggestif, dont notre Lecteur saura faire profit.

nifeste le phénomène, qu'il y a perturbation, profanation, viol en quelque manière, ou des arcanes de la naissance, ou des arcanes de la mort.

L'immoralité des médiums est passée en proverbe dans les milieux où ils sont connus. Beaucoup d'entre eux, sinon tous, paraissent les irresponsables victimes d'une dépravation toute pathologique. D'aucuns sont génitalement des monstres, et nous jugeons inutile de revenir sur les révélations que nous avons faites à cet égard (pp. 406- À07 du Temple de Satan). D'autre part, nous verrons en ce présent tome [notamment au chapitre II, Mystères de la Solitude), le rôle efficace attribué au sperme dans les maléfices des nigromans de toute époque et de tout pays. — Voilà pour la profanation des mystères de la naissance; quant à celle des mystères de la mort, il suffit de nommer le Spiritisme, cette doctrine si répandue de nos jours et qui élève à la hauteur d'une religion l'antique Nécromancie, dépouillée de toute science (expérimentale ou traditionnelle) de la vie posthume, comme de tout souci des rites psychurgiques, qui, dans le culte des ancêtres, apparaissaient jadis la garantie et V honneur mutuels des vivants et des morts.

On doit mieux sentir à cette heure l'importance secondaire du phénomène, dans les enseignements de la Synthèse ésolévique. Si les manifestations de cet ordre sont tout dans le Spiritisme ; si .elles ont une valeur encore prépondérante, quoique déjà partielle, dans la Sorcellerie ou Magie Noire, qui est avant tout l'art des illusions et des prestiges ; — on concevra sans peine que la haute et divine Magie, qui peut se définir la Science de l'Être, élu-

dit sous tous ses aspects de réalité, d'essence et de principe, relègue au second plan d'illusoires artifices. Prendre essor à travers tous les mondes, pour aller étudier les merveilles de FEtre sous toutes latitudes, et cueillir les fleurs du Vrai et du Beau, les fruits du Bien et du Juste sans tous les climats du vivant Univers, — et jusqu'en Eden perdu et reconquis, — telle doit être surtout l 'ambition de Vadeple.

La Science ésotérique nous propose donc un triple objet d'étude: la Nalure-naturante, la Nature psychique et volitive (V homme) et la Nature-naturée. L'on est convenu de dire, en termes moins exacts, mais aussi moins abstraits: Dieu, V Homme et P Univers.

Le Temple de Salomon s'appuyait sur deux colonnes : Iakin et Bohaz, V Actif et le Passif, l'impulsion et la résistance, la Liberté et la Nécessité, le Moi et le Non-moi. Ces deux mêmes colonnes décorent le péristyle du temple de la Science; elles symbolisent F Expérience et la Tradition.

L' Expérience n'est pas tout : à s* aventurer sans guide en pays inconnu, Ton s'égare infailliblement. — La Tradition n'est pas tout; elle devient lettre morte, pour quiconque ne prend point l'initiative d'en contrôler l'oracle.

Beaucoup ont le tort de s'en tenir à ce mode tout passif d'acquérir la Vérité.

La méditation des ouvrages d'occulte absorbe exclusivement la plupart des chercheurs que préoccupe le pro-

blême mystique ; — nous disons des plus sérieux, (les plus futiles, véritables badauds en foire, se traînant volontiers dune baraque à Vautre, en quête de phénomènes). Comme si le labeur de s'initier se bornait à des eff orts d'assimilation doctrinale! L œuvre écrite des maîtres n'est pas impunément négligeable, — qui en doute ? — et nous faisons peu de cas de tel présomptueux novateur, qui se targue de suppléer, par V exubérance de sa propre imagination, à l'étude approfondie des classiques de l'Ésotérisme.

Mais cette étude ne saurait suffire. Il faut encore payer de sa personne et s'aventurer résolument à la conquête du vrai, à travers les ténèbres d'un monde inconnu. C'est par là que, se distinguant du simple érudit, qui nest soucieux d'intervenir que dans les batailles d'opinions, V occultiste tend à pénétrer l'essence des choses, et va déchiffrer à même la grande stèle de la nature, qui est écrite au dedans comme au dehors.

