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I. Le Grisou

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Objet des essais. — L^objet des essais de chaux et ciments hydrauliques est d'observer, ou mieux, de mesurer, quand cela se peut, certaines de leurs propriétés présentant des rapports plus ou moins directs avec leurs qualités à l'emploi. On mesurera, par exemple, la résistance à Técrasement de mortiers destinés à la confection de bétons de fondation devant supporter des poids considérables de maçonneries. Le plus souvent cependant les propriétés soumises aux essais n'ont que des relations très indirectes avec les qualités réellement utiles. C'est ainsi que l'on mesure la finesse, la densité des ciments, sans que pourtant jamais ces propriétés soient utilisées d'une façon quelconque dans les travaux. Des observations répétées ont montré que les ciments les plus cuits sont généralement les meilleurs et que les ciments les plus denses sont généralement les plus cuits. Une forte densité peut donc être une

présomption de bonne qualité et Ton est parfois obligé faute de mieux de se contenter de renseignements indirects semblables.

Si nos connaissances des propriétés des liants hydrauliques étaient plus avancées, les essais pourraient sans doute être réduits à un très petit nombre. Tous les phénomènes naturels en nombre illimité, et le plus souvent d'une complexité apparente considérable, sont des fonctions déterminées d'un petit nombre de phénomènes élémentaires beaucoup plus simples. La science a précisément pour objet de déterminer la nature de ces fonctions, c'est-à-dire de reconnaître d*abord les facteurs distincts de chaque phénomène complexe, puis ensuite de découvrir la forme de la fonction rattachant la grandeur complexe X à celles cc^ y y z, des facteurs élémentaires, c'est-à-dire des variables indépendantes de la fonction cherchée

Une fois ce problème résolu, pour s'assurer si un produit hydraulique donné satisfait à certaines conditions relatives à la propriété X, il suffirait de mesurer la grandeur des facteurs élémentaires X, y y z, etc. Mais nous sommes loin d'en être là. Les méthodes d'essai, comme toutes les

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opérations industrielles, ont pris naissance et se sont développées en devançant la science, leurs débuts ont été purement empiriques.

On ne peut pas aujourd'hui se proposer de remplacer du jour au lendemain des essais empiriques ayant, dans une certaine mesure, fait leurs preuves, par tout un ensemble d'essais rationnels, puisque ceux-ci n'existent pas encore. Pour le moment, il faut se contenter d'exercer une pression modérée, mais continue, pour orienter les essais vers une direction déterminée, pour hâter Télagage des procédés d'essai trop certainement arriérés et accélérer l'introduction de quelques méthodes d'un caractère plus scientifique. C^est le principal objet que j'ai eu en vue en écrivant ce petit volume et, pour atteindre ce but, je m'attacherai à bien mettre en évidence les relations mutuelles de tous les phénomènes mis en jeu dans les essais.

Dans le choix des méthodes d'essai, un point très important à prendre en considération est l'objet précis auquel ces essais sont destinés. Il est impossible de poser des règles uniformes applicables à tous les cas.

Un constructeur qui étudie des mortiers en vue de leur application à un usage déterminé, à une construction en ciment armé, à un port

maritime ou à un fort bétonné, commencera généralement par réaliser des constructions d'essais comparables comme grandeur aux constructions futures. Dans un port de mer, il fera des blocs de plusieurs tonnes, en vue de la construction d'un édifice il fabriquera des poutres en ciment armé des dimensions mêmes de l'emploi, puis il soumettra ces blocs, ces poutres, à des actions semblables comme grandeur à celles auxquelles ils seront exposés dans la réalité et il prolongera ces essais au besoin pendant des mois, des années.

De semblables essais n'ont évidemment rien de commun avec ceux du fabricant qui se propose de surveiller sa fabrication au jour le jour et même parfois d'heure en heure ; dans les fabriques de ciment Portland, la composition des pâtes doit être véritiée un grand nombre de fois dans la journée. La qualité dominante demandée aux méthodes d'essais destinées à un semblable objet est avant tout la rapidité d'exécution et le bon marché. Faute de ces deux qualités les renseignements arriveraient trop tard pour permettre de rectifier la fabrication ou grèveraient tellement le prix de revient qu'ils finiraient par être plus nuisibles qu'utiles.

Entre ces deux catégories d'essais^ il s'en

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trouve une troisième se rattachant d'une façon continue par ses extrêmes aux deux précédentes, c'est celle des essais de réception auxquels on pense toujours quand on parle d'essais tout court. Ce sont les essais dont il sera surtout parlé dans ce volume. Les essais des deux autres catégories ne sont le plus souvent que Famplifîcation ou la simplification de ces essais intermédiaires.

