‹ Essais littéraires et historiquesChapitre 7 sur 36 · SYSTEME CONTINENTAL · texte numérisé non relu

SYSTEME CONTINENTAL

kjn voyageant, soit dans les provinces nouvellement incorporées à PEmpire iVançais, soit dans les pays qui sont tombés sous sa dépepdance, on peut facilement se convaincre, que les peuples ont un sentiment très-juste de leur situation. Une voix unanime de regrets pour le passée de plaintes sur le présent, d'anxiété sur l'avenir s'élève de partout. Il n'est point de paysan assez ignorant, pour ne pas connaître le véritable et unique auteur des maux qui accablent sa patrie, pour prendre le change ou pour entretenir même le moindre doute là-dessus. Il n'y a point de chaumière en Europe, quelque pauvre, quelqu' isolée qu'elle soit, où le nom de Bonaparte n'ait pénétré: mais depuis des siècles aucun homme n'avait acquis une célébrité aussi sinistre.

Dans l'ancienne France l'opinion ^ quoiqu'a^ fond la même, se manifeste avec plus de réserve et d'hésitation. D'abord la langue qu'on y parle, place les habitants plus immédiatement sous la sur-

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veillance de la police centrale ^ pour laquelle les langues étrangères sont encore un obstacle. Ensuite on y compare l'état actuel non pas avec les paisibles douceurs du dix-'huitième siècle, mais avec les tourmentes de la Révolution qui en ont eSacé le souvenir. Aux espérances si souvent trompées d'une grande réforme dans Tordre social ont succédé Tincrédulité et Tapathie à ce sujet Beaucoup de personnes, peut-éti*e de bonne foi, attribuent à Napoléon le retour du repos et de Tordre dans l'intérieur; on veut oublier que les fureurs révolutionnaires avaient cessé longtemps avant son avènement, et qu'il remplaça un gouvernement plutôt faible et vacillant qu'oppressif. , On menace les Français du retour de la terreur, si cet homme ne veillait plus sur leurs destinées. Etrange sophisme! Par une crainte chimérique on pense convertir «n bienfaits les maux les plus graves. La terreur révolutionnaire marchait à front découvert: elle provoquait la résistance et, par sa nature même, ne pouvait durer longtemps. Aujourd'hui c'est aussi la terreur, mais c'est une terreur à la sourdine qui énerve le courage en déguisant le danger. C'est le chef-d'œuvre de la politique de Napoléon, d'avoir su donner un air de stabilité à un état vraiment violent et insupportable. •

Néanmoins, en France même on n'entend guère Téloge de Bonaparte, que dams la bouche de ses serviteurs, des suppôts de sa puissance, de ceux qui jouissent par lui des plus grands avantages, et qui tremblent pour leur sûreté personnelle, s'il était

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renversé. Il n'est plus réduit^ comme au commencement de sa carrière, à acheter le silence des orateurs et des écrivains liai*dis; mais il paie encore très-cher la parole: ce concert de louanges ampoulées qu'il a soin de faire retentir d'un bout de son vaste empire à l'autre, coûte annuellement des millions à ses sujets. Le Corps législatif et le Sénat, les seuls débris de formes républicaines qu'il ait laissé subsister, sont devenus des assemblées oisives d'approbateurs. C'est le Consery^atoire impérial de la flatterie : c'est là qu'au bruit des fanfares d'une mauvaise rhétorique on annonce à la nation chaque loi onéreuse, chaque surcharge aux impôts, chaque levée d'hommes sur une population épuisée, comme autant d'institutions sublimes; chaque nouvelle guerre qui va désoler l'humanité, comme un acte de pacification universelle. Mais le peuple est sourd à ces voix fastidieuses; il dédaigne la pourpre de gloire dont on veut couvrir sa misère; il est profondément indifférent à la chose publique, et tous ceux qui n'aspirent pas aux places, se renferment dans le cercle de leurs affaires domestiques. En me proposant de développer la nature et les suites du Système Continental, j'aurais presque honte d'insister sur des vérités généralement reconnues, s'il n'existait pas des pays , où il ' est encore possible de se faii*e illusion sur ses véritables intérêts, parce qu'on n'a été que de loin spectateur des événements, et qu'on n'a pas encore fait la funeste expérience de ce système, ou en d'autres termes de la domination de Bonaparte. Sur le continent euro*"

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péen la Suède seule est aujourd'hui dans cette heureuse posîtiou. Elle a fait des pertes, mais elle a conservé son indépendance; le choix de ses reIa-> tions politiques est libre jusqu'à présent: bientôt il pourrait ne Tétre plus. Le moment est décisif pour sa liberté; sa gloire et sa prospérité future.

Je m'abstiendi'ai de juger ici le caractère de cet homme, dont les succès ont étonné le monde. Les déclamations éloquentes sont à leur place, lorsqu'il s'agit d'exciter les passions; mais dans l'examen réfléchi d'un sujet politique il ne faut rien exagérer, rien avancer vaguement; il faut s'en tenir à la simple évidence des faits. Quels que soient les motifs qui font agir Napoléon: une ambition démesm*ée, ou l'impérieuse nécessité de sa situation qui ne lui permet plus de reculer, ni même de s'arrêter; les résultats de ses actions sont toujours les mêmes. Admettons qu'il ne travaille que poui* la paix et- le bonheur du genre humain : il faudra convenir toutefois, qu'il ne s'y entend pas du tout. Depuis qu'il tient les rênes du pouvoii*, des guerres terribles se sont constamment renouvelées, et les sources de la prospérité publique sont taries dans tous les pays soumis à son influence. Puisque, malgré cela, pendant tant d'années il a toujours invariablement suivi les mêmes maximes, il serait absurde d'imaginer qu'il s'en désistera jamais.

Un coup d'œil rapide, jeté sur les événements qui ont précédé l'élévation de Bonapaile, et sur l'état de l'Europe à cette époque, suffira pour montrer qu'il s'est emparé de l'autorité suprême sous

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les aaspices les plus favorables à un règne pacifique et réparateur.

Les guerres provoquées par la première efiervescence de la Révolution, ne durèrent que peu d'années; une coalition qui embrassait la moitié de l'Europe, fut dissoute peu à peu, et à petit b^*uit« La Prusse s'en retii'a la première dès le printen^ps de l'an 1795, et pacifia le nord de l'Allemagne par sa ligne de neutralité. La Holltode conquise, reçut en même temps la forme de gouvernement et les conditions de paix que lui dicta la France^ Les rois d'Espagne, de Sardaigne, des deuï Siciles, suivirent l'exemple de la Prusse, en faisant des pais séparées; l'Espagne renouvela même son ancienne alliance avec la France. Plusieurs princes d'Aile-^ magne et d'Italie furent forcés d'acbeter cbèrement leur repos, sans trop savoir s'ils avaient été en guerre avec la France ou non. Enfin en 1797 il ne restait plus d'autres combattants que l'Angleterre et l'Autvicbe: l'Angleterre négociait, et l'Autriche finit par signer le ti'aité de Gampo-Formio. Mais bientôt le Directoire suscita gratuitement de nouvelles guerres. Il attaqua la Suisse, que Robes.pierre même avait respectée; il chassa le roi de Sardaigne des états qui lui restaient sur terre fermé, emmena le Pape captif mit la cour de JVaples en faite, et érigea toute l'Italie en républiques ; il consentit à l'expédition d'Egypte, pour laquelle Bonaparte avait convoité le trésor de Berne; il donna par là l'éveil à la Tui'quie et un nouveau motif dje guerre à l'Angleterre. Tous ces envahissements.,

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fki^ dans une seule année^ rompirent le congrèa de Rastadt; la Russie, qui jusqu'alors n'avait distribué que des espérances, entra enfin activement dans la coalition, et la campagne des Autrichiens et des Russes réunis en 1799 arracha l'Italie entière aux armes françaises, plus vite qu'elle n'avait été conquise.

Jamais depuis le commencement de la guerre la situation militaire de la France n'avait été aussi mauvaise. Les flatteurs de Bonaparte n'ont pa$ manqué d'attribuer à son retour d'Egypte le salut de la république française: sa coutume a toujours été de s'approprier des succès préparés par autrui. Les révolutions qui eurent lieu dans l'intérieur même du Directoire, avaient désorganisé les armées et causé leurs revers. tJn homme, appelé depuis à de plus hautes destinées, par son génie et son activité parvint à réformer dans le département de la guerre pendant un ministère de deux mois, le désordre, les dilapidations et les abus de toute espèce qui étaient à leur comble. Les armées furent renforcées, pourvues de tout ce qui leur manquait et, pour ainsi dire, créées de nouveau 5 c'est ainsi que le Général Bernadotte assura, comme administrateui*, les victoires qu'il savait remporter comme guerrier. Par suite de ce rétablissement de la force armée, les' Anglais furent repoussés de la Hollande, Masséna reprît en Suisse l'offensive contre les Russes^ et Moreau put tenir tête aux Auti'ichiens en Italie, avant que Bonaparte eût fait autre chose pou la république que de s'emparer du pouvoir

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L'Empereur Paul avait secouru TAutriche par générosité 9 bientôt mécontent de ses procédés, il s'en sépara; de nouveau réduite à ses propres forces déjà épuisées 9 les succès brillants de Moreau et de Bonaparte en 1800 la contraignirent à signer la pai)C d,e Lunéville au commencement de l'année suivante. L'Angleterre, après la cession de la Beli gique, ayant perdu l'espoir de conserver cette province à l'Autriche, comme le lui faisaient désirer ses intérêts maritimes; tranquillisée par la reprise de l'Egjrpte sur ses possessions orientales, consentit un an plus tard ^ la pstix la plus exU'aordinairè qu'on pût faire après une guerre pareille. Toun jours victorieuse sur mer, toujours oonquéi*anté dans les deux Indes, elle reconnut toutes les acquisitions de la France en Europe, et rendit à peu près tou^ tes les siennes dans les ti*ois autres parties du mon-^ de, sans compensation quelconque» .

Le sort des armes dans les guerres terminées par cette pacification générale avait souvent varié, mais en défitiitive le résultat était avantageux à la France a^/delà de ce que les espérances les plus exaltées de ses partisans leur auraient pu faire concevoir dix ans auparavant. Elle acquit Avignon et le comtat Yenaissin, enclavés dans son territoire; en Italie, la Savoie, Nice et Monaco; Genève, Mulhausen et Tévéché de Basle, démembrés de la Suisse; en Allemagne tous les états d'outre -Rhin de l'Empire dep^ l'Alsaoe et la Lorraine jusqu'aux frontières de la Hollande; les Pays-Bas autrichiens, avec la Flandre hollandaise et les autres posses-,

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tkms des Provinces-Unies qui s'y trouvaient enclavées: elle eut rembouchure de TEseaut^ le Rhin, le Jura et les Alpes pour frontières» Cet agrandissement immense qui augmentait presque d'un quart la population de l'ancien royaume, n-était pas le plus important des avantages remporte!?. La considération militaire de la France qui avait baissé sous les derniers règnes, était remontée aussi haut ou même plus haut qu'elle n'avait été dans les temps heureux de Louis XIY. L'Espagne était aussi attachée à la république française, qu'elle l'avait été a la monarchie. Les nouveaux gouvernements 4e la Hollande, de la Suisse, et de la république cisalpine et ligurienne, étaient entièrement dévoués à la puissance qui les avait créés, et sans le soutien de laquelle ils devaient rentrer dans le néant. Ces républiques formaient autant de boulevards autour de la république-mère. En un mot, la France avait tout ce qu'il lui fallait pour sa gloire, le complément de ses ressources, et sa sécurité à venir. Sa prépondérance sur le continent européen était telle, qu'on devait douter dès lors, s'il pouvait encore être question d'un système d'équilibre, et s'il y avait d'autre garantie contre sa domination universelle que sa propre modération.