Imaginez* une feuille de parchemin, couverte d'hiéroglyphes sur ses deux faces, mais adhérente à un tableau par lune d'elles. Les caractères du recto, — qu'on les sache ou non interpréter, — apparaîtront visibles aux yeux de chair ; tandis que les signes tracés au verso ne seront perceptibles qu'à l'organe visuel de l'àme, ce qui revient à dire qu'un bon lucide pourra seul les distinguer.

Ceci n'est qu'une métaphore, — -cl le néophyte ferait fausse route, s'il ail lit en conclure que la lucidité magnétique est la faculté maîtresse à développer en soi, la suprême prérogative de l'adeplal. Il y a plusieurs degrés de voyance, comme il y a plusieurs x-ones de vision. Que

AVANT-PHOPOS

d'illustres voyants n'ont été aucunement lucides sur le plan physique! Tel , en revanche , peut être un merveilleux lucide, au se?is démotique et cher aux somnambules, qui n'en est pas moins un imbécile accompli : ces deux qualités ii ont rien qui s'exclue, et V expérience Va maintes fois prouvé..*.

Si, indépendamment du inonde physique^ dont Inobservation relève des sens charnels, l'Univers comporte trois

plans de réalité ou mondes hiérarchisés, — l'âme humaine possède trois étages aboutissant à ces trois plans : Nephesch ou le corps astral, correspond au monde hyperphysique; TVT\ Roùach ou /'Ame passionnelle, au monde psychique ; HS^J Neschamah ou /'Intelligence (réceptive de l'Esprit pur), au monde intelligible.

Ces trois centres principaux, comme l'a péremptoirement établi Fabre d'Olivet, possèdent chacun une sphère

Digitiz

d'action qui lui est propre : et ces trois sphères étagées s enchaînent de telle sorte, que la circonférence déployée par le centre inférieur, Nephesch (Instinct, vie sensitivey corps astral), atteint le centre médian, Roûach(/lm^^a.ssionnelle, vie psychique)', et que la circonférence déployée par celui-ci touche au point central de la circonférence supérieure, Neschamah (Intelligence, vie spirituelle). — Enfin, ce ternaire est tonalisé par une unité relative, qui en fait un quaternaire ; en d'autres ternies, ces trois sphères sont enveloppées par une quatrième, d'un rayon double d'étendue, la sphère volitive, dont le point central se confond nécessairement avec celui de la sphère psychique , médiane.

Le schéma ci-contre permettra de saisir d'un coup d° œilces rapports de V homme triple, avec le triple univers.

L'être humain (soit individuel, soit collectif) peut être conçu comme englobant et maîtrisant, sous V empire de sa volonté souveraine, une portion des trois essences cosmiques, — Esprit, âme, fluide astral, — qui le font participer à la triple vie de l'Univers.

Par son intelligence (réceptive de V Esprit pur), l'homme confine à l'unité des choses, à la Nature-naturante, à la Providence divine. Par son corps astral, il touche à l' infinie divisibilité, «m Destiné /« nature physique, naturée. L'âme intermédiaire de l'homme est la substance propre, passive de son être ; enfin sa volonté incline cette âme à se mettre d'accord, soit en haut, sur le plan spirituel, avec la Providence ; soit en bas, avec le Destin, sur le plan astral.

Aussi doit-on concevoir la volonté comme /'essence propre de l'homme : car elle le constitue ce qu'il est, en

bien ou en mal, selon qu'elle gouverne, soit à dexlre, soit à senestre, sa substance propre, qui est F Ame.

C'est ce que Fabre d'Olivet a éclairci le premier, avec cette lucidité géniale qui caractérise le grand métaphysicien de rflsotérisme au XIXe siècle. Envisageant l'homme mis son aspect d'universalité transcendante, il désigne la Volonté humaine comme lune des trois grandes Puissances reclrices du Cosmos; la Providence et le Destin sont les deux autres. Dans le règne hominal, dit-il, « le lieu propre de la Volonté est l Ame universelle. Cest par V Instinct universel de V homme qu'elle se lie au Destin, et par son Intelligence universelle qu'elle communique avec la Providence : la Providence n est même, pour l'homme individuel, que cette Intelligence universelle, et le Destin, que cet Instinct universel. Ainsi donc le règne hominal renferme en lui tout l'Univers. // ny a absolument hors de lui que la Loi divine qui le constitue, et la Cause première d'où cette Loi est émanée. Cette Cause première est appelée Dieu, et cette Loi divine porte le nom de Sature (I). »

Ces généralités bien comprises, nous retrouvons le néophyte au seuil du sentier mal aplani qui mène au Temple de la Science.

