‹ Essais diplomatiques (nouv. ser.)Chapitre 13 sur 22 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

tous les musulmans. Dans leur aveugle effarement, les plus exaltés n'ont connu qu'un moyen de conjurer le péril et de maintenir leur puissance : la dispersion ou Tanéan* tissement des chrétiens par l'extermination . Partout où ceux-ci ont osé les braver, ils les ont combattus par le massacre, comme en Bulgarie, en Bosnie, à Damas et en d'autres lieux; leur formidable ressentiment, toujours prompt à s'exaspérer, n'a compris aucun autre mode de sauvegarder leur prédomination. On a vu que quelques hommes éclairés, parmi les conseillers du sultan, animés d'autres sentiments, répudiaient ces sanglantes exécutions, et qu'ils réprouvaient l'animosité furieuse qui les provoquait. Nous avons rappelé leurs louables efforts pour remédier à cet état des esprits et pour substituer à une méthode empruntée à la plus féroce barbarie un ordre de choses plus conforme à la morale publique et aux véritables intérêts de l'empire ottoman. Il serait puéril aujourd'hui de ne pas reconnaître que leurs espérances n'ont pas justifié leurs eflorts. Si nous ne nous abusons, leur généreuse entreprise a échoué pour deux raisons capitales, l'une religieuse, l'autre sociale.

Ils se sont heurtés en effet, dès le début de leur tentative, à l'implacable obstination des Osmanlis, restés réfractaires et rebelles à toutes les mesures prises pour les plier aux exigences d'une évolution qui troublait leur

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foi et méconnaissait leurs traditions en blessant profondément leur orgueil. Le Coran, ce code de morale et d'hygiène qui proscrit le jeu, le luxe et Tusage du vin, qui proclame Tinfériorité de la femme, code à la fois civil et criminel, qui voue les infidèles à la servitude dans ce monde et aux peines éternelles dans Tautre, en garantissant aux bons croyants des joies ineffables de leur vivant et après leur mort, ce code est resté la loi suprême et intangible de tous les adeptes de Tislamisme. Dans les mosquées, dans les écoles qui en sont les annexes, on ne cessa de répudier hautement, surtout dans les provinces, les doctrines des réformateurs, de les dénoncer à l'indignation des fidèles, de professer le respect de l'intégralité de Tislamisme et de la domination que sa loi religieuse commandait d'imposer invariablement aux races chrétiennes. C'est ainsi qu'on n'a jamais vu un musulman passer au christianisme. A Constantinople, sous les yeux des ministres dont on maudissait les tendances, on usait d'une circonspection relative, et le Gheik-ul-Islam dut se résigner plus d'une fois à des compromissions qui lui étaient amèrement reprochées. Mais, loin de la capitale, on ne désarma nulle part; on ne s'inclinait que quand le châtiment menaçait de suivre la désobéissance. Voilà comment ont avorté les desseins des réformateurs et comment se sont dissipées les espérances et les illusions des amis de la Turquie. Pour mieux le démontrer, nous rappellerons deux graves incidents parfaitement analogues, survenus à une longue distance l'un de l'autre et qui attestent que rien n'est changé en Turquie.

En 1851, quand Reschid-Pacha tenait en ses mains, depuis plusieurs années, le timon du gouvernement et

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