‹ Essais dramatiquesChapitre 31 sur 74 · GASPARD, GROSGUILLOT, DEUX ARCHERS · texte numérisé non relu

GASPARD, GROSGUILLOT, DEUX ARCHERS

(Gaspard se cache.)

Les archers envoyés par Pancrace pour se saisir de Gaspard se chamaillent entre eux au sujet de la récompense promise. Ils se battent et Grosguillot, qui cherche à les séparer, reçoit une partie des coups.

GROSGUILLOT

Je n'en puis plus, Je suis moulu, je suis perclus !

Je suis défunt, et je défie Qu'on me puisse rendre à la vie.

Ah, je meurs !

GASPARD Il faut, pardieu, voir S'il ne peut vraiment se mouvoir ; Car ces garnements, s'il expire En cet endroit, sont gens à dire Que j'ai tué cet animal, Comme un jaloux tue un rival.

(Il essaie de se servir du violon et il en joue sans difficulté.)

Il va tout seul ! !

GROSGUILLOT, sautant sur ses pieds.

Holà ! les jambes Me dansent comme aux plus ingambes ; Que vois-je? Ah! Ah! Que diantre ! Eh quoi! Me faut-il danser malgré moi !

(11 prononce ces paroles par saccades en tournant sur lui-même avec les manières les plus grotesques. Gaspard cesse de jouer, la danse s'arrête ; Gaspard recotmnence, la danse recommence aussi.)

LE VIOLON MAGiaUE.

GROSGUILLOT Oh! Cestle diable!

GASPARD^ susi^er.dant son jeu.

L'on me nomme Gaspard. N'est-ce pas là, bon homme, Celui qu'on va partout cherchant?

Si ton projet n'est pas méchant, Tu vas me déclarer, sans crainte, Pour quel beau motif l'on s'éreinte A courir la ville à grand bruit, En cherchant Gaspard, dans la nuit.

L'on ne répond rien ? (il joue.)

GROSGUILLOT, sautant a chaque coup d'archet. Ah !

GASPARD, cesse son jeu.

Ecoute ; Pour moi, je n'aime point qu'on doute De mes projets, et les voici :

Si Grosguillot se monstre ici, S'il est assez fou pour prétendre A Bertille que l'on veut vendre !

S'il entre même en sa maison, Je le veux mettre à la raison, Et d'une façon fort nouvelle, Par ses pieds guérir sa cervelle.

Vous m'entendez ?

GROSGUILLOT, s'enfuyant.

Main forte ! à moi !

GASPARD

Belle récompense, ma foi !

Je défatigue ce gros homme,

Son premier vœu, c'est qu'on m'assomme!

Ah, que de gens vont endêver !

Moi-même, je pense rêver.

Tant la chose est miraculeuse.

Etourdissante, fabuleuse.

O roi de tou^ les violons,

Que je vous aime ! Nous allons

Sur un monde qui fuit et tremble

A notre aspect, régner ensemble.

Si Bertille pouvait me voir!

Et Pancrace, va-t-il pouvoir

Me résister? — Ah, bonne idée !

Oui, sur son âme intimidée.

Il faut agir; bravo, Gaspard!

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