‹ Essais dramatiquesChapitre 84 sur 195 · ACTE II , SCÈNE m. ^ I · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE m. ^ I

KÉRINE

Cruel! vous ne vous souvenez pas de ce jour où j'embrassai vos genoux en pleurant.

LE CAPITAINE

Ah bon Dieu ! tpi à mes genoux ! Je t*ai sûrement relevée bien vite? Mais quand tout cela s'est-il passe?

KÉRINE

Il y a sept ans, en iSii , avant que Sabord eût la jambe fracasse'e.

LE CAPITAINE j à pari.

Elle parle comme Sabord ; ai-je donc la Icte à l'envers? N'en disons rien ; car ils chercheraient peuf-éîre à me faire enfermer. Faisons semblant de me souvenir de tout, (haut.) Ah oui! je me rappelle; il y a donc sept ans qu'hier

KÉRIITE.

Que dites-vous ?

LE CAPITAINE , à part.

Je ne sais ce que je dis : mettons-la pourtant à l'epreuvc. — Nërine, on dit que lu as trois enfans; faisles-moi venir.

B^RINT.

Ahl très-volontiers, mon cher maître; ma petite Georgette, votre filleule, est bien gentille; c'est vous qnilui avez appris à lire.

LE CAPITAINE

Ahl par exemple

KÉRIHE.

Comment?

l38 LE CAPITAINE KERNADEC.

LE CAPITAINE

Eh bien oui! je lui ai appris à lire; mais fais que je la voie au moins, puisque je lui ai appris de si belles choses.

KémvE , faisant entrer trois petites filles sur la scène;

Venez , mes enfans ; notre bon capitaine qui vous a vues naître , veut vous parler. Toi , Georgette , que de fois le capitaine Kernadec t'a fait répéter tes leçons I Toi , Martine , que de présens tu as reçus de lui !

LE CAPITAINE

J'étais donc bien magnifique î

NÉRINE

Et toi, mon Élise, que de soins il a pris de toi dans ta dernière maladie I II t'a veillée dix nuits ; et sans les ioins d'un si bon maître, que serions-nous devenus?

LE CAPITAINE

Je suis prêt à pleurer sur moi-même. Ah I Nérine , j'ai plus fait de choses pendant ces sept années que dans tout le reste de ma vie.

' NÉBINE.

Ah oui I mon cher maître , vous avez été d'une bonté.....

LE CAPITAINE

Oui, c'est vrai, je ne me reconnais pas moi-même. Nérine, sais-tu que j'ai bien changé depuis sept ans? J'ai beaucoup réfléchi ; je sens que je n'aime plus la vie joyeuse : il y a long-temps que je n'ai été ivre. Combien y a-t-il? '

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