Désireux de s initier, non seulement par Y élude des maîtres, dépositaires de la Tradition, mais encore par sa propre expérience ; résolu d'étendre ses investigations partout où le pourra conduire une volonté ferme, enlraî-

(I) Hist. philos, du genre humain, tome II. p. 1 0.-i 106.

née par de persévérants efforts; il demandera peut-être quelles portes donnent accès aux différents étages de l'être humain, sur les plans qui, dans l'univers invisible, leur correspondent ; il demandera le secret de la détente par quoi s'ouvrent ces portes, et le mot de passe encore, pour être admis à les franchir...

Mais ce sont là trophées de victoire, que chacun doit personnellement et progressivement conquérir. Si parfaites qu'apparaissent ses intentions, si noble son but, si ardent son courage, l'Initiable s'attend-il, en vérité, à d'aussi brusques révélations ? Pense-t-il qu'on va placer ainsi, dans sa main novice et mal affermie, toutes les clefs du sanctuaire ?... Pourquoi ne demander point à l'hiérophante, en l'abordant, les formules dénonciation et de mise en œuvre du Grand Arcane? Les deux demandes, d'une naïveté congénère, équivaudraient l'une à l'autre*

Voilà ce qu'auraient répondu à de pareilles questions les Maîtres de l'antique Sagesse... Dans les cryptes de Memphis, d'Êleusis ou de Thèbes, on n'allait pas si vite en besogne.

Ils ne sont plus, ces temples grandioses d'un monde aboli, derniers asiles et témoignages adéquats d'une doctrine surhumaine, expérimentale et traditionnelle tout ensemble; les monuments de pierre et de métal sont écroulés, mais le sentier étroit et glissant, qui, de chaque côté, surplombe un abîme, aboutit toujours au sanctuaire idéal de la Vérité.

Sans doute il appartient aux aînés de mettre sur la voie leurs frères plus jeunes. Mieux expérimentés, ils sont tenus d'encourager les novices par la parole et par

t exemple; ils doivent encore les prémunir de leurs conseils, contre les embûches d'une route qu'ils connaissent, pmr Favoir eux-mêmes parcourue. Mais là doit se borner leur concours tout indirect.

Sul ne parfait son initiation que de soi-même. Cest un aphorisme fondamental de la Magie.

Ce qu il importe de préciser (Tores et déjà, tout en renvoyant pour le surplus aux notes sur T Extase, incluses en notre chapitre 1/(1), — notes révélatrices dlwrizons peu fréquentés, et grosses de profitables renseignements sur la question des arcanes à découvrir par T expérience directe et T essor de V initiative personnelle, — ce qu'il importe de préciser, le voici.

Cest que T homme astral, l'homme psychique et T homme spirituel, destinés à connaître et à dominer les mondes divers qui leur correspondent, sont pourvus à cet effet oT organes spéciaux de réceptivité (astrale, psychique et mentale), aussi réels que les organes physiques des sens.

Ces subtils organes, très généralement ignorés, sont fort inégalement développés chez T homme de chair et dos; mais ils existent, au moins à Tétai rudimentaire, — il serait plus exact de dire, à Télal (T atrophie par suite de non-usage : car il s'agit moins d'évoluer les sens internes, que de les réveiller petit à petit.

Quiconque est rentré en possession des facultés réceptives de son âme sur tous les plans (2), celui-là peut se

(1) Mystères de la solitude, p. 202-21 G.

(2) Nous coulons dire: autant que faire se peut ici-bas. — Nous

dire réintégré dès ici-bas à V Unité de la Nature céleste.

Chez quelques rares hommes, tels sens internes peuvent avoir gardé presque toute leur acuité de perception ; la déchéance de la chair où ces hommes sont descendus semble n'avoir altéré, que d'une façon minime, F intensité' fonctionnelle des facultés de leur âme. Ces privilégiés sont, en mode conscient, les Voyants des différents ordres ; en mode de relative inconscience, ce sont les Inspirés de toute classe.

