ACTE II, SCÈNE I
ERNESTINE
Hélas ! même sort est le nôtre , Et je lis dans mon cœur tous les chagrins du vôtre.
Pour me désespérer, c'est peu que Rosalban Se montre digne en tout du bonheur qui l'attend; Il faut que ce billet, redoublant ma souffrance, Vienne encor me ravir ma dernière espérance. . . ,
ERNESTINE
Eh! qui donc vous l'écrit?
DUPONT
Mon père. Il se flattoit Qu'en obtenant l'emploi que le vôtre exigeoit, Il pourroit le sommer de tenir sa parole ; Mais il formoit en vain un espoir si frivole ; Et de son protecteur, le silence et l'oubli Prouvent assez combien son zèle est refroidi.
ERNESTINE
D'où vient ce changement?
DUPONT
Informé que mon père N'avoit point pour ses fonds la somme nécessaire , Il aura cru, dès lors, qu'il n'étoit plus besoin De prendre en sa faveur un inutile soin.
ERNESTINE
Quoi! faute de pouvoir donner, comme on l'exige, Vingt mille francs comptant, plus d'espoir!
DUPONT
Non, vous dis-je.
Tel est l'effet cruel du refus outrageant Que mon père reçoit du vôtre en cet instant. Convenez donc, enfin, qn'une action si noire
ERNESTINE
Je ne la juge point. Dupont, daignez m'en croire; Pour ne point attirer sur nous des maux plus grands. Couvrons de nos respects les torts de nos parens. Calmez donc ces transports; et, tenant vos promesses. De l'auteur de mes jours, ménagez les foiblesses.
DUPONT
Qui plus qiie moi jamais, eut des égards pour lui! J'en donne même encore une preuve aujourd'hui. Rosalljan, tout à l'heure, informoit votre père Qu'il avoit à sa suite un jeune secrétaire. Qui, d^une forte fièvre attaqué cette nuit, Avoit été contraint de rester dans son lit : « Je craignois, disoit-il, pour ma correspondance; » Mais, tranquille à présent, avec raison je pense » Qu'en un château monté comme celui-ci, » D'un pareil embarras , on est bientôt sorti .