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Mais, tandis que le rythme s'accélère en des dessins mouvementés et rapides, ces ' mots retentissent : « Les Maîtres! ». Aussitôt la danse cesse. « Adieu! gentilles filles » s'écrie Davidchen, l'air effaré, mais sans oublier
(i) Un des motifs de la Tétralogie vient appuyer d'une façon catégorique cette interprétation, c'est le thème de Siegfried jeune,
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où nous retrouvons cette même progression d'intervalles. Dans les Maîtres, elle a un rôle si prépondérant, elle figure dans un si grand nombre de thèmes qu'on peut la regarder comme une des formes primordiales de l'œuvre, et c'est ce que le travail de M. Bonnier, dans la (( Revue wagnérienne )), a fort bien mis en lumière.
LES MAITRES CHANTEURS Il3
d'embrasser sa danseuse. Et l'orchestre fait entendre un fragment du thème des Maîtres, annonçant l'arrivée du solennel cortège, motif qui va se déployer entièrement, comme dans l'ouverture.
Si nous jetons maintenant un coup d'œil d'ensemble sur la longue énumération qui précède, plusieurs considérations se présentent qui seront la conclusion de cette première étude.
Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'extraordinaire richesse des motifs. Nous avons compté 5i thèmes, mais le nombre réel des éléments mélodiques ou rythmiques est plus considérable, puisque nous avons rattaché aux thèmes principaux les formes dérivées qui pourraient, isolément, être considérées comme des individualités distinctes. Toutes les parties de l'œuvre, parties scéniques, descriptives, pittoresques, situation, sentiments ou idées, ont des images sonores correspondantes. Et dans cette abondance de motifs, il n'y a entre eux awcune synonymie ; chacun d'eux a un but spécial, une allure déterminée, une signification précise. Cette précision, nous la sentons mieux instinctivement que nous ne pouvons l'exprimer. Tel groupe de notes demanderait, pour être expliqué par des paroles, une périphrase qui n'est souvent qu'une traduction approchée, pas toujours très fidèle. La musique est un langage, la parole en est un autre ; ils ne peuvent se remplacer exactement, là surtout où leur champ d'action diffère ; associés, ils se complètent merveilleusement, celui-ci disant ce que celuilà ne dit pas. Où s'arrête donc le pouvoir de la musique, pourrait-on se demander, et quelles limites doivent-elles donc lui être assignées ?
Le problème est difficile à résoudre, et la recherche de sa solution n'offrirait pas grand intérêt. Dans tous les arts il y a une force d'inertie instinctive supérieure à la volonté de l'artiste ; chaque art, en raison de ses éléments matériels, se fait de lui-même la part de vérité qu'il
prend à la nature. Le caractère de l'œuvre est un critérium fort variable par conséquent.
Chez Wagner, la conception musicale est immédiate,
— qu'elle soit réalisée postérieurement, cela importe peu,
— la forme d'art s'associe au drame sans effort, et par l'effet d'une harmonie préétablie. La musique a collaboré au drame, elle en fait partie, elle Ta inspiré dans une large mesure. Humble servante, mais servante maîtresse, car elle se donne à elle-même les ordres qu'elle exécute.
Ce que nous remarquons enfin, et ce qui apparaîtra davantage dans la suite de ce travail, c'est Vextrême simplicité des thèmes. Wagner emploie la langue courante, les groupements sonores les plus élémentaires, comme les grands écrivains se servent, pour rendre leur idée, si profonde ou si élevée qu'elle soit, de mots usuels et très simples. Non seulement ces combinaisons primordiales sont les plus expressives, les plus vivantes, puisqu'elles représentent le sentiment dans ses manifestations immédiates, instinctives et le plus souvent inconscientes, mais elles s'uniront librement et indéfiniment entre elles, elles formeront un tout. Ce qui est complexe dans lart wagnérien — et on pourrait ajouter chez tous les grands maîtres, — c'est la variété dans la disposition, dans l'arrangement de ces combinaisons premières. Ainsi, dans l'échelle supérieure des êtres, un organisme contient un grand nombre de cellules très différentes, intimement liées, imbriquées les unes dans les autres, et qu'un premier examen ne pourra pas distinguer.
Les thèmes simples sont une des conditions de l'art vrai. Ils s'opposent aux complexités inutiles que cherche
uniquement la virtuosité; ils sont les organes de vie, les éléments fondamentaux auxquels l'artiste viendra ajouter ce grain de fantaisie, ce jeu imprévu qui font partie de la forme d'art ei du plaisir esthétique que nous éprouvons.