ACTE I, SCENE II
la vie ? Ces souvenirs si tendres , qui me retracent le jour de noire heureux hymen, s'adressent-ils à ton ombre irrite'e ? ou, si je te revois encore, ta fureur sera-t-eîle apaisée? me pardonneras-tu de yivre , toi qui avais commande' ma mort ? recevras-tu ma fille que tu as ose' ne pas croire la tienne ? O mon Dieu I cette honte , vous m'avez commande de la supporter. Celte croix ne nous apprend-elle pas à mettre toute notre fierté dans l'innocence I Divin Saiivf ur des hommes, vous n'avez pas craint la souffi-ance. et l'ignominie; vous en avez fait votre glorieuse auréole. De quoi donc se plaindrait la créature ? lis ne sont pas délaissés , les infortunés : un attendrissement secret , intime et pur, les met en relation avec la Divinité, et les larmes qui couvrent leur visage semblent, comme la rosée du ciel, ranimer leur cœur flétri. Et toi, mon fils, toi que je n'ai pas revu depuis que tu n'avais encore que quatre années , ton père t'aura-t-il appris à mépriser celle qui t'a donné le jour ? Non , il ne l'aura pas fait , j'en suis sûre ; il t'aura dit seulement que j'ai cessé de vivre; c'est tout ce que je souhaite. J'aspire au paisible souvenir que les morts laissent après eux. O pompes de la vie, comme vous avez disparu .'qui reconnaîtrait en moi cette souveraine du Brabant, cetle brillante Geneviève ! O mon Dieu I celle qui se prosterne à vos pieds vaut mieux, elle est plus humble, elle est plus soumise. Depuis dix ans elle n'existe que par vous : ainsi sonttous les êtres, mais tous nele sentent pas. 11 en est qui croient vivre par eux-mêmes, qui
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pensent gouverner le sort ; mais moi , je sais que chacun de mes jours est marque' par un bienfait de Dieu, et qu'une protection particulière et constante dirige miraculeusement ma vie abandonnée.