‹ Essais et études [microform]Chapitre 17 sur 58 · En japonais : par M. Sakurada. (Tokio · texte numérisé non relu

En japonais : par M. Sakurada. (Tokio

En ISÎX), écrivant une préface pour le livre de M. Strauss, Les origines de la forme républicaine des États-Unis d^ Amérique (trad. de M“e Aug. Couvreur)

M de Laveleye a repris, sans y rien changer, la plupart des arguments historiques contenus dans Tétude qui précède.

Voici les paragraphes nouveaux de cette préface, intitulée Be V influence de Id religion sur les formes de gouvernement :

La plupart des écrivains qui se sont occupés de la science des institutions et du gouvernement, n’ont pas reconnu l'influence prépondérante que les idées religieuses des peuples exercent sur leur constitution politique et sur leur façon de les pratiquer. Récemment encore, dans un excellent livre sur le gouvernement de l’Angl eterre,

LE PROTESTANTISME ET LE CATHOLICISME

le comte de Franqueville soutient que le protestantisme n’a contribué en rien au développement de la liberté chez les Anglais.

Cependant, Montesquieu avait dit : « La religion catholique convient mieux à une monarchie, la protestante s’accommode mieux d’une république. »

En aucun ouvrage, cette vérité n’a été mieux démontrée, je crois, que dans la Révolution française d’Edgard Quinet, où l’auteur montre que ce prodigieux effort de la France, pour conquérir et organiser la liberté, est venu aboutir au césarisme de Napoléon, parce que les réformes politiques n’avaient point pour fondement et principe une réforme religieuse.

Aujourd’hui, nous pouvons démontrer à l’évidence ce que les bons esprits commençaient seulement à entrevoir au xviii® siècle. L’influence décisive que les formes du culte exercent sur la politique et sur l’économie politique, n’avait pas été mise en lumière ; maintenant, elle éclate au grand jour et se montre de plus en plus clairement dans tes évènements contemporains. L’action que la religion exerce sur les hommes est si profonde, qu’ils sont toujours amenés à donner à l’organisation de l’État des formes empruntées à l’organisation religieuse.

Dans le très intéressant écrit qu’on va lire, M. Oscar Strauss, ministre plénipotentiaire des États-Unis, prouve, textes en mains, la grande influence qu’ont exercée les souvenirs de l’Ancien Testament sur la revendication de la liberté par les colonies anglaises de l’Amérique du Nord et sur les formes de gouvernement qu’elles ont adoptées.

A l’époque de la révolution américaine, savoir lire était chose rare. Il ne paraissait que quelques journaux et encore à peine une fois par semaine; le nombre de leurs abonnés était très restreint. La chaire des églises en tenait lieu. Les sermons des pasteurs s’occupaient de politique non moins que de religion, et ils étaient, pour le peuple, la principale source d’instruction générale. Or, ces pasteurs, en fait d’histoire, connaissaient surtout celle du peuple juif. C’était dans la Bible qu’ils cherchaient sans cesse des inspirations et des exemples. Si les États-Unis se sont constitués en république, c’est, dit M. Strauss, principalement parce que la Communauté des Hébreux leur offrait l’image d’une fédération de petits États républicains. Ainsi que le remarque sir Henry Maine {Du gouvernement

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popiilaire, p. 158), la forme républicaine était singulièrement déconsidérée a la fin du wiii" siècle. La républi<(ue anglaise, malgré le génie de Cromwell, avait abouti à la restauration des Sluarls. La plupart des petites républiques du continent n’étaient que des oligarchies comme celle de Venise. Les Provinces-Unies des Pays-Bas déclinaient rapidement. Écoutons Franklin, à ce sujet : « Nous" avons examiné, dit-il, les différentes formes de république qui, après avoir souffert des semences de leur propre dissolution, ont cessé d’exister ; nous avons passé en revue tous les États de l’Europe moderne; nous n avons trouvé aucune constitution appropriée aux circonstances où nous nous trouvons »

Mais on avait devant les yeux la con.stitulion primitive des Hébreux. Algernon Sydney, dont les discours sur le gouvernement étaient familiers à tous les fondateurs de la Fédération américaine, avait fait un grand éloge de cette constitution : « Ce gouvernement, dit-il, se composait de trois organismes, abstraction faite des magistratures des différentes cités. Ils avaient un magistrat suprême appelé Juge, un conseil composé de soixante-dix hommes choisis et l’assemblée générale du peuple. » N’est-ce pas là le tableau des trois « organismes » de la Constitution américaine : le Président, le Sénat et la Chambre populaire ?