L'homme de génie n'est autre, en dernière analyse, qu'un adepte intuitif et spontané, magnifiquement incomplet, mais riche de ces dons si rares et qui manquent trop souvent aux plus sublimes mystiques : les facultés de transposition esthétique de l' Intelligible au Sensible, et de convertibilité du Verbe divin au Verbe humain.

Dé pareilles facultés d'expression ne s'acquièrent point ; elles sacreront toujours l'homme de génie, de droit divin et de grâce antérieure ; tandis que l'adepte est de droit humain et de conquête ultérieure, les efforts de sa libre volonté l'ayant élaboré tel. — Cette distinction fondamentale une fois établie, l'analogie peut et doit se poursuivre.

Le Génie consiste dans la faculté de réintégration spontanée, (plus ou moins consciente et sujette à intermittences ), du sous-multiple humain dans la patrie céleste de l'Unité, Adamah.

n'avons jamais pensé que l'homme déchu puisse soustraire absolument ses facultés au marasme qui est la conséquence fatale de son incarnation terrestre la répercussion du corps physique sur l'âme ne peut être tout à fait amortie.

AVANT-PKOPOS

Aussi les poètes, peintres, musiciens, sculpteurs, et en général tous les artistes qui se croient, — à tort ou à raison, du reste, — des génies, emploient-ils la même locution que les mystiques, pour caractériser les périodes de facilité à produire. Us ont, ou non, /'inspiration. Cela est remarquable,..

L oeuvre capitale de V initiation se résume donc, si Von veut, dans Fart de devenir artificiellement un génie (1); à cette différence près, toutefois, que le génie naturel donne V inspiration à de certaines heures, plus ou moins souvent, lorsque l' Esprit veut bien descendre ; tandis que le Génie acquis serait, à son plus haut stade, la faculté de forcer V inspiration et de communiquer avec le Grand Inconnu, toutes et quantes fois on le désire.

Il est, à cette différence, une raison vraiment assez simple: c'est que le Dieu descend vers l9 homme de génie, tandis que le Mage monte jusqu'au Dieu.

L'homme de génie est une sorte d'aimant, attractif par intermittences. — L'Adepte est une Puissance convertible, un lien conscient de la terre au Ciel : un être qui peut, à volonté, rester sur terre, jouir de ses avantages et cueillir ses fruits, — ou monter au Ciel, s'identifier à la Nature divine, et boire à longs traits la céleste ambroisie.

Le Génie, force naturelle d'attraction, établit par périodes avec l'Unité une corrélation plus ou moins éphémère. — L'Adeptat, passeport illimité pour l'Infini, im-

(1) Le* facultés de transposition esthétique mises à part, bien entendu : nous avons dit quelles ne s'acquièrent pas.

plique un droit de réintégration, en quelque manière ad libitum.

Aussi /'Adepte (1) prend-il dans Vlnde le nom significatif de Yoghi, — uni en Dieu.

Expérience et Tradition, voilà donc les deux colonnes du Temple ésotérique. La vérité peut se transmettre, comme un héritage; elle peut s'acquérir par V initiative de V homme, sur tous les plans.

Mais, nous V avons dit, la science transmise resterait lettre morte sans V expérience personnelle ; de même que celle-ci pourrait conduire à sa ruine l'aventurier téméraire de rArcane, à défaut de cet héritage sacré : la Tradition.

Entre ces deux modes, actif et passif, intelligible et sensible (2) d'acquisition de la Connaissance, vient se placer une méthode intermédiaire, très féconde, qui concilie les autres, les complète et parvient d'aventure à leur suppléer : c'est la méthode analogique; elle relève à la fois de la Sagacité et de la Raison.

L'homogénéité de la Nature, ce principe fondamental,

(1) .Vous nommerons ainsi le hiérarque parvenu à cumuler la suprême sagesse et la suprême puissance, dont la nature humaine peut devenir réceptive, — par opposition à l'étudiant qu'on a seulement mis sur la voie, et que nous qualifierons d'initié.

Celui-ci est initiatus, c'est-à-dire commencé. L'autre est Arieptus, ayant su par lui-même acquérir (adipisci) la Doctrine et la Force.