Dix ans d' expériences réitérées avaient extrêmement découragé les anciens gouvernements de toute tentative pour réparer par la force les pertes essuyées. La guerre depuis la Révolution avait pris un caractère tout différent de celui qu'elle portait dans le siècle passé. Elle était, ce qu'on

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nfarait plus vu ea Europe depuis; rextinction des guerres religieuses, une guerre d'opinions. Mais dans les guerres que causa la Aéformation y les deux partis étaient inspirés par uu enthousiasme égal, Tun pour la défense du eulte établi, l'autre pour celle des nouvelles doctrines. -. Dans les guer^^ res de la: dévolution, au contraire, cette élasticité morale ^ue donne une foi implicite quelconque, ne se manifesta que parmi les guerriers républicains ; Candis que les troupes des anciens âouve*rains se battaient comme d'ordinaire par devoir et par point d'honneur. Ceux qui gouvernaient la France, pouvaient, au nom de la liberté, exiger des sacrifices immenses : ils disposaient entièrement des personnes et des propriétés. Les gouvernements coalisés n'avaient que leurs moyens ordinai^ res, encore deyaient-ils en user avec beaucoup de ménagement, pour ne pas augmenter la fermentation sourde qui menaçait leurs états des explosions les plus violentes. L'abolition de tous les abus, le règne de la justice, de la raison et de l'humamté, voilà ce que la Fiance se promettait d'abord à elle même, et bieiitàfiità tunivers entier. Les peuples croyaient donc pkrtàttt que l'époque était venue où ils seraient délivrés de toutes leurs charges; partout des philanthropes ,. peu versés dans l'histoire et observateurs superficiels de la nature humaine, rêvaient un nouveau :siècle d'or; partout des intrigants sous le masque philosophique préludaient au rôle de démagogues. Les gouvernements qui jusqu'alors avaient passé pour les plus^

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libres 9 furent • décriés coixim« despotiques^ unique* ment parce que le temps les avait sanctionnés. L'excellence reconnue d'une constitution , qui avait fait ses preuves historiques y ne garantissait pas un pays du vertige révolutionnaire. Non seulement la Hollande et la Suisse furent bouleversées par une faction; non seulement les Irlandais mécontents conspirèrent pour livrer leur patrie à la Finance; en Angleterre même il existait un parti qui an* nonçait hautement le projet de refondre la constitution dans le creuset de la théorie. Ce qu'il y avait de plus effrayant^ c'est qne les idées chimériques et les passions réelles produisaient partout le même délire, à quelque époque qu'on leur donnât pour la première fois un libre essor. Lorsqu'en France on était déjà revenu des premières erreurs , chaque nouvelle république débutait toujom's de même. Longtemps après qu'en France les acteurs primitifs du grand drame de la Révolution eurent disparu de la scène, en Italie et en Suisse des marionnettes démocratiques se déme» naient sur leurs, petits tréteaux, pour imiter ces rôles usés. Les o{iiinions révolutionnaires dans notre siècle semUent être pour les nations ce que sont pour les indiividus ces maladies contagieuses, dont chacun porte le germe en soi, et qu'il faut avoir eues 'uine fois dans sa vie, pour en être guéri radicalement.

Outre cette opposition populaire, que les sour. verains devaient redouter chez eux, les événements des dix dernières, années avaient décelé les vices

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inhérents slvlx coalitions et leur insuffisance pour des cii^constances aussi extraordinaires. 'Les cabinets qui soutenaient l'ancien droit des gens en Eu^ rope, avaient aussi conservé leurs vieilles habitudes. Ils mettaient la perfection de la diplomatie dans la finesse: ils auraient eu honte de ne pas avoir tou^ jours des arrière-pensées secrètes, de ne pas viser a un but ultcrieui', outre celui pour lequel on travaillait ouvertement. Le systèbac de l'équilibre appelait les états à une surveillance mutuelle : de petites ruses pratiquées pour masquer aux autres puissances des vues d'agrandissement, étaient jus^ qu'à lin certain point innocentes dans cette époque paisible qui précédait la Révolution; cela ne pouvait jamais mener fort loin. Tout avajt changé de face, et l'on ne pouvait pas encore se convaincre qu'il ne s'agissait point du plus ou du moins, mais du tout 5 qu'il ne fallait penser à quoi' que ce soit, hors le danger commun; et qu'une politique désintéressée^ franche et loyale pouvait seule sauver l'indépendance de l'Europe. Les succès d'une des puissances coalisées excitaient là jalousie des autres ; les revers qui en frappaient une en particulier, étaient vus avec indifférence ou même avec satis- &cdon par ses anciennes rivales. On se rapprochait avec méfiance, on se séparait avec aigreur.

Les anciens gouvernements du continent qui étaient restés debout malgré le double choc des armes et des doctrines françaises, avaient donc le plus grand intérêt au maintien de la paix, la plus grande aversion pour la guerre; pendant trois ans

Essaifi litt. et hist. O

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aucun d'eux ne put se résoudre à la recommencer ^ quoique Bonaparte^ comme nous allons voir, leur en fournit tous les motifs imaginables^

D'un antre côté la France avait un besoin extrême de la paix avec l'Angleterre. Ses colonies étaient en grande partie ou perdues ou dévastées, son industrie manufacturière et son commerce étaient ruinés^ en effet les actes et décrets de ses propres législateurs j avaient contribué autant que la guerre maritime. Cependant, comme la puissance navale de la France avait constamment baissé depuis la Révolution, comme la marine de la Hollande et celle de l'Espagne, depuis qu'elles étaient devenues ses alliées, n'avaient éprouvé que des revers: un long repos sur mer était le seul moyen de réparer ces pertes.

Malgré cela, la paix d'Amiens ne dura guèrQ plus qu'une année. Les négociations qui précédèrent la rupture, sont connues de tout le monde: elles rappellent l'observation d'un ancien historien, qu'il faut soigneusement distinguer les vraies causes d'une guerre de ses prétextes ou des motifs alléguésu La restitution des stériles rochers de Malte à l'ordre de Sl Jean, exigée d'un c6té, refusée de l'autre, semble en elle-même être un objet trop insignifiant pour contrebalancer les maux et les dangers d'une guerre entre deux puissances aussi formidables en différents genres. Mais on se proposait des vues ultérieures dans la possession de cette île. L'Angleterre voulait s'assurer une station dans la méditerranée, en cas que ses

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vaisseaux fussent de nouveau exclus des ports d'Italie; elle soupçonnait les projets de Bonaparte sur l'Egypte et le Levant, pour lesquels Malte était le point de départ» Nous ne déciderons pas , si l'Angleterre avait raison dans la formé, en soutenant qu'elle n'avait promis l'évacuation que conditionnellement; elle avait certainement raison dans le fond. On a remarqué que le gouvernement anglais après des guerres glorieuses &it souvent de mauvaises paix, parce que le ministère qui conclut la paix, est auti*e que celui qui avait conseillé et. conduit la guerre. La paix d'Amiens était évîdemmient du nombre des mauvaises , et l'on se h£ta de réparer l'imprudence commise. Dès lors il était facile de voir que le danger pour l'Angleterre n'était pas dans la guerre mais dans la paix; que Bonaparte ne considérait celle-ci que comme une trêve utile pour augmenter et exercer sa marine ; que si l'Angleterre le laissait faire, il exploiterait les ressources immenses de la France agrandie et de ses dépendances, par tous les ressorts du pouvoir absolu et avec cette prodigieuse activité qui lui est propre; qu'il créerait ainsi en peu d'années une force maritime capable de tenir tête à celle de l'Angleterre, et qu'alors elle se verrait menacée d'une invasion dans ses foyers.

Les projets de Bonaparte n'avaient qu'une certitude morale, mais ses actions, pendant le court intervalle de la paix, étaient plus que suffisantes pour justifier la reprise des hostilités de la part

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du gouvernement anglais. Bonaparte s'est toujours vanté d'avoir fait des paix modérées, et il faut en convenir jusqu'à un certain point: c'est un des plus habiles calculs de sa politique. Des conditions trop dures pourraient pousser un adversaire à demi terrassé à la résolution de se batti*e à toute outrance plutôt que de céder, résolution qui est le seul moyen de salut- contre un ennemi tel que lui. Mais lorsqu'un gouvernement, après de grands revers, ise trouvé replacé dans une situation comparativement supportable^ le souvenir des dangers passés, la conviction de son affaiblissement, le fait consentir à tout ce qui ne concerne pas immédiatement son existence. Ainsi Bonaparte réserve les plus riches moissons de ses guerres pour le loisir de la paix. Aussitôt les armes posées (celles de l'adversaire s'entend, car il ne pose jamais les siennes) il procède à des actes qui de façon ou d'autre étendent sa domination. II a l'air de dire à chacun des états qui se sont opposés à lui sans succès: »yous êtes trop heureux que je vous laisse »tranqui]les maintenant; prenez garde à ne pas »vous mêler des affaires d'autrui; à l'exception de »ce que je vous ai laissé par le dernier traité, >Hout le reste de l'Europe m'est échu en partage, »et la moindre objection contre ce droit incon- »testable sera reçue comme une déclaration de »guerre.(( — Les puissances du continent comprirent fort bien ce langage; pour acheter un court répit, elles suppoi'tèrent sans murmure que Bonaparte accumulât de nouveaux moyens d'agression.

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et furent écrasées successivement. Voîlà Thistoire des dix dernières années.

L'Angleterre était très- éloignée d'acquiescer à ce principe d'envahissements sans terme; elle protesta contre l'occupation du Piémont, de Parme et Plaisance, et de l'île d'Elbe; elle considérait le séjour prolongé des garnisons françaises en Hollande , un nouvel envoi de troupes en Suisse, comme des infractions faites à l'indépendance de ces républiques, garantie par le traité de Lunéville. Quant à la Hollande, la prévoyance du ministère britannique a été pleinement justifiée par les événements postérieurs. Après avoir longtemps vexé et violenté les Suisses , le Premier Consul consentit enfin à leur rendre une constitution à peu près telle qu'ils se la seraient donnée euxmêmes, si on les avait laissé faire. Mais il voulut qu'ils la tinssent de sa main, et il prit le titre de Médiateur de la Suisse, comme s'il avait prévenu une guerre civile, tandis que toute la nation était unanime contre le gouvernement helvétique, institué par le Directoire français. Le Valais fut dès lors détaché de la confédération, occupé militairement, et désigné par la route du Simplon pour être incorporé à la France , comme il l'a été depuis.

Quoi qu'il en soit de l'origine de cette seconde guerre, l'Angleterre la continue depuis près de dix ans avec des succès toujours croîvssants, mérités par une persévérance héroïque, que l'histoire saura faire valoir, en la mettant en contraste

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avec la soumission des deux tiers de TEurope. C'est là Tennemi, devant lequel l'étoile de Napoléon pâlit: c'est l'Angleterre qui foudroya ses flottes près d'Aboukir et de Trafalgar, qui arrêta le cours de ses conquêtes en Egypte ^ en Sicile, en Portugal et en Espagne.

Bonapai'te se rattacha d'abord à son ancien projet favori, celui d'une descente. Il y dépensa des sommes énormes, il s'en occupa plus de deux ans, et ne se désista de l'entreprise, que lorsqu'il se fut convaincu de son impossibilité absolue. Après t^nt de pompeuses proclamations, il aui*ait même été fort embarrassé de lever son camp de Boulogne, sans avoir rien effectué, si la gueiTe d'Autriche ne lui en eût fourni un prétexte. L'Angleterre a retii^é de ces démonstrations l'avantage d'avoir fortifié ses côtes, qu'une trop grande confiance dans ses murs flottants de bois lui faisait négliger auparavant. Une descente ne pourrait s'effectuer que sous la protection d'une flotte capable de se mesurer avec les escadres anglaises dans la Manche; et après tant d'échecs essuyés» le pavillon français a presque disparu de toutes les mers du globe: les amiraux anglais d'aujourd'hui doivent envier l'immortel Nelson qui trouvait encore des. ennemis à combatti'e. La supériorité de la marine anglaise en nombre et en manœuvres est telle, que leurs antagonistes croient avoir remporté un triomphe, lorsqu'une de leurs escadres s'est échappée d'un port et en a atteint heureusement un auti*e en se glissant le long de la côte.