La première question à résoudre était de savoir si le peuple avait le droit de s insurger contre le pouvoir du roi d’Angleterre. La doctrine du droit divin et de la soumission absolue était défendue par 1 Église officielle qui invoquait certains passages de saint Paul et de 1 Évangile recommandant l’obéissance aux pouvoirs établis. Mais les Puritains combattirent cet enseignement de servitude, en invoquant les paroles d’inspiration toute démocratique des prophètes

et de Samuel. « La rébellion contre les tyrans est l’obéissance envers Dieu », disaient-ils.

Voici un extrait d’un sermon d’un prédicateur, célèbre alors, Jonathan Mayhew, parlant à Boston, en mai 1766 ; il donne l'idéê du langage qui, du haut de la chaire, allait enflammer l’esprit de résistance à l’oppression chez le peuple tout entier :

« Dieu, dans sa colère, donna à Israël un roi, parce que ses enfants n avaient pas assez de bon sens ni de vertu pour préférer une communauté libre et l’unique volonté de Dieu. Là où règne l’esprit de Dieu, règne la liberté. »

* Bigelow, Franklin, vol. III, p. 388.

LE PROTESTANTISME ET LE CATHOLICISME

Un théologien jouissant alors d’une autorité considérable, Samuel Langdon, président du Harvard's College, dans un sermon célèbre prononcé devant « le Congrès de la Baie de Massachusetts », le 31 mai 1775, s’exprimait ainsi : « Le gouvernement des Israélites, d’après leur Constitution d’origine divine, était une république parfaite. Que ceux-là qui acclament le droit divin des rois, n’oublient pas que la forme de ce gouvernement, qui avait un véritable titre à se dire d’essence divine, excluait si bien l’idée de l’existence d’un roi, qu’une demande tendant à imiter, dans cet ordre, les autres nations était considérée comme un crime chez le peuple d Israël et que, lorsque leur vœu à cet égard fut exaucé, il le fut comme un juste châtiment de leur folie. La Constitution d’Israël est un excellent

modèle à suivre. »

Dans un autre sermon, aussi prononcé devant le Congrès de Massachusetts, le pasteur Simon Howard, prenant pour texte ces paroles de l’Exode XVIII. 2 : « Tu choisiras parmi le peuple des hommes capables et craignant Dieu, » montre que les Israélites exercèrent toujours le droit d’élire les chefs de la nation.

Le fameux Paine, si connu par son enthousiasme pour la Révolution française, qu’il exprimait avec tant d éloquence à Paris, dit dans un livre On conunon Sense, qu admirait Washington . « Ou bien le Tout-Puissant a protesté contre le gouvernement monarchique, ou bien les Écritures sont fausses. »

Détail curieux qui montre à quel point les hommes de la révolution américaine s’inspiraient des souvenirs de l’Ancien Testament : le comité nommé le jour même de la déclaration de 1 indépendance, pour choisir la devise que les États-Unis mettraient à leur sceau, fit la proposition suivante : ce sceau devait représenter les Égyptiens engloutis par les eaux de la mer Rouge et Moïse guidant les Hébreux et ordonnant aux flots de se refermer sur Pharaon, avec cette devise : « Se soulevev contre les tyrans, c est obéir à Dieu. » Le comité était composé de ÉT-anklin, Adams et Jefferson !

Telles sont les preuves très instructives que M. Strauss apporte à l’appui de sa thèse, et je pense qu’on peut considérer celle-ci comme

démontrée.

Toutefois, il ne faut pas oublier que, pour se constituer en sociétés libres et se gouvernant elles-mêmes, les Américains n’avaient qu’à développer les formes du gouvernement populaire qu’ils devaient à leurs ancêtres anglo-saxons et qu’ils avaient fait revivre, avec

leurs caractères essentiellement démocratiques, dans la nouvelle patrie. L’assemblée générale du township n’est pas autre chose que l’ancien tunscip des Saxons, où tous les hommes libres réunis administraient eux-mômes les intérêts généraux, suivant la formule rap-

portée par Tacite dans sa Germania : De minoribus principes consultant, de majoribus omnes. C’est là un point que, récemment encore, le professeur Edward Freeman mettait en pleine lumière dans son écrit: Au introduction to the American Constitutional History. Les sources du gouvernement républicain aux États-Unis sont donc celles-ci : La Bible et les institutions politiques des Germains.