On est convenu pourtant de qualifier aussi d'Adeptes, les magistes parvenus à la maîtrise purement spéculative.

'2) On conçoit dans quel esprit nous employons ce mot : sensible. y'avons-nous point parlé tout à l'heure des sens propres (ou facultés réceptives) de l'homme astral, de l'homme psychique, de l'homme spirituel f

AVANT-PKOPOS

qui s'inscrit au fronton de tou te synthèse magique, a pour premier corollaire un aphorisme, dont Hermès Trismégiste a donné la formule: Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; ce qui est en bas, comme ce qui est en haut . Là se fonde en droit la méthode analogique, qui permet d% inférer du connu, pour déterminer F inconnu.

La méthode analogique est double, inductive et déductive; elle s exerce de bas en haut, comme de haut en bas : soit quelle parte des faits constatés, pour aboutir à la loi qui les régit, ou au principe dont relève celte loi ; soit qu'elle s' étage d'une loi déjà admise, d'un principe déjà fixé, pour conclure à des faits non vérifiés encore, ou simplement pour motiver le triage et la classification (les faits connus.

Un exemple n'est pas inutile.

Si le magiste, analysant les facultés de l'Ame humaine, découvre en celle-ci, d'une part, trois modifications principales, hiérarchiquement réparties sur trois plans d'activité; et, d'autre part, une force synthétique (la Volonté), qui, englobant ce triple dynamisme, le maîtrise et le ramène à ly Unité ontologique : il pourra en induire par analogie, que le triple dynamisme correspondant de l'Univers invisible est enveloppé, régi, unifié, par une Puissance synthétique (la Volonté divine créatrice), qui est, à l'Univers conçu dans son ensemble, ce que la volonté humaine est à l'homme conçu dans son ensemble; savoir : son agent d'unification, son essence propre (1). — Méthode analogique inductive.

(1) Voy. pages 81-83. — A un autre point de vue, on peut induire

LA CLEK DE LA MAGIE NOIKK

Si le même mugiste, à l'inverse, reporte sa vue mentale du Cosmis intégral sur l'homme individuel :il pourra déduire par analogie, vu i identité de constitution, que V homme est y à vrai dire, un petit monde, un microcosme ; par opposition au macroeosme, ou grand monde. — Méthode analogique déductive.

Sous avons montré le contrôle réciproque où l'Expérience et la Tradition s'évertuent et se confirment à l'envi. L étude exclusive des maîtres n'aboutirait qu'à engendrer des érudits en mysticisme ; et In seule pratique de l'extase, qu'à produire des visionnaires : l'une et l'autre doivent concourir à former le véritable Adepte.... Eh bien, le raisonnement par analogie peut suppléer dans une certaine mesure soit à l'un, soit à l'autre de ces modes d'acquérir la Connaissance ; il le peut, en fournissant la contreépreuve des données traditionnellement transmises, comme aussi de celles expérimentalement obtenues.

En conséquence, l'Analogie sera surtout précieuse à l'initié sur la voie, qui ne sait pas toujours où saisir le fil d'Ariane de la tradition ésotérique orthodoxe, et sent fondre parfois ses ailes d'Icare, lorsqu'il veut planer aux régions supérieures de l'expérience mystique. Reste-l-il pour lui des lacunes dans renseignement des Maîtres? Entrevoit-il des escarpements inaccessibles à son essor personnel ? — Il trouvera dans l'Analogie un double cri-

encore, gîte l'univers matériel, sensible, (qui fréquemment usurpe le nom de Cosmos), est nu total Cosmos, ce que la bâtisse de muscle, de chair et d'os (qui souvent usurpe le nom d'homme), est a l'homme individuel : savoir, son corps matériel, sensible.

térium un instrument à l'aide duquel combler les unes, et (jravirles autres.

Le moment est venu de conclure.

Résolu démettre un terme à cette introduction déjà trop dense et qui déborde son cadre normal, ce n'est point à dire que 7ious regrettions ces pages, — préventives, nous r espérons, de méprises funestes et d'imminents quiproquos.