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En vain Bonaparte disposait • il au commencement de la guerre des ports de la France agrandie par la Belgique, de la Hollande et de TEspagne: ea vain s'est-il emparé ensuite de ceux de l'Italie, de la Dalmatie et de plusieurs au nord de TAUemagne; en vain fait-il construire nombre de vaisseaux de guerre sur tous les anciens et les nouveaux chantiers ; en vain a-t-il établi une conscription maritime: aussi longtemps que les Anglais continuent la guerre sans interruption, qu'ils ne se lassent pas de bloquer tous les ports importants, ils n'ont rien à craindre; les marins français ne peuvent pas se former faute d'expérience, et ces immenses prépai^atifs sont comme des écoles de natation â sec.

L'armement en course ne pouvait faire un mal considérable à l'Angleterre dans les mers de l'Eui^ope que pendant les premières années de la guerre; dans les autres parties du monde les corsaires n'étaient à craindre qu'aussi longtemps que la France avait encore des colonies. Mais elle a perdu successivement toutes les siennes et celles de la Hollande, même celles qui semblaient être le plus à l'abri d'une attaque, de sorte que les conquêtes sur elle dans ce genre sont épuisées.

Bonaparte fut donc réduit à faire au commerce et à la navigation des Anglais une guerre purement négative, en excluant leurs vaisseaux et leurs marchandises des ports de la France et des pays sous son influence. Il prêchait cette mesure dès 1800, comme un moyen infaillible de forcer

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TAngleterre à demander la paix sous des condir lions qui mettraient un terme à sa prépondérance navale ] mais alors il n'était pas encore assez puissant pour ne pas reconnaître des neutres. Eln 1806 il publia enGn le fameux décret de Berlin, et depuis il n'a jamais cessé d'exécuter avec plus de rigueur et d'étendue ce qu'il appelle le sjsthme continentaL 11 a déclaré que les règlements prohibitifs qu'il jugeait à propos d'adopter pour ses propres sujets , étaient obligatoires pour tous les gouvernements du continent européen , et il ne leur laisse plus d'autre choix que de rompre tonte i^lation commerciale avec l'Angleterre , ou d'être traités comme ennemis de la France. Je montrerai l'injustice 9 l'absurdité et les suites funestes de ce système, après avoir tracé rapidement la marche des guerres, qui depuis 1805 n'ont presque plus cessé de désoler l'Europe.

Pendant plus de quatre ans après le traité de Lunéville la paix du continent ne fut point ti'oublée. On pourrait s'étonner de sa longue durée , si l'on ne réfléchissait pas à l'immense travail que Bonaparte avait à faire dans l'intérieur. Il avait su réunir sur sa tcte le double héritage de la république française et de l'ancienne monarchie , mais il ne pouvait entrer en pleine possession que peu à peu. Il fallait affermir son autorité, découvrir et punir les conspirations, amalgamer les débris de tous les partis, et par des récompenses offertes à tous les confondre dans une égale servilité. Il existait encore une opinion

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en France: il fallait , pour ainsi dire, faire virer de bord la pensée humaine, et la rejeter en arrière dans une direction tout opposée à celle qu'elle avait suivie jusqu'alors au milieu des orages; cela demandait des manœuvres compliquées. Après avoir fait la contre-^révolution des choses, il fallait faire celle des mots, et tel républicain, défenseur zélé de l'autorité la plus ai'bitraire exercée de par la liberté et l'égalité, se révoltait encore au seul nom de Roi. Bonaparte eut soin d'envelopper ce nom dans celui d'Emperem*, mais pour produire un certain prestige, il avait besoin du cortège complet de la royauté. Il y eut donc une résurrection générale de tout ce qu'on croyait avoir enterre pour toujours; les titres, les cérémonies, les costumes de cour, les décorations, les phrases surannées même, dont les rois se servaient dans leurs lettres, sortirent tout poudreux de leurs tombes, et après tant de constitutions passagères, la France reçut pour seule constitution permanente tÉtiquette impériale.

Au milieu de ces occupations domestiques, Bonaparte ne se refusait rien de ce qui pouvait être à sa convenance au dehors. Il mit les dispositions pacifiques de l'Autriche et de la Prusse aux épreuves les plus rudes. Un simple aperçu chronologique de tous les actes de violence ; que Bonaparte se permit pendant la paix, suffira pour faire connaître le véritable agresseur.

En 1802 au mois de septembre un arrêté du Premier Consul dépouille le Roi de Sardaigne

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des étais qui lui restaient encore en Italie; un sénatus-consulte ordonne la réunion définitive du Piémont i la France. Au mois d'octobre, après la mort de Tlnfant Duc, les duchés de Parme et de Plaisance sont réunis de la mi!me façon. Ou se fondait sur une cession faite seci*ètement d'avance par la cour de Madrid. Mais cette cession était nulle, puisque l'Autriche avait d^s droits éventuels sur ces duchés à l'extinction de la branche des Bourbons qui en était investie.

Par ces réunions la France dépassait les Alpes, l'une des limites naturelles qu'elle s'était proscrites solennellement à elle-même, pour tranquil* User l'Europe,

En 1803 au mois de Mai et de Juin, immédiatement après que la guerre maritime eut éclaté de nouveau, Bonaparte fait marcher un corps d'armée en Allemagne, occupe le Hanovre et le fait administrer pour sou compte. George III avait déclaré la guerre comme roi de la Grande-Bretagne, et non pas comme électeur d'Hanovre. Depuis la neuti^alité du nord, il n'avait tiré aucun corps de troupes de ses états héréditaires en Allemagne pour servir contre la France. Celle-ci dans la guerre d'Amérique n'avait jamais imaginé d'attaquer le Hanovre; le grand Frédéric ne l'aurait pas souffert. La Prusse qui avait garanti le nord de l'Allemagne pendant toute la guerre de la Révolution, était particulièrement intéressée à ne pas laisser entrer une armée française au cœur de ses états. Le ministère hanovrien réclama sa protection: elle fut refusée.

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L'invasion du Hanovre était une violation manifeste de la paix avec l'Empire germanique. L'empereur François II ^ comme chef de l'Allemagne, était donc autorisé à s'y opposer, à faire déclarer la guerre d'Empire et à repousser la force par la force, si les protestations restaient sans effet. L'Au-^ triche ne fit aucune démarche.

L'Angleterre , voyant que la neutralité de l'Empire n'était pas respectée, par une juste représaille bloqua l'Elbe et le Weser: ainsi l'Allca. magne, délaissée par les deux puissances qui seules pouvaient la protéger, devint le théâtre des hostilités par terre et par mer.

En 1804 au mois de Mars, Bonaparte fit enlever par un détachement de troupes le duc d'Enghien sur le territoire de l'électeur de Bade. Je ne m'arrcterai pas ici à cet attentat sous d'autres rapports; je l'envisage uniquement comme infiraction faite à la paix. En supposant même que le descendant de l'illustre Condé pût être un sujet de Bonaparte et coupable envers lui, celui-ci devait s'adresser au souverain, dans les états duquel le duc séjournait, et demander qu'on le livrât Si l'observation de ces formes avait donné au duc d'Enghien le temps de s'évader, le but prétend u> c'est à dire , d'écarter du voisinage de la France un homme dangereux, aurait été de même obtenu. Plusieurs gouvernements , il est vrai, étendent la garantie de sûreté personnelle qu'ils doivent aux gouvernés, au point de ne livrer jamais qui que ce soit; un étranger, une fois reru

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dans le pays, ne peut plus y être poursuivi pour des crimes qu'il a commis ailleurs. Veut- on par là favoriser des individus indignes d'une telle pro* tection? Non, certes: c'est un noble privilège accordé au sol même, comme le droit d'asyle dans les temples^ reépecté chez tant de nations, était un hommage rendu à la sainteté du lieu. Il est beau de dire à tous les hommes : Quand même le plus puissant monarque de la terre serait votre ennemi, touchez à nos frontières sacrées, et vous n'avez plus rien à craindre.

Si une force armée avait enlevé sur le territoire pacifique d'Allemagne l'individu le plus obscur et le plus criminel, c'eût été toujours un acte d'hostilité qui demandait réparation. Mais les circonstances de cette catastrophe étaient tellement atroces, que Bonaparte semblait par là déclarer hautement à toutes les nations civilisées son mépris du droit des gens et son intention de fouler aux pieds le genre humain.

Quel contraste entre cette barbare conduite de Bonaparte envers le petit-fils du gi'and Condé, et la générosité d'un général, l'émule de Napoléon dans la gloire militaire, mais présentant d'ailleurs sous tous les rapports le plus parfait contraste avec lui! Le duc d'Enghien vint secrètement à Paris pendant l'été de 1799. Bonaparte était encore en Egypte, le gouvernement républicain n'avait plus de force, et le parti des Bourbons espérait se relever. Le ministre de la guerre, le général Bernadotte, attirait alors les regards tant par l'éclat de

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sa renommée^ que par cette d'écision rapide dans les. occasioBS périlleuses, qui est . le vrai- caractère des hommes destinés à jouer unf grand rôle* Le duc d'Engbieh lui confia par un ami commun son séjour à Paris, et lui fit ofirir en même temps Tépée de Connétable, s'il voulait rétablir les Bourbons sur le trône. »Je ne puiS; servir leur cause,(( répondit le Général Bérnadotte, »mOn honneur me lie à »la volonté de la nation française; mais puisque le ^descendant d'un héros, mais puisqu'un' homme s'est »confîé à moi, il ne lui en arrivera poiilt de mal. >»Que le duc d'Enghien parte dûHc à l'instant: car M^son secret en trois jours ne pourrait plus être le »mien, et je le devrais à la patrie.» — C'est ainsi qu'un cœur vraiment magnanime trouvé toujours le moyen de concilier les devoirs en apparence les plus opposés.

Toute réclamation aurait été tardive pour sauver ce prince infortuné; la Prusse et l'A-utriche n'en firent aucune. La Suède et la Russie exhortèrent en vain la Diète à ressentir l'outrage fait à l'Empire. Cette affaire d'honneur sur laquelle il n'y avait pas à délibérer, fut faiblement mise en délibération et bientôt entièrement assoupie.

Par un sénatus-consulte du 18 Mai 1804 Bonaparte se fit proclamer Empereur: cette nouvelle dignité fut reconnue sans diflSculté par lés cours de Vienne et de Berlin.

En 1805 au mois de Mars, Bonaparte, depuis le commencement de 1802 élu président de la république cisalpine, se déclara roi d'Italie. C'en

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était donc fait, nûtt seulement de Tindépendance de cette république, garantie par le traité de Lu-* péville, et qui n'avait jamais été que nominale, mais d^ son existence même. La république cisalpine, à ce que disaient les gazettes, commit ce suicide politique, poussée par une passion irrésistible pour son bienfaiteur; il était à prévoir qu'il saurait inspirer bientôt. aux autres républiques à sa portée i(p.. amour tout aussi peu mesuré.

Comme on avait déterré la couronne de feï* des, anciens rois lombards, il aurait été natui*el et convenable de renouveler aussi le nom du royaume de Lombardie» Mais la république cisalpine avait déjà, pris le nom de république italienne: trans* formée en monarchie elle eut le titre de royaume d'Italie. Cette dénomination plus vaste que son objet semblait être choisie exprès pour annoncer aux états encore indépendants de l'Italie leur sort fu^ur.

