‹ Essais dramatiquesChapitre 34 sur 195 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

LA. SOEUR

Tes prières, appuyées par le saint prophète, t'ont fait obtenir la consolation des jours mauvais ; un enfant, une fille qui rafraîchira ton cœur, comme la rose'e, quand Page lé flétrira. Mais as-tu donc oublie le vœu solennel de ton e'poux? Quand Semida vint au monde , il promit à Dieu de la consacrer , jusqu'à l'âge de seize ans , au culte des saints autels. Tu es de la tribu de Le'vi , et les prêtres ont accepte' ton enfant , quand son père l'a pre'sente'e au tabernacle. Depuis un an déjà elle devrait vivre au milieu des filles pieuses qui chantent les louanges de l'Eternel , brûler l'encens dans le sanctuaire , filer les vêtemens de lin des sacrificateurs, et ne jamais se montrer que dans le temple. Ton époux est mort quand Semida était encore au berceau ; mais à présent qu'elle pourrait accomplir le vœu de son père , d'où vient que tu lui caches sa vocation sainte ? d'où vient que tu as exigé de moi de ne pas la lui apprendre ? Ne frémis-tu donc pas des menaces prononcées contre ceux qui manquent aux promesses faites à l'Etemel?

LA. STJNAMITE.

Ce n'est pas moi qui me suis liée par cette promesse insense'e.

LA. SOEUR

Ton époux , en mourant , t'avait chargée de l'accomplir.

LA SUNAMITE

Il était yieux ; il n'attachait plus de prix aux louan-

6S I^A. SUNAMITE

ges des hommes. II aurait voulu que la jeunesse marchât timidement dans la yie, comme sur le bord de la tombe.

lA SOEURi

S'agit- il de le juger , quand il faudrait lui obe'ir?

Quoi, ce qu'il y a de plus charmant sous le soleil serait enfoui dans l'obscurité ! Les arts enchanteurs cultives par Semida , ajoutent un nouvel éclat à ses charmes , et le bruit de sa beauté' se re'pandra dans Israël , comme le parfum des citronniers. Pourrais-je immoler ses jours brillans à la sombre tristesse d'un vieillard ?

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