En terminant ces brèves remarques, je ne crois pouvoir mieux faire que de reproduire quelques paroles que M. Anatole Leroy- Beaulieu met dans la bouche d’un Israélite assistant à un banquet où on célèbre le centenaire de 1 789. Dans l’article de l’éminent écrivain français, ce n’est qu’une boutade ; mais elle met admirablement en relief une grande vérité :

« Tout 1789 était en germe dans l’hébraïsme. L’idée du droit et de la justice sociale est une idée israélite. L’avènement de la justice sur la terre a été le rêve de notre peuple. Pour retrouver la source première des droits de l’homme, il faut remonter par-delà la Réforme et la Renaissance, par-delà l’antiquité et l’Evangile, jusqu’à la Bible, à la Thora et aux prophètes. Nos nabis, les Isaïe et les Jérémie, ont été les premiers révolutionnaires Ils ont annoncé que les collines seraient nivelées et les vallées comblées. Toutes les révolutions modernes ont été un écho des voix qui retentissaient en Ephraïm. Nous étions encore confinés au ghetto, on voyait encore sur nos épaules la place de la rouelle jaune, que la chrétienté puisait dans nos Écritures les principes vivifiants de ses révolutions. De notre Bible a procédé la Réforme ; d’elle se sont inspirés les gueux des Pays-Bas, les puritains d’Angleterre et d’Amérique, s’appropriant jusqu’à la langue de nos juges et de nos prophètes. A la Bible revient le succès des révolutions de ces Anglo-Saxons qui se vantent d’avoir été vos maîtres. Leur supériorité, ils la doivent à un commerce plus intime avec Israël. Les huguenots eussent triomphé en France, et la Bible avec eux, que la révolution française eût pu éclater un siècle plus tôt et avoir une issue tout autre.

« Liberté, égalité, fraternité des hommes et des peuples, la Thora leur a donné la seule base solide : l’unité de l’espèce humaine. En enseignant que tous les hommes descendent du même Adam, de la

même Ève, la Bible les proclamait tous libres, égaux, frères. Et, comme les principes de la Révolution, ses espérances sont à nous : cette unité, cette fraternité humaine, nos prophètes lont montrée dans l’avenir non moins que dans le passé. Rs en ont fait 1 idéal d’Israël. La Révolution, ses espérances, n’a été, à son insu, que l’exécuteur testamentaire d’Isaïe. Rénovation sociale, égalité des droits, relèvement des humbles, suppression des privilèges et des barrières de classes, fraternité des races, tout ce qu’a tenté ou rêvé la Révolution, a été annoncé, il y a quelque vingt siècles, par nos voyants. Ils ont prédit une humanité nouvelle, une Sion agrandie où toutes les nations trouveraient place et se reposeraient à 1 ombre de la justice. La reconstruction de Jérusalem, le règne du fils de David déciii en leurs radieuses paraboles, c’est ce qu’a prétendu effectuer la Révolution : c’est, sous une forme mystique, la régénération et la pacification des sociétés humaines, le règne de la raison, le développement de la richesse et du bien-être, les miracles de^ l’industrie et de la science qui doivent renouveler la face de la planète. »

Je suis convaincu, pour ma part, que les évènements futurs montreront de plus en plus tout ce que l’humanité doit et devra à ce peuple d’Israël, que quelques égarés — les ingrats ! — veulent

ramener au ghetto.

TABLE DES MATIERES

de la première serie

1 . Le dictionnaire rationnel de De Potter {.Revue trimestrielle de Bru-

xelles, octobre 1861) . ! ' . '

2 . Le mouvement littéraire en France depuis 1830 (même Revue, j anvier

3. Les beaux-arts à l’exposition universelle de Paris en 1867 (Rapport

du jury belge)

4. La liberté de l’enseignement supérieur en Belgique {Revue des Deux

Mondes de Paris. 15 avril 1870)

.T . De l’avenir de la France {The FortnigUly Review de Londres, 1870,

et Revue de Belgique de Bruxelles, 15 janvier 1871)

Xii- Encore la question flamande {Revue de Belgique, 15 mars 1871) . .

7. Le régime parlementaire et l’absence des partis en Italie {Revue des

Deux Mondes^ 1®*^ mai 1871) '

8. La nouvelle politique russe {Revue des Deux Mondes, 15 novembre

y. La revanche de la France {Revue de Belgique, 15 janvier 1872). .

10*. La crise politique de 1871 en Belgique {Revue des Deux Mondes,

15 janvier 1872)

11 . Le parti clérical en Belgique {The FortnigUly Review, 1«^ novembre

12. La crise de 1873 en France {V Indépendance belge de Bruxelles,

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