L'Autriche différa de reconnaître Bonaparte en sa qualité de roi d'Italie, et c'est ce qui l'irrita principalement contre elle*

Au mois de Juin, Bonaparte anéantit les républiques de Gènes et de Lucques et les incorpora à l'empire français. S'il se fut emparé du Piémont, de Parme et de Plaisance, de Gènes et de Lucques au profit de la république cisalpine, son procédé n'en aurait pas été plus juste, mais il aurait au moins satisfait le vœu des patriotes italiens, qui espéraient la régénération de l'Italie de sa réunion en un seul corps. En incorporant ces

ceifTINENTAL.

éuto à la France » il décela qu'il ne reconnaissait point d'antres bornes à ce vaste empire ^ue celles de ses conquêtes, et qu'il voulait le transformer en nionaj^chie universelle.

La guerre éclata en automne 1805. D'après les donnée» précédentes il sera facile de juger s'il y avait autre chose à reprocher à TAutriché que sa trop longue pàtienci^. Il est curieux de voir a quels misérables prétextes Bonaparte a recours dans son knanifeste (c'est à dire d^n3 son. discours au sénat): pour colorer son agression. Il impute à l'Autriche des vues ambitieuses; mais il faut chercher avec un microscope les agrandissements dont il se plaint. Encore est-il forcé de convenir que l'Autriche avait fait ses acquisitions en vertu d'an-* ciens droits constitutionnels ou par des cessions. Avec une rare impudence ou une amère dérision^ il lui reproche entre autres, comme un envahisse* ment dangereux pour la Suisse ; de s'être fait céder Meinau, petite tle dans le lac de Constance qui peut avoir une lieue de tour, et dont la possession aurait pu tenter tout au plus un amateur de beaux sites, pour y établir un jardin anglais.

Au commencement de la guerre les troupes françaises stationné eà dans le Hanovre traversèrent la Hesse pour rejoindre la grande armée. L'électeur de Hesse of&it au roi de Prusse de s'opposer à leur passage, pourvu qu'il lui promit de le soutenir dans cette démarche. Le roi de Prusse, l'en découragea. Peu de jours après, ces mêmes troupes passèrent par les états prussiens en Franconie.

Le roi de Prusse^ au lieu de prendre les armes sur le cliamp, négocia , se laissa amuser par icÈ assurances d'amitié et des promesses"* fallacieuses, et n'obtint aucune satisfaction de la violation de son teri*itoire.. .

Cette guerre courte mais désastreuse pom* rAutrichc, fut terminée par la paix de Presbourg* Dans celle de Luuéville elle avait obtenu des dédommagements pour ses provinces perdues, quoiqne pas équivalents à beaucoup près. Maintenant il lai fallut céder toutes ses possessions en Souabe , le . Tirol son grand boulevard , l'état de Venise et la Dalmatie vénitienne, sans autre compensation que rarcbevéché de Salzbourg, qu'un prince de la maison d'Auti'iche possédait déjà.

Au commencement de la guerre les princes de l'Empire étaient en paix avec la France, mais ils n'étaient pas ses alliés, ni ne pouvaient l'être contre l'empereur d'Allemagne et contre leurs cOétats, autant qu'il existait une constitution germanique. Ceux du nord restèrent neutres sous la sauvegarde de la Prusse; ceux du midi attendaient les événements. L'Autriche avait fait marcher des troupes en Bavière : cette mesure indispensable pour défendre ses provinces avancées fut prise du plein consentement de l'électeur, qui demanda seulement qu'on lui ménageât une apparence de neutralité, comme la cour de Vienne l'a prouvé par sa correspondance avec celle de Munich. Ensuite la Bavière, voyant la fortune se déclarer pour les Français, se rangea sous leurs drapeaux, les élec-

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leurs de Wurtemberg et de Bade suivirent son «xemple» Alors on vît les Allemands s'entr'égorger, non pas dans une guerre civile, car ils n'avaient aucun sujet de débats, mais uniquement pour les intérêts d'une domination étrangère. On vît des princes allemands faire une guerre impie à leur Empereur, qui les avait défendus si souvent contins les invasions de la France, en épuisant les trésors et la population de ses états héréditaires. Aussi furent-ils richement récompensés: Bonaparte leur distribua les dépouilles de leur ancien bienfaiteur, et à peine roi lui-même, il nomm'a rois les élec- • tenrs de Bavière et de Wurtemberg.

Quelques grandes que fussent les pertes auxquelles l'Autriche se soumit par le traité de Prèsbourg, elles n'étaient rien en comparaison des suites ultérieures. La cour de Naples, forcée depuis longtemps de payer tribut à la France et d'en supporter les troupes sur son territoire, à la faveur de cette nouvelle coalition fît uii faible effort pour secouer le joug. Délaissée par ses alliés sur terre ferme, exposée à tout le courroux du vainqueur, elle n'eut ni les moyens ni le courage de lui tenir tête, et s'enfuit en Sicile, asyle que les secours anglais lui conservèrent. Deux frères de Bonaparte furent déclarés, l'un au mois de Mars 1806 roi de Naples, l'autre au mois de Juin roi de Hollande. La nomination de ces rois ne différait que pour la forme de l'incorporation des pays qui leur furent donnés, à l'empire fi'ançais. Par une loi de famille, publiée en même temps, Bonaparte

EsMis Iftt.ethist. 3

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s'arrogea une tatellc absolue sur ses frères et autres collatéraux. En vertu de cette loi la qualité de prince du sang de la dynastie Napoléon impliquait une minorité éternelle; le premier devoir d'un roi de nouvelle création était Tobéissance servi! e envers son maître. Cette couronne» ce cercle radieui^ dont Bonaparte semblait vouloir ceindre le front de ses frères ou de ses alliés, n'était que le dernier anneau d'une chaîne, dont il tenait l'autre bout, et qu'il pouvait resserrer à volonté; et les décla-* mations figurées des philosophes contre les rois comme esclai^es couronnés j fm*ent littéralement vérifiées.

L'Empire germanique avait encore été reconnu par la paix de Presbourg; cependant Bonaparte laissait toujours ses armées en Allemagne pour y protéger toutes les violences commises par des princes de l'Empire mcme contre leurs coétats; il encourageait les déprédations des forts contre les faibles, des satellites de sa domination contre les individus loyaux et fidèles à leur patrie. Les dépouilles des villes impériales, de l'ordre équestre, de petits princes pacifiques, en général d'états qui n'avaient ni pu ni voulu faire la guen*e à la France, servirent à cimenter la Confédération rlié" nane: on ne pouvait y cnti*er, sans avoir pris le bien de son voisin. C'est dans ce temps là qu'un libraii^e allemand, au milieu de cette prétendue paix, au sein de sa patrie, fut fusillé par ordre d'une commission militaire française, pour avoir osé imprimer que l'Allemagne était avilie : étrange manière de réfuter son assertion!

CONTINENTAL. 35

Au mois d'Âout parut enfin Pacte fondamental de la Confédération rhénane. En mettant de côté les règlements constitutionnels, qui ne furent jamais exécutes , ce n'était au fond autre chose qu'un pacte mutuel, par lequel Bonaparte garantissait aux princes les usurpations faites sous ses auspices; ceux-ci en revanche lui livraient la propriété et la vie de leurs sujets, en promettant de l'aider à faire toutes les guerres d'agression qu'il pourrait encore méditer.

Les membres de la confédération annuUèrent de leur propre chef leurs obligations envers l'Empire, en vertu desquelles ils tenaient leurs fiefs. L'Empereur d'Autriche vint au devant de cette démarche en résignant pour sa personne la dignité de chef électif de l'Empire, et tous les droits qui y étaient attachés; Le traité de Presbourg reconnaissait ces droits, mais pour les maintenir il aurait fallu entreprendre une nouvelle guerre. La Prusse depuis 1795 avait séparé sa cause d'avec celle de l'Empire germanique ; elle avait donné l'exemple dangereux des paix particulières. Les princes ecclésiastiques, les seuls qui fussent sincèrement attachés à la cause germanique, avaient cessé d'exister par les sécularisations; chez la plupart des autres princes les sacrifices de l'Autriche pour l'Empire pendant la longue guerre de la Révolution , n'avaient rencontré qu'ingratitude ou froideur. Le monarque autrichien déposa donc volontairement cette antique couronne, de l'aveu de l'Europe entière la pre-

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mière en dignité, et qui depuis cinq siècles avait illustré la maison d'Habsbourg. On se rappelle avec attendrissement que Téquité et la sollicitude paternelle pour les opprimes signalèrent les derniers actes de l'autorité impériale. Il était facile de blâmer la débilité de la constitution germanique y pendant qu'elle existait encore y mais il a fallu une triste expérience pour faire connattre toute l'étendue des maux que sa chute devait enti'aîner pour rAUemagne et l'Europe.

Le danger devenait de plus en plus imminent poui» la Prusse. Son roi respectable avait été longtemps entouré de funestes illusions: elles furent enfin dissipées, maïs trop tard. On ne cessait de vanter ses dispositions pacifiques comme le comble de la sagesse politique, on lui persuadait qu'en persistant dans sa neutralité, il tiendrait à la fin la balance de l'équilibre européen; et Bonaparte était un des flatteurs les plus empressés de ce monarque qu'il appelait son allié naturel. La Prusse était intacte: les sécularisations l'avaient amplement dédommagée de la perte de ses provinces d'outre-Rhin. En y ajoutant sa part au dernier partage de la Pologne, on verra qu'elle était plus forte en population et en moyens de toute espèce qu'elle ne l'avait jamais été du temps de Frédéric IL Mais celui-ci aurait prévenu, au lieu d'attendre 5 il n'aurait pas cru que les affaires du midi de l'Allemagne lui fussent étrangères, il n'aurait pas laissé refouler l'Autriche dans ses états héréditaires derrière l'Inn, et d'un commun accord avec elle il aurait recon-

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struit une digue assez forte pour arrêter les débordements de Tambition.

Ce qui fut sur-tout funeste à la Prusse, c'était la confiance dans $es anciens succès. Depuis onze ans ses institutions civiles et militaires n'avaient pas été mises à l'épreuve 5 elle ne s'appercevaît pa3 de leur insuffisance après tant de changements opérés en Europe. En général, voilà le danger dont les neutres sont menacés: l'inactivité pendant ces grandes luttes qui mettent en jeu tous les ressorts de la nature humaine, diminue l'énergie des gouvernements et des nations. On dit que les neutres doivent rester les plus forts, parce que les combattants s'affaiblissent mutuellement. C'est un (aux raisonnement: la force des états se compose beaucoup moins des masses, que du mouvement qu'on sait leur imprimer par le patriotisme et le point d'honneur militaire.

Le ministère prussien ne prouva que trop, combien il était éloigné de tout projet hostile, en se prêtant aux propositions les plus insidieuses du cabinet de St. Cloud. En mettant de côté la violation de son territoire, la Prusse consentit à céder des provinces qu'elle possédait de bon droit, et à recevoir en échange l'électorat de Hanovre, qu'en effet des troupes françaises avaient occupé, mais sur lequel le roi d'Angleterre n'avait nullement abdiqué ses droits. Pour comble de duplicité Bonaparte négociait- sa paix avec le gouvernement britannique en offrant de rendre le Hanovre pendant qu'il invitait la Prusse à en prendre pos-

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Session* Ainsi au moment où il allait fondre sm* elle^ il eut soin de la compromettre avec l'Angleterre. Pour la tranquilliser sur la confédération du Rhin y il lui proposa de forsner une Ligue du Nord, avec les états allemands qui n'étaient pas encore compris dans la première. Mais lorsque le roi de Prusse voulut effectuer cette ligue, Bo>naparte en excepta les villes anséatiques; il ajouta que sa tendresse pour Tindépendance des peuples lui imposait le devoir de protéger tous ceux qui refuseraient de se confédérer. En attendant , les armées françaises restaient toujours en Allemagne et se rapprochaient des frontières prussiennes; les armements indjspens2(il>les à la Prusse poui* ne pas se livrer sans défense, furent considérés comme des hostilités: la guerre éclata donc.

