ACTE II, SCÈNE VI
FONDOR, à part.
Il approche.
Il m'a vu.
FONDOR y de manière à être entendu de Rosalban.
Pour les frais de la fête , Cent louis ; — les voici. Pour cet artiste honnête, Dont la fortune est loin d'égaler le talent 5
Deux cents pistolesj bon, A Marcel à présent;
Son noble procédé le laisse sans ressource ; Mettons donc mille écus pour lui dans cette bourse.
(Il met la bourse dans sa poche. ) ROSALBAN j s"'approcliant de Fondor.
D'après ce qu'on m'a dit, jamais on ne pourra Mieux placer un bienfait.
FONDOR, jouant rétonnement.
Ahl Monsieur 1 vous voilà?
ROSALBAN.
Oui : j'admirois comment, en véritable sage. Vous jouissez des biens qui sont votre partage. Tantôt noble, brillant, et tantôt simple, uni. L'agréable à l'utile est par» vous réuni ; Tour à tour, en ce lieu, votre munificence Fait régner les plaisirs, les arts, la bienfaisance. Ah! du riche toujours, s'il consultoit son cœur,
iio L'AVARE FASTUEUX.
Tel seroit le devoir ou plutôt le boulieurl
Quel délice, en effet, pour un chef de famille.
De songer à fêter ou sa femme ou sa fille !
De mettre tous ses soins à répandre sur eux
Des biens qii'il n'a cherchés que pour les rendre heureux!
Qu'est-ce donc ! quand des arts la divine influence.
Au mortel fortuné, fait sentir sa puissance?
Quand, par l'impulsion d'un noble mouvement.
On le voit protéger, honorer le talent,
Lui tendre, sans orgueil, une main secourable,
Et mériter l'honneur d'obliger son semblable?
C'est alors que le riche, heureux de son trésor.
Des heureux qu'il a faits, le devient plus encor.
FONDOR.
Malgré ses soins, souvent, au pauvre il ne plaît guère.
ROSALBAN.
C'est que de ce portrait, souvent plus d'un diffère,-
Si l'on en voit de bons, il en est de mauvais :
Et vous-même. Monsieur, n'en vîtes-vous jamais?
FONDOR.
Ma foi non.
ROSALBAN.
Cependant l'espèce en est commune.
On connoît plus d'un riche, au sein de la fortune, Dont le plaisir unique, en veillant son trésor^