ACTE III , SCÈNE III
mOTlME.
Eh.' qui la connaît, cette rivale? q«i pourrait l'humilier devant elle ? Jamais , Sapho , jamais ta gloire ne peut l'abandonner. La renomme'e sera la divinité tute'laire qui te protégera toujours.
SAPHO
Il faut que je la connaisse enfin, cette rivale. Ve'nus me la désignera. (Elle se met à genoux défiant le portique du temple de f^énus. ) O Vénus I toi qui as pitié des femmes , réponds à ma prière , et tire-moi de l'obscurité profonde qui m'environne. J'ai trop long-temps interrogé le prophétique Apollon , et ses oracles ne m'ont appris que les secrets de la poésie. Que m'importent à présent ces secrets ? ils peuvent 1 cvéler la pensée des dieux sur l'univers ; mais toi , tu sais les secrets du cœur, et ce sont ceux-là que je
te demande Tendre V^'nus, réponds-moi : quelle
est la beauté qui m'a fait oublier de Phaon ? Est-ce la jeune Mélanthée , qui porte sur ses épaules un carquois 5 et qui rivah'se avec Diane , ton ennemie, dans le ciel , sur la terre et dans les enfers? Est-ce Atthis, qui méprise l'art de plaire, et veut, comme Minerve, que sa beauté serve seulement à ramener tous les -coeurs au culte de la vertu ? Est-ce Clymène , habile à chanter et à jouer de ja cithare ? Apollon un moment parut la distinguer; mais bientôt j'attifâi sur moi tous ses feux. Une seule , parmi les Lesbiennes , te ressemble , ô Vénus I et pourrait me faire oublier; c'est Cléone : mais elle m'aime , et jamais elle n'aurait pu me tromper; non j jamais.
o,6d SAPHO.
UNE VOIX , sortant du temple de Vénus. Sapho , c'est elle ; oui, c'est Cléone que Phaon t'a préférée.
Ah ciell qu'ai-je entendu, Diotime ?
DIOTIME
Sapho , plaignez ma fille plus que vous.
SAPHO
L*amitié m'aurait trahie comme l'amour! O mer I es n'est pas assez de tes vagues pour m'ensevelir; que la terre aussi s'entr'ouvre ; que tout ce qui donne la mort vienne à mon secours. Ah ! divinite's funestes , qui vous a permis de donner la vie à ce prix ? qui vous l'a permis , justes dieux ?