L'électeur de Hesse, craignant que son pays n'en devint le théâtre, demanda aux puissances belligérantes de pouvoir rester neutre. Sa proposition fut accueillie avec empressement dans le quartier général français, avec froideur dans celui du roi de Prusse. Quinze jours après avoir re-» connu la neutralité de l'électeur, Bonaparte victorieux, n'ayant plus de motif de le craindre, le dépouilla de tous ses états , en aggravant cet arrêt foudroyant par les imputations les plus odieuses. Leçon mémorable pour les neutres! L'électeur de Saxe qui, d'abord allié volontaire de la Prusse, tourna ensuite ses armes contre elle, sans qu'elle eût aucun autre tort que son malheur, fut récompensé par le titre de roi et le duché de Varsovie.

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La neatralité est un attentat aux yeux de Bonaparte, parce que c'est uil acte d'indépendance; la défection au contraire méi*ite d*être encouragée: d'ailleurs une démarche qui nuit à la considération d'un souverain 9 est toujours l'initiative d'une liaison intime avec cet homme, pour lequel l'estime est une gène.

Nous ne faisons pas ici l'histoire des guerres de Napoléon, nous esquissons plutôt celle de ses paix. Il suflSra donc de rappeler les suites immédiates de la paix de Tilsit La fondation du nouveau royaume de Westphalie pour la dynastie Napoléon; l'accession de la plupart des princes du nord de l'Allemagne à la confédération rhénane; le duché de Varsovie, noyau du rétablissement futiur de la Pologne entière, épouvantail toujours mobile entre les mains de son inventeur, et qu'il pourrait tourner à volonté contre la Russie ou l'Autriche; le rétablissement de la république de Dantzick, dont l'indépendance fut garantie, mais dont la sujétion permanente était à prévoir, puisqnVUe fournissait à la France un port sur la Baltique et une grande place d'armes; enfin des routes militaires réservées aux armées françaises à travers ' les états prussiens, de sorte que désormais aucune ban*ière jusqu'aux frontières russes n'arrêtait plus leur marche: voilà les conditions auxquelles le cabine^ de St. Petersbourg souscrivit dans une heure fatale!

Ce traité fut conclu au milieu de Tété 1807: avant la fin de cette année Bonaparte avait envahi

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deux royaumes, celui de Portugal et d'Etrurie^ i) avait si bien enveloppé de ses filets une ti*oisièiiiç grande monarcliie, TEspagne, qu'il se croyait déjà, sûr de sa capture.

L'occupation du Portugal, royaume tributaire de la France depuis sa paix faite en 1801, avait pour prétexte Tadmission des vaisseaux anglais dans ses ports. Tandis que le gouvernement français tachait de rassurer le Prince Régent, et de lui faire accroire que les troupes, entrées dans son royaume, ne devaient que garder les optes ^ qu'il serait toujours respecté cop^ime souverain de Portugal , pourvu qu'il commît des hostilités contre l'Angleterre: le gouvernement britannique éclaira la cour de Lisbonne sur ses véritables intérêts, et l'engagea à s'embarquer pour le Brésil. Bona-* parte déclara, selon la phrase consacrée, 4jue. la maison de Bragance av^ait cessé de régner; mais il en avint tout autrement. Elle aurait en effet cessé de régner, si elle était restée: elle serait condamnée à traiuer une existence captive à la discrétion de l'usurpateur. Son honorable fuite vers un auti*e hémisphère prouva que les partis ex* trémes sont les plus pi*udents à prendi*e avec un tel ennemi. Le jour où le prince du Brésil fit voile de Lisbonne, fut l'ère d'une nouvelle splendeur pour cette monarchie anciennement gloiûeuse et conquérante, mais tombée en décadence depuis deux siècles. Le Brésil est vivifié par la résidence de la cour, par les richesses et les nouveaux habitants, qui y ont afflué j le Portugal a été recon-

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qui's pour sou légitime souverain par ces Anglais qu'on accuse d'abandonner leui's alliés; et les troupes portugaises aguerries et animées d'un entliousiasme nouveau, aident à délivrer TElspaigney et pourront bientôt paraître sur les frontières de la France.

L'Espagne depuis onze ans , à son grand détriment f était l'alliée la plus fidèle et la plus dévouée de la France. Le gouvernement français disposait à son gré des armées, des flottes et des trésors de cette monarchie. La cour de Madrid poussa la complaisance jusqu'à permettre aux troupes destinées pour le Poi*tugal le .passage sur soii territoire» Ce fut là le signal de sa perte. Tout le monde sait par quelles machinations la famille royale Ait d'abord divisée entre elle, ensuite attirée à Bayoune, et comment on extorqua l'abdication de Ferdinand YII, en ne lui laissant point d^autre choix que de signer ou de mourir. . Dans cet exemple les alliés de Bonaparte devaient voir l'image du sort qu'il leur préparait, et dont le plus grand zèle pour le servir, le dévouement le plus absolu à ses volontés ne saurait les garantir. Mais cet allié exterminateur se fiait à leur illusions, à leur pusillanimité, et sur-tout à leur situation pré*caire, puisque non seulement les rois de nouvelle création, mais .aussi les anciens princes confédérés n'avaient plqs d'auti'C appui que lui, leurs véritables droits s'étant perdus dans leurs titres usurpés. Après les procédés de Bonaparte en Espagne, personne ne pouvait plus se flatter qu'il se

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bornerait tn^me anx envahissements utiles aux intérêts de sa domination; il se monti*a déterminé à sacrifier les souverains et les peuples aux caprices de sa vanité. Depuis longtemps TEspagne était un royaume à son usage; le gouvernement ne faisait qu'en exploiter les ressources pour son compte: toute cette possession aussi commode que profitable 5 il la risqua pour la gloriole de sa dynastie , pour placer un Bonaparte sur ce trône, occupé après les illustres descendants des Gotbs par les maisons de Habsbourg et de Bourbon. En admettant qa^il était facile de se méprendre sur le caractère des Espagnols, il faudra toufours convenir que cette entreprise était mal calculée sous tous les rapports. On ne devait pas compter sut un assentiment général de la nation à un changement opéré par une violence à peine voilée; outre les mend>res de la famille royale, prisonniers en France, il existait plusieurs prétendants au trâne d'Espagne: pour y affermir un roi intrus, il fallait

donc entretenir constamment une armée française

dans cette péninsule, où lès Anglais pouvaient de tous les côtés porter des secours aux mécontents. D'ailleurs il était clair que les colonies s'émanciperaient à cette occasion, et que Tor des mines du Potosi et du Mexique cesserait de refluer dans la métropole, et par là ^n France.

Mais ce qu'il y a de plus curieux dans cette transaction de Bayonne, c'eit que Bonaparte y manifesta ses véritables opinions sui* les droits des peuples, dont cet empereur républicain s'était si

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souTent déclaré le protecteur. Il traita la nation espagnole comme un troupeau de bétes, que son propriétaire , peut vendre à qui bon lui semble, pour une rente Tiagère. Quand bien même la cession de Ferdinand VU en faveur de la dynastie Napoléon eût été volontaire , elle n'aurait eu aucune validité sans le consentement de la nation. Il eu est tout autrement des propriétés particulières et des prérogatives politiques. La souvei*aineté héréditaire est un droit purement personnel , et par conséquent elle n'est transmissible que dans Tordre établi de succession. Si cet ordre est rompu par l'extinction ou l'exclusion d'une famille régnante, la nation dispose du trône vacant. Certes, Bonaparte est bien intéressé à reconnaître ce droit éventuel d'élection: car en vertu de que) autre titre que d'un simulacre d'élection populaire prétend-il être souverain de France?

Il j a près de cinq ans que les premiers paysans insurgés forent massacrés à Madrid: pendant ces cinq ans l'Espagne a été le tombeau des troupes françaises et alliées, elle à été le gouffre des trésors ^de Napoléon, et son asservissement est moins avancé aujourd'hui que jamais. Cette belle contrée, si favorisée par la nature, a été dévastée au point de présenter dans beaucoup d'endroits l'aspect d'un désert; la fleur de la jeunesse espagnole a été moissonnée, ou languit dans une dure captivité^ et tout cela, pour que Joseph Bonaparte, qui était déjà en possession tranquille du trône de Naples , vînt (sans doute bien malgré lui)

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remplacer Ferdinand VII sur le Irônff d'Espagne! Peut-ou douter que ce jeune prince, dont les facultes étaient engourdies par une éducation étroite, si on Pavait laissé régner, se serait mis implicitement sous la tutelle de son puissant allié, et (jue celui-ci, en le guidant par ses conseils, eût pu réformer les abus de ce gouvernement, rendre à la nation espagnole son ancienne prospénté, et s'en faire adorer?

Apres ce résumé général des événements de-' puis la paix de Presbourg, il n'y a rien de particulier à ajouter sur les causes de la dèiuiière guerre d'Auti*icbe en 1809. Je ne voudrais pas précisément renvoyer au manifeste autricbien ceux de mes lecteurs qui ne sei*aient pas encore convaincus de la justice et de la nécessité de cette guerre. Entre autres inconvénients qu'entraînaient les paix par lesquelles on reconnaissait la légitimité des nouvelles autorités françaises, on s'était mis presque dans l'impossibilité de faire de bous manifestes. Les plumes aussi bien que les épées étaient énioussées par le souvenir d'une soumission trop facile aux circonstances. Ce qui n'était pas sans exemple, n'était pas sans probabilité: et la crainte secrète, qu'on pourrait être forcé d'y revenir, imposait des ménagements et des réticences. Il n'y avait qu'un seul bon manifeste à faire, c'était de jeter le gant pour un combat à outrance, de dire: »Nous avons »dans les paix précédentes transigé avec nos inté- »réts les plus pressants et nos devoirs les plus sa- »crés: cet honune dont nous avons, conti*e notre

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^conviction, reconnu tous les droits usurpés, à qui »nous avons permis de s'asseoir parmi nous, sou- )>verains légitimes, cet homme n'a ni foi, ni loi: ^nous en attestons l'univers. Quoique beaucoup »moins puissants que lui, nous armons de nouveau, >>parce qu'il ne nous laisse point d'autre clioix que >>d'attendre qu'il vienne nous exterminer, ou de le ^prévenir.» — Il est aisé de remarquer que depuis la Révolution chaque nouvelle guerre conti*e la France fut commencée avec des désavantages infiniment plus grands que la précédente; et à mesure que le danger s'accroissait, l'espérance des secours était diminuée. Bonaparte a eu soin de compromettre de plus en plus les puissances les unes avec les autres. La Prusse était restée spectatrice indifférente des revers de l'Autriche en 1805 5 Tannée suivante l'Autriche le fut à son tour de ceux de la Prusse. Les petites portions de la Po« logne prussienne que la Russie reçut par le traité de Tilsit, pouvaient être considérées comme un dédommagement des frais de la guerre. En 1809 la Russie, vivement pressée par la France de prendre une part active à la guerre, ne fit qu'une démonstration, mais à la paix elle accepta une partie considérable de la Gallicie. Aujourd'hui et la Prusse et l'Autriche fournissent des contingents contre elle, et en contribuant efficacement à Taccâbler, se pi*éparent, en cas de réussite, Dieu sait quel avenir*

Tout ce que nous venons de dire sur les suites funestes de la neutralité, des paix prématurées.