Nous nous flattons qu'au point où nous voici, l'assidu Lecteur s'est fait de la haute Magie une idée claire, précise et correcte, qui exclut en lui toute velléité de confusion, soit avec la Sorcellerie proprement dite,soit avec cette pitoyable mystification à quoi se réduit l'Êsotérisme, tel que se le figurent les profanes et aussi nombre de soidisant Mages, toujours prêts à s'intituler, en quatrième page du Gil-Blas ou du Figaro, professeurs de Sciences occultes.

Une distinction péremptoire importait d'autant plus, entre la Haute Doctrine et la Sorcellerie, que le présent ouvrage doit parallèlement traiter de l'une et de l'autre, ou du moins de théories applicables à toutes deiuc, comme nous l'avons marqué dès l'abord.

Voici l'arbre de la Science du Bien et du Mal ; son tronc bifurqué s'élève sur une seule racine.

Voici la vierge symbolique qu'Apollonius a rencontrée sur les bords de l'Hyphasis : son corps est mi-partie, noir et blanc.

Voici le mystérieux losange du pentaele de Trithème : dans le triangle supérieur rayonne le schéma divin, le Tétragramme incommunicable ; el V image de Satan ricane dans les ténèbres du triangle inférieur.

Ce dernier emblème sert de frontispice à notre Clef de la Magie noire ; nom ne Pavons pas choisi sans intention.

M. Oswald Wirth Va reconstruit sur la description quen donne Êliphas, d'après un spécimen qu'en passédait son élève, le comte Alexandre Brauitzki ; car ce dessin est d'une insigne rareté, et ne se trouve que dans quelques exemplaires manuscrits du Traité des Causes secondes (l).

// se compose, dit Éliphas Lévi, « de deux triangles U7iis par la base, F un blanc et l'autre noir ; sous la pointe du triangle noir est couché un fou qui redresse péniblement la té te et regarde avec une grimace d* effroi dans F obscurité du triangle où se reflète sa propre image ; sur la pointe du triangle blanc s'appuie un homme dans la force de l'âge, vêtu en chevalier, ayant le regard ferme, et F attitude du commandement fort el paisible. Dans le triangle blanc sont tracés les caractères du tétragramme divin (2).

{i) Ouvrage lui-même peu commun, de l'abbé Jean Trithème. Il a été imprimé en 1567, à Cologne, sous ce titre : De septem Sccundeis : sivc de spiritibus orbem post Deum moventibus. reronditissinue scient'iw et eruflitionis libellas, etc. — Colonie, apudlohan. Birkmannum, pet. in-S (avec une vignette sur le titre et sept gravures sur bois, très remarquables, d'après Sebald lieham).

(2) Éliphas Lévi, dans une lettre adressée à un autre de ses disciples.

LA CLEF DE LA MAf.lE NOIRE

« On pourrait expliquer ce pentacle par cette légende : le Sage s'appuie sur la crainte du vrai Dieu, l'insensé est écrasé par la peur d'un faux dieu fait à son image. C'est là le sens naturel et exotêrique de V emblème ; mais en le méditant dans son ensemble et dans chacune de ses parties, les adeptes y trouveront le dernier mol de la Kabbale, la formule indicible du Grand Arcane : la distinction entre les miracles et les prodiges, le secret des apparitions, la théorie universelle du magnétisme et lu science de tous les mystères (1). »

Sans ouvrir à nos lecteurs d'aussi gigantesques aperçus, ni flatter personne d'illécébrants espoirsy ne balançons point à faire Vaveu, que, dans i intelligence du pentacle de Tri thème, il peut être donné à plusieurs de saisir sur le vif la pensée-mère qui présida constamment à la genèse du présent livre.

Stanislas de Guaita.

M. le baron Spédalieri, donne du même pentacle un croquis s'èloignant fort de la description ci-dessus transcrite. Il faut que l'auteur de l'Histoire de la Magie ait vu deux exemplaires très différents du symbole de Trithème.

Le chevalier est devenu une sorte d'Hercule, accoudé sur un ècu de guerre, au sommet duquel s'inscrivent les quatres lettres HTP. Ver* le milieu du bouclier, on remarque l'étoile à six pointes, le sceau de Salomon, où se mire le fol, sur qui pèse la pointe inférieure de Vécu. La tète diabolique apparaît dans l'entrelacement des deux triangles, au centre même de l'étoile (Voir le dessin ci-contre).

(I) Èliphas Lcvi, Histoire de la Magie, p. 345-346.

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