Les essais de réception présentent cependant un caractère tout particulier très important à mettre en évidence. Leur résultat le plus immédiat est de créer, au milieu de produits formant par leur qualité une série absolument continue, une discontinuité artificielle, de les séparer en produits acceptés et en produits refusés. Il peut y avoir une différence infiniment petite entre deux produits ainsi séparés et le résultat final diflèrera d'une quantité infiniment grande pour le fabricant auquel le refus de sa livraison cause un préjudice considérable. Il est indispensable, en raison de cette circonstance, d'employer, pour ces essais, des caractères très précis ne prêtant à aucune ambiguïté, sans quoi on s'exposerait à des contestations sans fin. Cette définition très rigoureuse du mode opératoire des essais de réception en rend la réalisation

difficile et onéreuse. Ils ne peuvent être effectués en toute sécurité en dehors de laboratoires richement outillés comme le sont certains laboratoires de l'Etat. Cette complication détourne bien des consommateurs de faire aucun essai sur les produits livrés. C'est là une grande erreur. Ils auraient le plus souvent intérêt à faire des essais de chantiers très sommaires, semblables aux essais de fabrication des usines et effectués par des procédés semblables. Sans vouloir ensuite transformer ces essais en véritables essais de réception, ils pourraient au moins les invoquer d'une façon officieuse en cas de désaccord avec le fabricant. Le seul fait d'avoir fait quelques vérifications donne un grand poids aux réclamations et Texpérience montre que des essais sommaires sont presque aussi efficaces que de véritables essais de réception.

On indiquera à l'occasion, de chaque essai, comment il peut être ainsi simplifié de façon à le transformer en essai de chantier, ou de fabrication.

Répercussion des essais sur la fabrication. — Indépendamment de l'usage direct auquel ils sont destinés, les essais de réception ont indirectement une répercussion plus ou moins

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marquée et souvent ignorée, sur les conditions de la fabrication. Pour satisfaire à telle ou telle clause, le fabricant est obligé d'orienter sa fabrication dans une direction déterminée ou est simplement incité à le faire par des considérations de prix de revient. Un consommateur insuffisamment au courant des conditions de la fabrication peut imposer des clauses allant exactement à rencontre du but poursuivi et nuisibles à la bonne qualité des produits. C'est à cette cause qu'il faut attribuer dans une large mesure la lenteur des améliorations réalisées dans l'industrie des produits hydrauliques. Les essais d^identité tendant à immobiliser la fabrication à un point donné ont, dans bien des cas, été particulièrement nuisibles. A diverses reprises, on a soumis à ce régime les ciments Portiand. Finesse de mouture, densilé, composition chimique, ont été fixées avec les valeurs mêmes qu'elles avaient au moment de la rédaction des cahiers des charges, ou même à une époque plus ancienne, où Ton supposait la fabrication moins perfectionnée, par suite moins truquée et plus près de l'état de nature, c'est-à-dire plus parfaite, d'après le système de Jean-Jacques Rousseau.

Je ne citerai ici qu'un exemple semblable en raison de son extrême importance ; il fera com-

prendre Turgence de faire disparaître une situation néfaste pour rindustrie.

Pendant bien longtemps, l'usage a été tout à fait général à Paris de doser les mortiers au volume et non au poids. Cet usage subsiste encore pour les chaux hydrauliques. A première vue, cela semble inofîensif et surtout cela paraît ne présenter aucun rapport avec les conditions de réception. En fait, cela se traduit indirectement, mais d'une façon absolument stricte par la condition que la chaux doit être de la plus grande légèreté possible, c'est-à-dire la moins hydraulique et la moins cuite possible, autrement dit de la plus mauvaise qualité. Toutes les usines à chaux du bassin parisien ont été obligées de subir ce régime sans toujours se rendre compte de ce qu'il avait au fond de désastreux pour leurs intérêts.

On fournit couramment à Paris des chaux pesant 55o et même 5oo grammes au litre qui n'ont d'hydraulique que le nom. A un mois, elles n'ont pas encore la dureté qu'elles pourraient donner après 4^ heures si elles étaient bien fabriquées. Aussi tend-on de plus en plus, pour les travaux soignés faits à Paris, à remplacer la chaux par le ciment, tandis qu'en réalité des chaux bien fabriquées pourraient^ dans bien

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des cas, se substituer avantageusement au ciment, en coûtant bien moins cher.

Il est donc indispensable pour le consommateur de produits hydrauliques de se tenir au courant des conditions de leur fabrication. Cela est d'autant plus nécessaire que la division à l'extrême de cette industrie et le peu d'importance de bien des usines ne permet pas d'y avoir un personnel technique ayant assez de surface pour résister victorieusement aux interventions maladroites des consommateurs.

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