ACTE I, SCÈNE III
cette infortunée ; et qu'à la faveur de son âge, elle avoit échappé à la cruauté des brigands.
MARIE
Que de recherches ne fîmes-nous point alors ? Mais elles furent toutes inutiles.
MUNSTER
Tu vois donc par ces faits, qui devroient toujours être présens à ta mémoire , qu'Ida n'étant pas notre fille , nous ne pouvons point disposer de son sort 5 d'ailleurs, sommes-nous en état de lui assurer une existence aussi heureuse qu'elle le mérite?
MARIE
Non 5 mais Frédéric est jeune, annonce du talent, et peut faire son chemin j à la vérité , Ida n'a rien ; mais j'ai de certaines espérances qui bientôt...
MUNSTER
Et sur quoi sont-elles fondées ?
MARIE
Sur l'hymen que pendant son séjour en Bavière, notre empereur vient de former avec la fille du duc ; cette charmante Sophie , que nous voyions si souvent quand nous habitions les Etats de son père ; tu sais que pour bannir de l'esprit de sa fille tout principe de hauteur, il la fit élever avec les simples enfans du paysj et que ce fut alors qu'Ida, distinguée de ses
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compagnes, devint l'amie , et la confidente de la jeune princesse.
MUNSTER
Oui 5 je me rappelle même que Soptie cliérissoit tant Ida, qn'elle pensa tomber malade de cHagrin lors- (ju'elle apprit que rappelé à Prague pour exercer mou état, j'étois obligé de quitter la Bavière , et d'emmener avec moi la pauvre Ida, qui se vit ainsi éloignée de sa protectrice.
MARIE
Et bien ! juge donc de la joie que je ressentis lorsque je sus que cette même Sopliie étoit devenue l'épouse de Vinceslas, et que ce prince, peu de temps après son hymen, se trouvant forcé de rejoindre ses armées , avoit ordonné à sa femme de quitter les Etats de son père pour venir se fixer dans le palais impérial de Prague , où elle a été reçue hier avec tous les honneurs dus à son rang.
MUNSTER
Qu'est-ce que tout cela prouve ?
MARIE
Qu'est-ce que cela prouve? Le voici. Que l'impératrice se rappelant que son ancienne amie habite cette ville, va répandre sur elle tous les bienfaits qu'on