‹ Essais dramatiquesChapitre 161 sur 195 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SAPHO, CLÉONE

SAPHO

Dis-moi, Cléone, tu étais présente à cette fête? ne peux-tu donc pas me dire si quelque objet IV frappé?

CLÉONE

Quand les traits d'une femme auraient un moment attiré ses regards, de yain charme pouvait-il jamais effacer votre souvenir ?

SAPHO

Pourquoi donc s'est-il éloigné de moi? Cléone, tu détournes les yeux , tu soupires!

CLÉONE

Sapho , le moment approche où l'on va venir vous entendre j écartez de vous ces pénibles souvenirs.

256 SAPHO

SAPBO.

Ahî Clëone, tu n'as jamais aime; jamais tu n'as connu Pamour; tu ne pourrais , si tu le connaissais , me parler de l'éloigner de mon cœur.

CLÉONE

Ahî qui vous dit que je n'aie jamais connu l'amour, et que jamais surtout je n'aie su le vaincre ?

SAPHO

Que dis-tu ? d'où vient que ton visage si jeune exprime déjà des sentimens profonds et contenus ? Chère enfant, as-lu déjà senti les regrets, cette puissance terrible qui artne notre pensée contre nousmêmes ?

Ah ! Sapho , tu me demandes si je n'ai pas de regrets ! Ne t'ai-je pas vue heureuse , et l'es-tu maintenant ? n'y a-t-il pas eu des jours de mon enfance dans lesquels je ne me doutais pas de l'avenir? Ma mère et toi vous remplissiez mon cœur de si douces jouissances I J'admirais ton génie , sans savoir ce qu'il te fait souffrir, et je croyais que ton sublime langage ne coûtait pas plus à ton ame que le parfum à la fleur.

SAPHO

L'amour est tout à la fois la source du talent et la puissance qui le consume. Ah I Cléone, choisis un ami fidèle , et confie-lui tes jeunes années ; ne vois que lui sur celte terre ; ne cherche point les lauriers dont j'ai pu ceindre ma tète ; ne les cherche point.

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