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des coopérations plus ou moins directes avec la France, n'a nullement pour but de blâmer les anciens gouvernements, auxquels nous portons le plus grand respect. Leur situation depuis la Révolution et surtout depuis Tavénement de Bonaparte, a été en effet toute nouvelle et infiniment embarrassante. Le premier ébranlement de grands revers inattendus précipitait la conclusion de la paix; pour la conserver, il fallait complaire en tout à Bonaparte: l'avoir pour ennemi était nn danger imminent; son amitié est infailliblement pernicieuse, mais elle ne l'est qu'à la longue, et il ne négligeait rien pour fasciner les yeux de ceux qu'il caressait en méditant leur perte. Il est à souhaiter que les puissances continentales s'accordent mutuellement une amnistie plénière pour tout ce qui s'est passé sous cette maligne influence, aussitôt que Tune d'elles donne des preuves qu'elle veut fortement sa propre indépendance garantie par l'afiranchissement de l'Europe.

Le gouvernement autrichien en 1809, après avoir fait un appel solennel au patriotisme de ses peuples, ne montra point de persévérance. Il se priva par là de la faculté d'avoir recours de nouveau aux moyens extraordinaires, et ce l'cfroidîssèment de l'opinion était un mal bien plus essentiel que la perte de quelques provinces. L'Autriche perdit par la paix de Schœnbrunn la frontière de rinn, Salzbourg, une portion de la Gallicie, le Littoral, des morceaux de la Garinthic, de la Carniole et de la Croatie; toutefois ces dernières pro-

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vinces seules, sous le nom des Provinces Ulyrîennes, furent cédées îmmédiàtement à TEmpire français; le reste était pour ses alliés. Mais qu'importait un district de plus on de moins, lorsque les proportions étaient déjà si prodigieusement altérées eiUre les deux empires? Pendant la guerre même Napoléon incorpora à la France TEtat ecclésiastique, en dépouillant l'église qu'il affectait de reconnaître, et le vénérable vieillard qui avait ci*n remplir une mission de paix en posant la couronne sur sa tête. Bientôt après il déposa son .frère, le roi de Hollande, pour n'avoir pas été assez bon douanier dans le système prohibitif qui réduisait ses sujets à la mendicilé. La nation hollandaise, jadis le modèle des vertus républicaines, conquérante dans les deux Indes, rivale de rÂngleterre> était tellement déchue, qu'on osa lui dire à la face de l'Europe, qu'habitant un terrain qui n'était qu'une alluvion des Aeuves français ou devenus français, elle devait de bon droit être incorporée à la France. C'est, je crois, la première fois qu'on ait employé les hypothèses de la géologie comme des arguments en politique.

Ensuite furent réunies les villes anséatiques, ces républiques toujours pacifiques, depuis longtemps pressurées par la France qui leur avait vendu cher une protection momentanée; les côtes de l'Allemagne depuis l'embouchure de l'Ems jusqu'à celle de la Trave; et une grande étendue de territoire dans l'intérieur, composée en partie des états hanovriens du roi d'Angleterre, en partie de

ceux d'autres princes, contre lesquels la France n'avait jamais eu le moindre sujet de plainte. Deux préfectures furent enlevées au royaume de Westphalie, sans que le frère de Napoléon en eût été prévenu autrement que par le décret inséré dans le JVIoniteur.

Voilà donc ce monstrueux système fédéral, où tout s'achemine rapidement vers la monarchie universelle. Tout autre arrangement n'est que provisoire, le terme final est toujours la réunion an grand empû^e. La même politique que Bonaparte exerçait dès 1797 en Italie^ faisant et défaisant des républiques éphémères, il l'exerce aujourd'hui sur une plus grande échelle, et avec des formes despotiques. Les nations régies sous l'influence française, peuvent apprendre ce qu'elles valent aux yeux du maître de leurs maîtres, en méditant ces paroles que Bonaparte dit à son jeune neveu . en l'investissant du grand-duché de Berg: ^Souvenez- »vous toujours que vos premiers devoirs sont en-- »vers moiy les seconds envers la France, les troî- ^sièmes envers le peuple confié à votre gouver- »nement.(( Les exemples de la famille des Bourbons déti'ônée en Espagne, et de Louis Bonaparte destitué en Hollande, enseignent aux pnnces confédérés, qu'on a beau êU'e allié dévoué, qu'on a beau appartenir par les liens du sang à la nou-> velle dynastie, que rien ne peut préserver de la destinée commune. Les plus favorisés peuvent tout au plus espérer de la part de Napoléon la politesse de Polyphème. Ulysse ayant offert à celui-ci

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un vase rempli d'un vin précieux: »Mon ami,(( lui dit le cyclope reconnaissant , »je te mangerai le i^dernier parmi tes compagnons. a

Après la dernière défaite de l'Autriche, après le changement opéré dans le système politique de celte puissance par le mariage formé entre une princesse autrichienne et Napoléon, toute espérance avait disparu pour le continent européen de pouvoir secouer le joug, aussi longtemps que la Russie resterait d'accord avec la France. Heureusement pour le monde, Bonaparte, aveuglé par sou orgueil, fit un grand mécompte en rompant une paix qui lui était si utile, et en s'attaquant à cette monarchie, dont la force armée ne l'avait combattu que comme auxiliaire et loin de ses frontières.

Trois fois la Russie était intervenue dans les coalitions contre la France, et toujours d'une manière désintéressée et généreuse. Paul I avait été désarmé par les flatteries du Premier Consul ; il fallait une hypocrisie plus profonde pour captiver Alexandre, ce souverain aussi humaiu que magnanime, que dès 1805 l'Allemagne accueillait comme son futur libérateur. Napoléon parvint à lui persuader que l'opiniâtreté des Anglais à maintenir leur prépondérance maritime était la cause unique de tous les maux du monde civilisé ; que la France, ayant perdu ses colonies, sa navigation, et la plus gvande partie de son commerce, avait été poussée malgré elle aux agrandissements^ qu'il fallait conquérir la liberté des mers sur l'Angleterre, en excluant sévèrement ses vaisseaux et ses marchandises Emau utt. et hut. 4

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des porls de l'Europe ; qu'alors ce qu'il pouvait y avoir d'onéreux dans le système continental, cesserait de soi-même^ et que toutes les occupations industrielles prendraient un nouvel essor^ tandis que la paix générale serait garantie par l'union des deux puissances prépondérantes.

Depuis nombre d'années les déclamateors aux gages de Bonaparte avaient annoncé comme résultat prochain des mesures prohibitives contre l'Angleterre la stagnation de son conmierce, la ruine de ses manufactures, la misère du peuple, la banqueroute publique, l'insurrection et le renversement de l'état. Rien de tout cela ne s'était vérifié: Bonaparte avait lui-même un peu amorti les espérances exagérées, en renvoyant cette catastro**phe à trente ans de distance* Quelque bien qu'on crût avoir gardé les côtes par une nuée de doua« niers, on découvrit qu'une grande quantité de marchandises anglaises s'était glissée sur le continent, et dans la France même. On fit partout des visites domiciliaires, on confisqua les denrées coloniales, et on brûla les produits des manufactures. Tandis qu'on célébrait avec une pompe ridicule ces auto^da^Je commerciaux, Bonaparte, pour couvrir le déficit de ses finances , causé par l'inactivité des douanes, entr'ouvrit lui-même ses ports en donnant des licences aux vaisseaux anglais, c'est à dire, qu'il s'empara de la contrebande comme d'un monopole impérial. La Russie aurait donc eu droit de se plaindre de ce que la France rompait la première ses engagements; elle

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aurait eu tnille autres griefs à articuler. Elle n'en fit rien, elle se contenta de rétablir sous payillon neutre une faible partie de ses anciennes relations commercial eS; après avoir pendant plusieurs années continué le sacrifice éaorme et infructueux de son commerce extérieur. Du reste elle attendait dans une attitude calme et imposante l'agression la plus e£Erontément injuste.

Bonaparte n'a point publié de manifeste sur cette guerre, il se fie .trop à son bonheur, pour en appeler encore à la justice. Cependant , de son propre aveu, son unique motif est l'admission des vaisseaux anglais et des marchandises anglaises dans les ports de la Russie. Cette lutte terrible entre les Russes seuls d'un côté, et de l'autre une cohue de nations, comme on n'en a pas vu de-* puis des siècles réunie sous les mêmes drapeaux: des Allemands et des Italiens de toutes les déno-» minations; des Hollandais et des Croates, devenus sujets français; des Suisses; des Portugais et des Espagnols, arrachés à leur patrie; cette guerre dévastatrice qui enti*aîne la jeunesse de l'Europe occidentale vers les confins de l'Asie; cette ligue sainte — - la postérité le croira-t-elle ? — s'annonce au monde comme une croisade contre le sucre et le café, contre les percales et les mousselines. Peut-on se moquer ainsi du genre humain? Et jusques à quand les peuples les plus éclairés se sacrifieront-ils patiemment, pour charmer les ennuis, flatter la vanité, assouvir la soif de domination d'un seul homme?

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Mais peut -être objectera-t-on à tout ce que nous venons de développer^ que si la politique de la France est oppressive, celle de l'Angleterre ne Test pas moins, et que son despotisme maritime est tout aussi contraire au bien-être des autres nations que Tesprit de conquêtes qui anime le gouvernement français. Les assertions les plus dénuées de fondement, sans cesse répétées, avec assurance, inculquées avec emphase, finissent par faire impression sur les esprits irréfléchis, dont l'inertie se repose dans les idées vagues. Nous allons donc examiner ce que signifie ce cri banal de la liberté des mers ^ nous prouverons qu'il ne présente aucun sens précis; et que, s'il est possible de tyranniser l'océan, ce n'est pas l'Angleterre, c^est plutôt la France qui essaye de le faire, autant que le lui permet son impuissance maritime.

L'Angleterre possède aujourd'hui les plus gi'andes forces navales dont on ait jamais vu l'exemple, de sorte que celles de tous les autres états mises ensemble ne balanceraient pas les siennes. Si c'est là un mal, c'est un de ceux que les dernières vingt années ont attiré à l'Europe; car dans la guerre d'Amérique les marines réunies de la France, de l'Espagne et de la Hollande donnèrent assez à faire à l'Angleterre, et elle respecta la neutralité armée des trois puissances maritimes du Nord^ quoiqu' elle fût extrêmement contraire à ses inté* rets. L'équilibre ne saurait être rétabli que par une longue paix, pendant laquelle l'Angleterre

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désarmerait^ tandis que la navigation marchande formerait les marins des autres nations.

Supposons une paix universelle sur mer. Personne^ je pense, n'a jamais accusé les Anglais d'entraver ou de vexer en temps de paix le moins du inonde la navigation de qui que ce soit. Personne aussi ne leur a reproché de ne pas observer envers leurs ennemis les lois de la guerre, sanctionnées parmi les nations civilisées. C'est donc seulement sur leur conduite envers les neutres que roule toute la question.

Pour juger à fond cette matière, il ne faut pas perdre de vue la nature de la guerre maritime. Elle se fait principalement pour les intérêts du commerce; elle deviendrait tout à fait illusoire, s'il n'était par permis d'attaquer par tous les moyens la navigation commerciale de l'ennemi. C'est ce qui a autorisé l'usage de s'emparer de toutes les propriétés particulières des sujets ennemis, exposées sur mei*, ou même de les détruire, ce qui dans les guerres sur terre ferme est réprouvé comme une barbarie.

De deux puissances belligérantes sur mer la plus faible sera toujours naturellement portée à favoriser les neutres, qui peuvent lui rendre les services les plus importants. Ses vaisseaux marchands sont^ils confinés dans ses ports, faute d'escadres assez nombreuses pour les protéger? Les neutres deviennent ses commissionnaires: ils font •le transport de$ marchandises entre la mère patiûe et ses colonies; si on le leur demande, entre les

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deux pays ennemis même; et les sujets de la puis« sance qui a recours à eux, ne perdent par cet expédient que les profits du fret, en conservant ceux du commerce.

