ACTE I , SCÈNE VIII. la'i
être encore. Et j'irais me promener avec ce freluquet , qui m'appellerait mon père , et qu'on croirait de ma façon ! Non, JNérine, je n'en veux pas entendre parler.
NÉRIHE,
£h bien l à la bonne heure.
LE CAPITAINE
Te voilà triste! tu pleures I Ecoute, Ne'rine, j'ai le cœur dur , on le dit du moins ; et , en effet , il y a des jours où je suis brutal comme un boulet de canon ; mais quand je te vois pleurer, tiens, cela me fait mal là ( mettant la main sur son cœur.)
NÉRINE
Oui, sans doute. Et votre pauvre fille souffre aussi là, de ne pas épouser celui qu'elle ain?e.
LE CAPITAIME.
Eh bien l eh bien I qu'il prenne du service dans la marine; qu'il fasse sept campagnes, et au bout de sept ans , il épousera ma fille.
KÉRINE
Eh bon Dieu! vous voilà comme le père de Rachel , qui fit servir Jacob pendant sept ans , pour avoir sa fille.
Il a eu raison , morbleu. Était-ce un homme de mer ?
WÉRI3STE.
Non pas, que je sache | mais un très-braye homme^ d'ailleurs.
1^4 LE CAPITAINE KERNADEC.
LE CAPITAINE-
Ah oui! j'e me rappelle. Eh bien! Derval fera de même. (// *'c« va et ret^ient sur ses pas. ) Dis-moi donc, Nërine , le frère aîné' de ce Jacob ne s'appelaitil pas Ésaii ?
«ERINB.
Oui , sûrement.
LÉ CAPITAINE
Ne vendit-il pas son droit d'aînesse pour un plat de lentilles ?
KÉRINE
Sans doute. Mais savez -vous que vous me faites peur! Monsieur, seriez- vous malade? vous allez devenir un savant.
LE CAPITAINE
Non. Sois tranquille , mon enfant , il n*y a rien à craindre; mais aujourd'hui je dîne avec d'anciens camarades, et je voulais savoir une petite anecdote pour les amuser.
KÉRINE
Une petite anecdote! L'histoire d'Ésaii, tout le monde k sait.
LE CAPITAINE
Ne crois pas cela l ne crois pas cela ! On oublie tout en mer, et quand on revient, il est toujours agréable de se rappeler ses études.
vémvs.
Eh bien donc î laissez- vous toucher pour Derval; il vous contera tout ce que vous voudrez.