‹ Essais historiques sur la ville de ValenceChapitre 29 sur 50 · VI · texte numérisé non relu

VI

Catharino set porto bien.

Ait mariado y ot lonigtien, Aub'un moussu det la campaj^o Quet ly faro feret la damo.

N'en porto lou ehzapet bourda Et l'espado à soun cousta; La noriro meux sen ren feret Que noun pas ti, mauvais carderet

11 n'y a pas , à vrai dire , beaucoup dlnventîon

dans ces couplets; la phrase poétique en est

pauvre et le sujet peu nouveau ; car rien n'est

plus vulgaire que l'infidélité en amour, et dès

long-temps la muse légère des troubadours s'est

arrogé le droit d'en accuser , trop exclusivement

peut-être , les femmes décevantes. Cependant

les idées que renferment ces vers ne manquent

pas de naïveté , et le dernier trait est empreint

du cachet de l'originalité. Un pauvre artisan veut

entreprendre un long pèlerinage pour ne plus

penser à celle qui cause la peine de son cœur ;

de retour dans ses foyers , il passera , dit-il ,

devant le seuil de celle qu'il aime ; la voisine lui

dira : « Depuis long-temps elle est mariée avec

» un monsieur de la campagne , qui lui fera

» faire la dame » , et pour rehausser l'éclat de

l'alliance , elle ajoute que l'époux porte l'épée et

le chapeau bordé.

De jeunes garçons et de petites filles parcourent la ville sur le soir, pendant les premiers jours du mois de mai, chantant leur joyeuse chanson sur le seuil des demeures. Pour prix de leurs chants sans harmonie, ils reçoivent quelques légères pièces de monnaie. Yoilà le seul et faible débris qui se soit échappé du naufrage des coutumes passées. Jadis les jeunes hommes plantaient des

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tcms ornés de fleurs et de rubans sous les fenêb^

de leurs fiancées ; leurs gais refrains annonçaient

leur bruyante joie, et souvent les jeunes filles se

mêlaient à leurs jeux et à leurs danses. Fieis

de notre civilisation, qui peut-être dédaigne

trop le passé, ne méprisons pas ces naïves et

simples coutumes de nos pères. Leurs mœurs et

leur vie sociale étaient moins polies et moiiL^

perfectionnées que les nôtres; mais elles doivcDl

vivement émouvoir nos cœurs , parce qu'elles

furent aussi le berceau de nos mœurs et de

notre vie sociale. Les nations parvenues à la

maturité de la civilisation se complaisent dans

le souvenir de leur enfance, comme Thomme

parvenu à Tâge viril aime à se rappeler les doui rêves de son jeune âge.

Les langues vulgaires de la France ont été l'objet de travaux historiques qui appartiennent plus spécialement au dix-neuvième siècle. Les étymologistes et les lexicographes en ont dévoilé les sources quelquefois , il faut Tavouer , d'une manière plus ingénieuse que solide; mais ils ont prouvé , du moins , que Ton pouvait s'affranchir des préventions romaines pour rechercher la langue des habitans de la vieille Gaule. La langue romance surtout a été le but des études les plus approfondies : sa grammaire est fixée,

SUR TAIENCK. 2l3

grammaire générale. Ce texte est la parabole de i^ enfant prodigue^ épisode des mœurs domesti- <][ues 9 simple , sans artifice de composition , qui s'exerce dans le domaine de l'existence vulgaire, et partant en harmonie avec un récit rustique. C'est ce même épisode que Ton va lire traduit en patois, tel qu'il est actuellement parlé dans l'arrondissement de Valence.

PâjaABOLE DE L^ENFANT PRODIGUE.

Selon saint Lnc , chap, XT.

Un homme avait deux fils , dont le plus jeune dit à son père : « Mon père , donnez-moi ce qui » doit me revenir de. votre bien ». Et le père leur fit le partage de son bien. Peu de jours après , le plus jeune de ces deux enfans , ayant amassé tout ce qu'il avait, s'en alla dans un pays étranger fort éloigné, où il dissipa tout son bien en excès et en débauches. Après qu'il eut tout dépensé , il survint une grande famine en ce pays-là , et il commença à tomber. en nécessité. Il s'en alla donc , et s'attacha au service d'un des habitans du pays , qui l'envoya en sa maison des champs pour y garder les pourceaux. Et là il eut été bien aise de remplir son ventre des cosses que les pourceaux mangeaient ; mais

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personne oe lui en donnait. Enfin étant rentré en lui-même , il dit : c Combien J a-t-il chez moo » père de serviteurs à gages qui ont plus <le pain

• qu'il ne leur en faut ! et moi je meurs ici de

• faim. Il faut que je parte , et que j '«aille trouver » mon père , et que je lui dise ; Mon père , j'ai » péché contre le ciel et contre vous , et je ne

• suis plus digne d'être appelé votre fils ; traitez- » moi comme l'un des serviteurs qui sont à vos

• gages ». Il partit donc et il vînt trouver son père. Lorsqu'il était encore bien loin , son père raperçut et en fut touché de compassion, et courant à lui , il se jeta à son col et le baisa. Son fils lui dit : t Mon père , j 'ai péché contre

Iç ciel et contre vous , et je ne suis pas digne d'être appelé votre fils • . Alors le père dit â ses serviteurs : < Apportez prompteipent la plus belle robe et l'en revêtez , et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers à ses pieds; amenez aussi le veau gras et le tuez : man^ geons et faisons bonne chère , parce que mon fik que voici était mort et il est ressuscité , il était perdu et il est retrouvé » . Ils commencèrent donc à faire festin. Cependant son fils aîné qui était dans les champs revint, et lorsqu'il fut près de la maison , il entendit les concerts et le bruit de ceux qui dansaient ; il

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dppela donc un des serviteurs , et lui demanda

ce que c'était. Le serviteur lui répondit : t C'est

» que votre frère est revenu , et Votre père a tué

» le yeau gras parce qu'il le revoit en santé » •

Ce qui l'ayant mis en colère , il ne voulait point

entrer ; mais son père étant sorti commençait i

Ten prier; sur- quoi prenant la parole^ il dit à

«on père : « Yoîlà déjà tant d'années que. je

I» vous sers , et }e ne vous ai jamais désobéi en

•» rien de ce que vous m'avei commandé ^ et

t cependant vous né m'avez jamais donné un

T> chevreau pour me réjouir avec mes amis ; mais

» aussitôt que votre autre iils , qui a mangé son

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