‹ Essais dramatiquesChapitre 63 sur 74 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

JOXAS

(Il se relève lentement après avoir observé autour de lui. Sa chemise est ensanglantée.)

On ne prévoit pas tout: la gueuse d'aventure!

(Il se tâte la poitrine.)

Le magasin intact, hormis la devanture.

C'est très heureux pour moi qu'ils m'aient tant vu saigner.

Savoir faire le mort n'est point à dédaigner.

Songeons à nous venger aussi de la diablesse.

J'ai, moi, le contre-coup de l'amour qui la blesse ;

C'est un bon souvenir.

(Il tamponne sa blessure avec son mouchoir.)

Il me les faut tous deux.

Profitons de l'amour qui va me venger d'eux. Le bonheur n'est complet que si l'amour s'en mêle, Et je vendrai plus cher le mâle et la femelle. Quand, un beau jour, le fier Butler tendra le cou Sur la place publique, il gagnera beaucoup A se voir entouré de femmes et de filles. De toutes les guenons, de toutes les guenilles

Et de quelques milliers de pouilleux, ébahis De voir couper la tête à l'ange du pays. Ils vanteront, ceux-là, son âme généreuse ; Mais moi seul, en voyant tomber sa tète creuse, Je saurai, par ma bourse, alors ce qu'il valait.

SCEXE QUATRIEME

JONAS, LE HOUSARD, LA HURE, l'œIL d'aN'GUILLE,

LE REQUIN' et autres brigands.

LA HURE, accourant.

Capitaine !

JOXAS, raUlant.

Cherchez ! c'est par là qu'il filait.

LA HURE Il filait, lui, Butler?

LE HOUSARD

Où va-t-il?

JOXAS, du même ton.

A ses noces.

TOUS

Noces

JOXAS Julie et lui, sans témoins ni carrosses.

l'œil d'axguille Il ne se gêne pas, quand nous allons danser !

LE HOUSARD Les ennemis sont là.

LE REQUIN

Ça va recommencer.

LE HOUSARD

Pas de chef! on ne sait où donner de la tête. Moi je m'en vais.

JONAS

Plutôt courons tous à la fête.

Suivez-moi !

LA HURE

La forêt, pleine de paysans ; Merci !

LE REQUIN

Nous sommes trente, ils sont plus de deux cents ; Esbignons-nous !

LE HOUSARD Vingt dieux!

JONAS

Ce n'est qu'au capitaine Qu'ils en veulent; je sais la manière certaine De nous tirer d'affaire ; ils réclament ce gueux ; Nous allons le poursuivre et nous mettre avec eux.

LE HOUSARD

Pourquoi ça?

78 ESSAIS DRAMATIQjL'ES.

LA HURE

Laisse donc parler Jonas.

l'œil d'anguille Feront ce qu'ils voudront...

Les autres

JOXAS

Mes raisons sont les vôtres, Le scélérat savait que je voyais son plan; Il voulait nous lâcher. Et tout en m'appelant Son bon petit Jonas, son brave camarade. Son homme de talent, tout en faisant parade Des meilleurs sentiments pour nous tous, — vous voyez : Les amis ont été mis en route, envoyés De tous côtés au loin ; et moi fouvram sa veste , ce que j'attrape, C'est pour l'avoir voulu retenir. Il s'échappe ; Il emmène avec lui la femme que j'aimais!

LE HOUSARD Butler, un traître! à qui se fier désormais?

JOXAS

A celui qui, toujours bon et franc camarade, De ce qu'il peut valoir n'a jamais fait parade. L'autre, en chacun de nous, ne voyait qu'un valet.

l'œil d'anguille

Ça, c'est vrai ! De quel ton l'orgueilleux nous parlait ! Il se donnait des airs de prince.

LE REQ.UIN.

C'était drôle; Souvent, je l'ai surpris étudiant son rôle.

JONAS

Oui, oui; pour prendre un jour sa place dans les rangs Des rois, il épelait l'histoire des tyrans. Mais quoi, sera-t-il dit que tous tant que nous sommes, Parce qu'il était fort, nous n'étions pas des hommes? Que, parce qu'il avait un peu de tète, nous Nous ne possédons pas de l'esprit pour deux sous? Va jongleur! Eblouis les niais pour qui tu jongles! Mais, quant à moi, Jonas, j'ai du sang sous les ongles. Seul de tous, je saurai défendre notre honneur. (Avec dédain) Vous autres, quittez-moi.

l'œil d'anguille (Vivement) Nous crois-tu dcs sans-cœur?

LA HURE Vengeons-nous de Butler !

PLUSIEURS BRIGANDS Oui!

LE HOUSARD

C'est facile à dire.

Mais à faire?.

Nous restons!

JONAS Quiconque a peur, qu'il se retire ;

l80 ESSAIS DRAMATIQTJES.

PLUSIEURS BRIGANDS Oui.

l'œil d'axguille.

Jonas a bien parlé, ma foi.

JONAS Nommez un autre chef, amis !

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