INTRODUCTION. XXI
de conscience, de la sécurité qui leur ont été promises sous la garantie des grandes puissances?
A quelles causes faut-il attribuer un si révoltant mécompte? Il en est, croyons-nous, de plusieurs sortes; il en est qui datent de la conquête. Pour les bien définir et en déterminer le caractère, pour bien voir les choses et en déduire logiquement les conséquences, il nous faut ici remonter le cours de Thistoire. En soumettante leur domination les populations chrétiennes de l'Europe orientale, les sultans les ont, en quelque sorte, parquées dans une situation sociale étroite et circonscrite. Ils n'ont toléré Tusage de leur religion qu'en ayant soin d'en limiter l'exercice, sans les admettre au partage des privilèges concédés aux coreligionnaires du souverain.. Outre des impôts de toute sorte, les chrétiens étaient tenus d'acquitter une taxe humiliante qui était la marque de leur infériorité ; ils étaient exclus des fonctions publiques et de l'armée, qui se recrutent uniquement, même à l'heure actuelle, parmi les musulmans; et n'étant, à vrai dire, ni des sujets, au sens élevé du mot, ni des esclaves, ils supportaient toutes les charges de la première de ces deux conditions et celles qu'entraîne la servitude. Ils ont vécu, durant plus de trois siècles, dans cet état d'abaissement et d'ilotisme, sous la main de fer de leurs vainqueurs, restés leurs maîtres aveugles et implacables, qui, les accablant de mépris, ne les jugeaient pas encore