ACTE III, SCÈNE VII
GABRIELLE
Ah, Prince! est-ce pour accroître encore mes inquiétudes par de sinistres images, que vous avez désiré ma présence ?
HENRI
Non, c'est pour vous donner un témoignage de mon amour, et un garant de ma fidélité. Gabrielle ! en me peignant , dans notre dernière entrevue , votre situation, vous m'avez tellement ému, que je n'ai pas cru devoir balancer à vous tirer de cet état pénible. Quoi ! me suis-je dit, pour prix de son amour, Gabrielle seroit condamnée à souffrir d'éternelles contraintes ! à voir sa réputation exposée aux médisances des mécbans ! à l'être elle-même au courroux de son père ! Non, ventre-saint-gris ! cela ne sera pas. Aussitôt j'ai pris une plume , tracé ces mots , et je vous les remets.
GABRIELLE, lisant.
«Je promets et m'engage, sur mon honneur, à » prendre Gabrielle d'Estrées pour légitime épouse. » Henri. » Qu'ai-je lu!
HENRI
Une preuve incontestable de la loyauté de mon amour.
GABRIELLE
En effet, Sire 1 je ne pouvois exiger, je ne devois P II. 24
pas même espérer une telle preuve de votre tendresse. Vous daignez me la donner 5 c'est à moi de m'en rendre digne. Ah , Sire! oserois-je vous le demander? Si vous persistiez dans un tel dessein, que répondriezvous à vos amis, ù vos ministres, et surtout au sévère Sully, lorsqii' instruit de votre démarche, il vous en feroit sentir les dangers ! Digne fils de tant de héroè ! vous diroit-il, est-ce au moment de mettre à fin votre noble entreprise, que vous devez vous laisser maîtriser par vos passions? Mettez plutôt le comble à votre gloire j vainqueur de vos ennemis, vous ne fûtes encore qu'un brave guerrier j sachez vous vaincre vous-même, et devenez un grand homme! Tels seraient les discours que dicteroient à Sully sa franchise et sa constante amitié. Guidée par les mêmes sentimens, je prends ici sa place : ce qu'il diroit, Sire, je le dis 5 ce qu'il feroit, je le fais.
( Elle déchire le papier. ) HENRI.
Vous oubliez î...
GABRIELLE
Mon amour, pour songer à votre gloire.
Gabrielle! je vous aimois! je vous admire !... Ah , Sully! que n'es-tu là? tu serois forcé toi-même d'ap-