Ce serait donc un excellent métier que celui de neutre dans une guerre maritime, si les puissances belligérantes étaient les dupes de ces prétendus droits de neutralité, au point de n'y mettre aucune restiûction. Leurs flottes se morfondraient dans des croisières infructueuses, tout au plus elles livreraient quelque combat à l'ennemi pour l'hon-. neur de leur pavillon: mais tous les profits de la guerre seraient poui* des états qui n'en auraient pas voulu partager les risques.

Il est inutile, pour éclaii*cir cette matière, de remonter aux principes du droit naturel, dont les décisions sont souvent vagues sans le concours du droit positif fondé. sur des ti'aités, et surtout insuffisantes pour des relations aussi compliquées que celles du commerce entre les nations civilisées. Les droits de la neutralité ne pourront donc être limités que par le conflit entre Iles désavantages des ménagements réciproques et ceux d'une rupture. Pour les puissances belligérantes il s'agira de savoir s'ils doivent préférer la guerre déguisée que leur font les neutres, à une guerre ouverte; pour les états neutres, s'il vaut mieux soumettre leur navigation à quelque gêne, ou l'exposer tout entière. On accorde généralement aux belligérants maritimes le droit d'empêcher l'importation de cou» U^ebande de guerre chez Tenuemî, et celui de

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bloquer un on plusieurs de ses ports^ ce qui en cas de ' contravention implique la confiscation des bâtiments neutres. Il ne s'est élevé de dispute que sur le droit d'enlever des propriétés ennemies sur les vaisseaux neuti*es et par conséquent de les visiter^ et sur le blocus des côtes.

Pendant la guerre d'Amérique la Neutralité Armée proclama le principe »que le pavillon cou- »vre la marchandise. « L'Angleterre ne reconnaîtra jamais ce principe^ et elle a raison de ne pas le faire. Cette prétention^ poussée à la rigueur, non seulement mettrait les puissances belligérantes à la discrétion des gouvernements neutres pour ce qui regai^de la contrebande de .guerre , mais elle pourrait servir à conduire dans des vaisseaux de transport neutres des troupes de débarquement en pleine sécurité jusque sur les côtes ennemies.

Le blocus d'une côte ne diffère en rien de celui d'un port que par l'étendue de la mesure. Si on a les moyens de la prendre, poui*quoi n'en aurait -on pas le droit? S'il est difficile de bloquer aussi rigoureusement toute une côte qu'un seul port, les vaisseaux neutres rompront le blocus à leur propre risque.

Voyant ses côtes bloquées, Bonaparte par le décret de Berlin déclara les îles britanniques elles-mêmes en blocus, comme dans une rixe on renvoie une injure à celui qui l'a proférée. Le gouvernement anglais pouvait mépriser cette menace fanfaronne , puisqu'il aurait fallu des forces navales immenses pour la réaliser, et que celles

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que commandait la France étaient à peu près nulles. Si c'était une représailles elle ne tombait que sur les neutres s et elle était une violation de leurs droits inlSniment plus forte que tout ce que l'Angleterre s'était jamais permis. Bonaparte déclarait à tous les états maritimes: »Je n'ai pas un seul i^vaisseau de guerre en mer, pour empêcher que »vos bâtiments n'aillent en Angleterre^ mais je vous »le défends. Je ne puis empêcher les vaisseaux ^anglais de sortir et de naviguer librement sur >>toutes les mers; mais je vous ordonne de les » exclure de vos ports. Si vous ne vous interdi- »sez pas tout commerce avec l'Angleterre, c'ea »est fait de vous: je vous attaque et je ne pose- ^rai les armes que lorsque vos côtes seront gar-« »dées par mes propres douaniers. «

Ce n'est pas tout. Comme il j avait des états maritimes, que Bonaparte ne pouvait pas atteindre par la voie de terre ferme, entre autres l'Amérique, il fit exprès pour ceux-là une ordonnance qui porte: aussitôt qu'un bâtiment neutre aura été visité par des vaisseaux de guerre anglais, qu'il aura relâché par leur ordre dans un port d'Angleterre et payé des di'oits, son pavillon est dénationalise^ et partout où on le saisira il sera déclaré de bonne prise.

Ainsi Bopaparte punit les neutres de leur faiblesse qui les met hors d'état de s'opposer aux prétentions du gouvernement britannique. Pour motiver cette horrible injustice, il dit que chaqu^o état a le devoir de maintenir sen indépendance«

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Oui f sans doute : mais c'est un devoir qu'il a envers lui-même, et non pas envers vous; qui vous donne le droit d'en demander compte? D'ailleurs, une obligation ne va jamais au-delà de la possibilité.

De tout ceci il résulte que, si l'Angleterre quelquefois traite durement les neutres, Bonaparte ne souffi*e absolument pas qu'on le soit, et qu'il détruit, autant qu'il est en lui, jusqu'à l'ombre des droits de la neutralité. La violence de ses procédés étant telle, pendant que ses escadres sont bloquées dans ses ports: que ferait-il, s'il était le plus puissant sur mer?

Le ministère français ne cesse de proclamer la liberté des mers comme le but sublime du système continental ; c'est le mot de ralliement à chaque nouvelle guerre. Néanmoins dans toutes les négociations avec l'Angleterre, ce même ministère n'a pas seulement fait le compliment aux neutres de proposer pour l'avenir une stipulation en leur favem*.

Depuis vingt ans on a inondé l'Europe de déclamations et de calomnies contre le gouvernement britannique; depuis dix ans les journaux et autres écrits politiques publiés en Angleterre sont de la contrebande en France et dans tous les pays soumis à son influence ; on défigure les faits en ne donnant que des extraits mutilés des gazettes de l'opposition. Peu s'en faut, que de même qu'on

a mis dans le nouveau catéchisme français une

leçon sur les droits sacrés de la dynastie Napoléon, on n'y ait inséré comme un article de foi>

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que les Anglais sont les tyrans des mers et les éternels ennemis du continent. Nous venons de réfuter la première de ces imputations ; la seconde disparaîtra devant l'examen des véritables rapports de l'Angleterre avec l'Europe,

On qualifie les Anglais de nation marchande. Cela peut se dire en ce sens que le commerce est une des bases principales de leur richesse et de leur puissance^ et que par conséquent dans les transactions publiques leur gouvernement ne doit pas perdre de vue les avantages commerciaux; mais cela est faux de toute fausseté^ si l'on prétend soutenir que le commerce soit leur occupation exclusive, leur unique ressource, et qu'il n'entre pas d'autres matériaux dans l'admirable structure de leur prospérité nationale.

Le métier de marchand, exercé dans une sphère bornée , par incapacité ou aversion pour d'autres occupations, avec un désir de gain disproportionné aux moyens, produit l'esprit mercantile , justement condamné , comme égoïste et contraire à une manière de penser noble et désintéressée. Mais lorsque le commerce ce fait en grand par une nation grande et éclairée, dont les institutions sociales sont le chef-d'œuvre de la raison et de l'expérience; chez laquelle les sciences et les lettres, les arts mécaniques et l'agriculture, loin d'être négligées, se perfectionnent à mesure que les spéculations commerciales s'étendent: alors le commerce conduit nécessairement à des vues lib^ raleS; et rend cosmopolite. Non seulement, pour

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être florissant^ il a besoin de paix et de liberté; mais un peuple commerçant par excellence est intéressé à ce que les autres jouissent aussi de ces biens. La guerre enlève des bras au travail y en même temps qu'elle consume une quantité de productions: elle appauvrit donc, d'ordinaire, les deux états belligérants, toujours au moins l'un d'eux. La liberté, le règne de. lois équitables, à l'exclusion de tout, acte arbitraire, garantit la propriété, et c'est sur cette garantie que repose le crédit public et particulier. Peut- on croire qu'une nation commerçante se réjouisse de l'oppression et de la ruine de celles, avec qui elle fait le commerce? Elle ne trouverait plus de marché: car un pays pauvre n'a rien à vendre, et n'a pas de quoi acheter. De petits marchands peuvent être jaloux les uns des autres, vouloir s'emrparer d'un monopole, accaparer des marchandises, enfin employer tous les moyens pour surfaire ; et la politique de quelques états s'est souvent ressentie de ces vices du métier. Mais de tels artifices ue sauraient profi- • ter à la longue : dans les relations commerciales des états comme des individus rien n'est durable que ce qui est volontaire dans toute la force du terme, et fondé sur des avantages mutuels. Lorsqu'une nation a gagné les devants dans la plupart des branches de Tindustrie humaine; que sa navigation aussi sûre que hardie embrasse le globe, et pratique les vastes voies de l'Océan comme des canaux dans l'intérieur; que les productions les plus précieuses de tous les climats affluent dans

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ses ports, aussi bien qae les matières premières les plus communes; qu'elle possède Tart de centupler la valeur de celles-ci, en les façonnant avec une solidité, un fini et une élégance achevée, et que le perfectionnement du mécanisme épargnant la main-d'oeuvre, lui permet de donner ses productions manufacturières comparativement à trèsbon marché: alors tous les progrès de la civilisation, soit en étendue, soit en intensité, sont autant d'augmentations de son capital. C'est avec le surplus du travail productif sur la consommation dans l'intérieur, qu'un peuple se procure des ^marchandises étrangères ; et plus il aura d'objets à vendre, plus il en pourra et voudra acheter. Le goût des ' commodités de la vie, des jouissances du luxe, de tous les embellissements extérieurs de l'existence, peut se répandre dans toutes les classes, se multiplier et varier à l'infini; on ne saurait assigner un terme à ses raffinements. Une nation qui sait satisfaire ce goût par mille moyens au degré le plus éminent, ne peut que gagner aux accroissements de la population et de l'aisance chez les autres.

L'expérience de plusieurs années semble prouver que l'Angleterre, à la rigueur, peut se passer de l'Europe, quoique ce ne soit pas sans gêne et sans privations. Les trois autres parties du monde sont plus ouvertes que jamais à ses spéculations mercantiles, à ses établissements coloniaux, à ses conquêtes même, s'il en faut pour soutenir les uns et les autres. Nous ne prétendons pas nier que

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les relations européennes ne soient très-importantes pour l'Angleterre, mais elles ne le sont qu'autant que l'Europe reste ce qu'elle a été jusqu'ici: le merveilleux foyer de lumières et de perfectibilité intellectuelle, qui a concentré dans un espace comparativement petit et peu favorisé de la nature, la population la plus nombreuse, la plus active et la plus puissante par l'ascendant de la pensée. Mais si, par ce nivellement afeeux dont tous les états sont menacés, l'élan, des caractères nationaux allait s'éteindre dans une uniformité machinale ; si le despotisme le plus insolent et le plus illibéral plongeait l'Europe dans la misère et la barbarie, elle ne serait plus qu'un coin cliétif de notre globe, dont il ne vaudrait pas la peine de s'occuper: et l'Angleterre, restant à flot comme l'Arche au milieu du déluge, trouverait d'amples dédommagements, en dii'igeant tous ses efforts vers ces vastes et superbes contrées de l'Asie où la civilisation est devenue stationnaire par sa vétusté; vers d'autres vierges encore, en Afrique, en Amérique et dans l'Océan pacifique, où la nature prodigue n'attend que la main ordonnatrice de l'homme. N'oublions pas qu'il existe déjà une Europe au delà de l'Océan, nos langues, nos mœurs, nos lumières y ont été transportées; cette Europe transatlantique n'est qu'ébauchée, parce qu'elle a été négligée ou mal administrée: la partie devenue indépendante s'est développée avec une étonnante rapidité. S'il n'y a pas quelque heureux retour pour nous autres Européens, bientôt la jeunesse vigoureuse de la nou-

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velle Europe pourra faire honte à la décrépi tude de la mère patrie. Dans plusieurs pays confédé-^ rés de la France des projets d'émigration vers l'autre hémisphère sont traités comme un crime d'état, tandis que le gouvernement anglais par la sagesse de ses lois en peu d'années a transformé un lieu de déportation pour des criminels en colonie florissante. Peut-on méconnaître ce que de tels symptômes nous annoncent?

