ACTE II, SCENE VI
MADAME HONORINA.
Pas mal.
LE BARON
Pas mal ? ce n'est pas assez ; il faut qu'elles aillent Lien. Au reste, j'aurois tort de m'inquiéter de vous ; quand on gouverne à son gré les démons, les esprits. . .
MADAME HONORINA.
Je conviens que ma science est, en effet, assez profonde 3 mais , pourtant, vous savez que tout a ses bornes.
L£ BARON
Que c'est bien dit ! oui , tout a ses bornes 5 même ma puissance î et voilà ce qui me fâche.
MADAME HONORINA.
Comment donc?
LE BARON
Sans doute. Si mon pouvoir s'étendoit aussi loin que je le voudrois , il feroit tomber entre mes mains certaine personne...
MADAME HONORINA.
A qui vous en voulez ?
LE BARON
Vous l'avez dit !
MADAME HONORINA.
J'en étois sûre.
200 L'HEUREUX MALGRÉ LUL
LE BARON
Ah ! si je vous tenois, M. le petit officier, qui vous avisez de vous battre avec mon. neveu, votre supérieur;... je vous ferois voir que je ne suis point si indulgent que mon frère le colonel...
MADAME HONORINA.
Qui a poussé la générosité jusqu'à ne point tirer vengeance du petit officier. Je sais cela.
LE BARON
C'est étonnant ! eli bien ! qu'on me dise encore que j'ai tort d'admirer la profonde étendue de vos connoissances ! Le croiriez-vous , madame Honorina? il ne se passe point de jours que je ne rompe pour vous quelques lances avec certains incrédules qui s'obstinent à vous refuser le talent de lire dans l'avenir. J'ai beau leur répéter que vous m'avez toujours dit ce qui m'est arrivé , cela ne les persuade pas. J'en conçois une telle liumeur! que je paierois au poids de l'or une preuve de votre savoir, qui seroit assez plausible, assez convaincante, pour confondre ces prétendus esprits forts.
MADAME HONORINA, d'un ton prophëlique.
L'occasion peut s'en présenter plus tôt que vous ne pensez.