‹ Essais littéraires de Saint-Just (volume 2)Chapitre 20 sur 309 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

mes yeux en doutent encore j mais mon cœur m'en assure... Et comment se fait-il? vous que je croyois eu France...

SOPHIE

J'essayai, pendant deux ans, d'y comLatti'e le sentiment qui m'attachoit au comte ; ne pouvant en triomplier, je lui cédai une entière victoire, et revolai vers ces lieux.

RIBALDO.

Fort bien 5 mais pourquoi ce travestissement? on en trouveroit, au reste, difficilement un meilleur^ car il déguise, à la fois, votre sexe, vos traits et jusqu'à votre voix.

SOPHIE

Le hasard seul m'en a fourni l'idée. Arrivée depuis quatre jours à Madrid, la première personne que j'y rencontre est un écuyer d'Orlandez , qui, lors de mon infortune, me donna, comme toi, les preuves du plus vif intérêt 5 j'apprends par lui qu'il doit présenter à son maître un jeune nègre pour le servir dans le voyage qu'il est au moment d'entreprendre. Désolée du prompt départ d'Orlandez, qui contrarioit mes vues, j'engage l'écuyer à me faire passer pour le nègre; il y consent, et dès le jour suivant, déguisée, comme lu le vois, je me mets en route avec la suite du comlc pour venir en ce lieu , plus favorable qu'au-

cun autre à l'exécution de mes projets j si je m'aperçois qu'il fasse naître quelque souvenir dans le cœur d'Orlaudoz, je me ferai connoître j si tout espoir m'est ravi, j'aurai pu du moins revoir encore ce séjour, lui faire uu éternel adieu, et partir sans avoir à rougir devant le comte d'une démarche que l'amour seul rend excusable.

RIBALDO.

Vous ne partirez point !

SOPHIE

Eh quoi ! tout ne prouve-t-il pas qu'Orlandez m'a entièrement bannie de sa mémoii'e? n'as-tu pas été témoin, depuis mon départ, de ses folles dissipations , de ses intrigues continuelles?

niBALDO.

Il est vrai j mais n'importe. Ces belles dames de Madrid ont bien pu quelquefois étourdir ses sens ; vous seule avez toujours occupé son cœur. Vous ne partirez point, vous dis-je.

SOPIUE.

Ah ! c'est trop flotter entre la crainte et l'espérance ! Si je m'en croyois, me découvrant à l'instant même au comte...

RIBALDO.

Oui , sans doule, il faut vous ju'ésentcr devant lui 5

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