Bien loin que l'Angleterre puisse trouver son compte à fomenter les troubles et perpétuer les dissensions du continent, elle est intéressée à cç que l'Europe, après vingt années de déchirements, jouisse enfin de la paix, mais d'une paix garantie par la stabilité des gouvernements, et le rétablis^ sèment des barrières de l'indépendance de chaque état Qu'on ne dise pas que le ministère anglais suit une politique à part des intérêts de la nation : cela est rendu impossible par la constitution britannique, en vertu de laquelle le gouvernement doit toujours céder aux vœux de la majorité éclairée. L'Angleterre continue la guerre avec des sacrifices immenses, elle pourrait acheter sa paix par un seul trait de plume, en signant le système • actuel d'oppression comme le nouveau code de droit public européen. Il en résulterait le plus ^rand découragement pour les puissances qui sont encore debout, et pour les peuples qu'en dépit d'eux leurs princes ont enchaînés au char de triomphe de l'usurpateur universel. L'Angleterre,' restée étrangère à tout projet de conquête en Eu-

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rope^ malgré les occasions séduisantes qui se sont présentées, a toujours été fidèle à ses engagements, toujours zélée pour secourir ceux de ses alliés qui ne se spnt pas abandonnés eux-mêmes. Comme elle le doit, elle combat d'abord pour son propre salut; mais convenons avec candeur qu'elle combat aussi avec un noble dévouement pour la cause européenne.

Les administrateurs de Bonaparte, comme défenseurs officiels de cet anathème général contre le commerce anglais, soutiennent qu'il doit tourner à l'avantage du commerce intérieur, et de l'industrie agricole et manufacturière du continent; ils se fondent sur ce que l'Angleterre a elle même une quantité de lois prohibitives sur l'importation de l'étranger. Il faut d'abord remarquer que l'exportation aussi est anéantie par le système continental, puisque celle pour l'Angleterre est interdite par le décret de blocus, et qu'il n'y a point de marine pour protéger le reste de la navigation des pays' qui sont en état d'hostilité contre elle. Le transport par teiTe à de grandes distances est tellement coûteux qu'il rend lé débit de beaucoup d'espèces de productions absolument impossible , et les canaux qui doivent suppléer à la navigation extérieure, ne sont jusqu'ici que de magnifiques projets. Ensuite les mesures prohibitives à l'égard de l'importation, prises avec les précautions et les modifications convenable^, peuvent avoir un bon effet, lorsque dans un pays il y a déjà un mouvement progi'essif d'industrie et de prospérité.

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Car il est clair qu'il faut des capitaux disponibles ou du moins des épargnes pour améliorer l'agriculture et l'exploitation des productions naturelles, pour fonder des manufactures et les perfectionner; rien de tout cela ne se fait sans de grandes avances. Mais quand les villes maritimes naguère si opulentes sont totalement ruinées par la fermeture de leurs ports, quand toute espèce d'industrie est écrasée par le poids des impôts, quand la guerre moins économe de la vie humaine que jamais, ùlt continuellement des saignées à la population, et enlève chaque année une grande partie de la jeunesse aux travaux utiles : alors la prohibition subite et générale des importations auxquelles on s'était habitué depuis longtemps, ne peut conduire qu'à des résultats fâcheux, Les manufactures indigènes, délivrées de la concurrence, fourniront des marchandises chères et de mauvaise qualité; une cherté artificielle et disproportionnée avec les moyens d'acquérir, s'étendra sur toutes les denrées; ne pouvant plus atteindre aux jouissances accoutumées, tout le monde se résignera aux privations; le défaut de consommation diminuera la recette des impôts indirects , et forcera le gouvernement d'en rehausser le tarif, ou, s'il est possible, d'en inventer de nouveaux; la misère et la dépopulation augmenteront dans une progression ef&ayante. Aussi la France et tous les pays soumis à son régime, s'appauvrissent-ils à vue d'oeil. Que l'on compare la Hollande d'aujourd'hui avec ce qu'elle était avant 1795! Après tout ce qu'elle avait souffert.

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la réunion à la France lui a porté le dernier coup par la banqueroute publique, car c'est ainsi qu'il faut nommer la réduction de la dette nationale au tiers consolidé, non pas à raison des capitaux, mais des intérêts. Dix-liuit ans ont suffi pour dissiper les richesses acisumulées par la sagesse et l'énergie politique, par l'économie et l'activité commerciale pendant plus de deux siècles. Le nord de l'Allemagne, en général plus distingué par une culture soignée que par la fertilité du sol, avait acquis un haut degré d'aisan/ce par des administrations éclairées et une longue paix. Depuis quarante ans ce pays n'avait été le théâtre d'aucune guerre, il resta tranquille même pendant celles de la Révolution jusqu'en 1806. Les villes anséatiques étaient plus florissantes que jamais, parce que le commerce expulsé de la Hollande s'y réfugia en grande partie. Dans l'espace de six années, à compter de la guerre de Prusse, ou de neuf depuis l'occupation du Hanovre, tout le nord de l'Allemagne a été ruiné de fond en comble. Un (calculateur exact s'est attaché à prouver que, malgré la prétendue prospérité des finances, dont les ministi*es de Napoléon font parade, un déficit existe dans ses recettes, qu'il est constamment forcé de combler par des enti*eprises guerrières: n'osant pas diminuer son état militaire, et ne pouvant pas l'entretenir avec les moyens de son propre txésor. Quoi qu'il en soit, il est certain, que non seulement il a régularisé et perfectionné au plus haut point l'art de faire subsister ses troupes aux dé-

EsMis lut. et hUt. • 5

pens de Tennemi; mais même dans les intervalles de paix il ne Ifs laisse guère rentrer en France. Les alliés les plus heureux sont ceux dans les états desquels des armées nombreuses ne font que passer; d'autres doivent pourvoir à tous leurs besoins et même à leur luxe pendant un long séjom*. Surtout il a soin d'avoir toujours quelque pays en réserve^ principalement livré aux exactions^ jusqu'à ce que son sort soit définitivement fixé : quand il n'y a absolument plus rien à extorquer, alors il le réunit au grand Empire, ou en fait généreusement don à quelque allié. Les heui*eux habitants de la Suède qui n'ont jamais vu une armée de Bonaparte inonder le sol de leur patrie, ne sauraient s'imagiâer ce que coûtent de tels amis: tel petit district de l'Allemagne peut en fournir des détails et des comptes bien constatés, dont le montant en effet dépasse toute croyance.

Les partisans opiniâtres de Napoléon diront encore, que ces maux passagers proviennent de la résistance à ses grands desseins régénérateurs , et que les peuples n'ont à s'en prendre qu'à leurs anciens gouvernements ; inais qu'une fois bien lié au système fédéral de la France, on a l'avantage de voir la guerre loin de ses frontières , et qu'à l'ombre de cette puissante protection, l'on répare bien vite ses pertes. Mais le moyen de respirer à côté d'une ambition aussi infatigable ? Napoléon demande à ses alliés comme à ses sujets, de l'argent et des hommes, et encore des hommes et de l'argent. Ses .demandes ne sont point mesurées

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sur leurs moyens ^ mais sur ses besoins , toujoui^s \u*gents et toujours, exorbitants. Il n'est pas dans son caractère de rien ménager pour en assurer la durée: il ne connaît point d'avenir au delà de sa prochaine enti^eprise.

Lés princes confédérés sont donc obligés d'avoir constamment sur pied un état militaire hors de proportion avec la population et les revenus de leurs états. Au lien que les troupes de Bonaparte vivent à discrétion chez eux^ ils restent chargés de la solde de leurs troupes et de tous les trais, lorsque ces troupes sont employées dans les guerres les plus lointaines y et qui ne concernent en rien leur patrie. Les contingents de chaque état confédéré sont fixés en apparence: à quoi cela sert-il; quand la volonté du maître suffît pour les faire doubler ou tripler? Ensuite il n'est pas stipulé que les auxiliaires fourniront un certain nombre d'hommes une fois pour toutes pendant chaque guerre 5 au contraire, à mesure que le fer ennemi moissonne les soldats , que les maladies sous un ciel étranger les enlèvent, Jl faut remplir les lacunes: et comme on est de préférence prodigue des auxiliaires , c'est un gouffre , dont la vaste profondeur engloutit tout sans qu'il y paraisse. Gomme cette alliance offensive entre le grand Empire et des états du second et troisième rang est toute aux dépens de ceux-ci, toute à l'avantage an puissant, on ne saurait permettre aux j^euples d'avoir un suffrage dans leurs propres affaires. Par conséquent les rois vassaux doivent être aussi

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absolus chez eux que leur maître l'est en France, et Napoléon les a rendus tels.

Depuis Louis XIV les Français étaient accoutumés à donner le ton en Europe. L'éclat de ce règne, célèbre dans la littérature comme dans leÈ armes ; Tuniversalité de la langue irançaise qui date de là; la politesse animée de leurs maniè^ res: tout concourait à faire rendre à la France par toute l'Europe l'hommage volontaire de l'imitation. Cet ascendant européen, devenu frivole sous la Régence et sous Louis XY, introduisant partout dans le grand monde Tincrédulité religieuse et morale aussi facilement que des coiffures et de$ coupes d'habits, fut néanmoins très -avantageux au succès de la Révolution. La France voulut alors donner à l'Europe, au monde entier, des modes parisiennes en politique: et le moyen, de ne pas accepter avec extase des constitutions façonnées dans la résidence du bon goût! Que les formes du gouvernement doivent être adaptées au caractère, aux facultés, aux habitudes de chaque nation, aux circonstances locales de chaque pays ; qu'aucune transition subite et non préparée ne saurait produire un effet dm^able : ces vérités tellement évidentes, qu'elles frappent le simple bon sens, furent méconnues par les missionnaires de la propagande révolutionnaire. Ils voulaient communiquer au genre humain entier les bénédictions de leur nouvel ordre ou désordre social, avant de les avoir goûtées eux-mêmes. D'abord on convoquait partout de Assemblées nationales 5 ensuite le

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Directoire du Luxembourg enfanta de petits directoires ^ cisalpin y batave et helyétique; plus tard il y eut un Président ou un Grand-pensionnaire à rinstar du Premier Consul: enfin aujourd'hui il faut partout une monarchie absolue et^ si faire se peut} la dynastie Napoléon. Ce phénomène était jusqu'ici inconnu en Europe : les . monarchies qui passaient pour les moins limitées Tétaient encore d^ mille manières: par Tinfluence de la noblesse eC du clergé ; par d'anciens usages qu'on n'osait pas enfreindre ; par l'émulation de libéralité qui dans le dix- huitième siècle existait parmi tous le$ gouyernements ^ par la force de l'opinion européenne, enfin par la liberté de la presse qui, si elle était opprimée quelque, part, se réfugiait dans l'état voisin. En France les niveleurs au nom de l'égalité républicaine ont déblayé le chemin pour le despotisme; rien que le trône ne s'élève audessus de la poussière; les nouvelles prérogatives et distinctions de rang ne sont que des fantômes que leur inventeur peut faire rentrer dans le néant. Le régime de Bonaparte se compose en général de deux éléments: l'un, ce sont des mesures révolutionnaires rendues permanentes par une exécution méthodique; l'autre, les abus de l'ancienne royauté, ressuscites et multipliés. Il y avait une Bastille en France: il en à érigé huit; tout est dans cette proportion. On s'est scandalisé du luxe de l'ancienne cour; elle était modeste, comparée au faste de la nouvelle. Les rois de sa création l'ont imité à cet égard: sentant bien qu'ils man-

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