SCÈNE IL
ADOLPHE ET SIGEFROr.
Mon père , venez par ici : c'est dans ce même lieu que j'ai vu cet enfant si joli que je voulais vous montrer.
SIGEFROI
Je ne sais pourquoi, mon fils , j'ai cëde à tes de'sirs. Je fuis les hommes , et la présence des enfans m'inspire un trouble douloureux dont je ne puis triompher. Comment se fait-il qu'aujourd'hui je n'aie pu re'sister à tes désirs ? il n'y avait rien dans tes prières qui dût m'entrajner ainsi. Mais mon ame s'attendrissait d'elle-même, et ta voix disposait de ma volonté'.
ADOLPHE
Mon père , je voudrais bien exercer quelquefois ce pouvoir sur vous ; j'essaierais de vous arracher à votre tristesse. Ah! si ma mère vivait encore 9 nous ne ^serions pas si malheureux !
5IGEFR0I.
Ta mère ! d'où vient que tu la nommes ? je t'avais défendu de m'en parler.
ADOLPHE
Pardon , mon père , si je renouvelle ainsi votre peine; mais la petite allé que j'ai rencontrée m'a peint si vivement le bonheur d'avoir une mère , que je n'ai pu m'empêclier de pleurer la mienne avec vous.
SIGEFROr.
Avec moi ! qui t'a dit que je la regrette ?
ADOLPHE
Vos chagrins n'ont commencé qu'à sa mort.
SIGEFROI
Nul ne sait ce qui se passe au fond du cœur. La des* tinée a tant de moyens de tourmenter l'homme ! qui peut deviner quel est celui qu'elle a tourné contre moi?
Il est pourtant si aisé d'être content ! Courir, chasser , jouir de ce beau temps, parcourir ces forêts, sentir qu'on vit seulement, est un plaisir.
SIGEFROl.
Adolphe, Adolphe , tant qu'on peut exister seul , la nature donne mille plaisirs; mais quand ce malheureux coeur ressent le besoin d'aimer , qu'il est offensé, qu'il est trahi, qu'importent ce soleil, cet air pur, ces amusemens simples et vifs que l'on ne peut plus goûter I Un poids affreux pèse sur mon ame. Respirer