A MON FRÈRE
Quand pour Anvers, la ville aux brouillards lourds et froids,
Le grand Rubens eut peint la Descente de croix,
Ne pensant point encor sa tâche terminée ,
Ainsi qu'un ouvrier le soir de la journée,
Il n'alla pas chercher, en tendant les deux mains,
Ce qui lui revenait pour cela de florins.
Mais sur l'un des volets qui comme un chaste voile
Devaient se refermer chaque nuit sur sa toile,
Laborieux artiste, avec émotion.
Il peignit aussitôt la Visitation.
La Vierge, au premier plan, s'avance jeune et blonde, Les cheveux ruisselant sur le cou comme une onde; Belle, et ne sachant rien pourtant dfe sa beauté , Grave et digne, cl le bras pendant à son côté, Elle monte à pas lents les escaliers de pierre, La tête un peu penchée et tournée en arrière, Laissant de ses yeux bleus un limpide regard Vers le vague horizon s'égarer au hasard. Et certes, à la voir, on dirait qu'elle ignore, Tant son front, où se joue un rayon de l'aurore,
De sereine candeur et de grâce est empreint, L'avenir dévoilé que souvent elle a craint.
Ton tableau, Paul Rubens, peintre au cœurdepoèie, C'est notre vie à nous, comme Dieu nous l'a faite. C'est le printemps d'abord : bois touffus, lac dormant, Oii la lune le soir plonge amoureusement ; Parfums des nuits d'été, prés verts, fraîches rosées, Sur toute chose humaine illusions posées; Temps où le cœur est chaste, et ne demande rien Qu'un seul rayon d'amour, — où l'on aime le bien, Où l'on court en tout sens après la poésie. Au gré du vent qui souffle et de la fantaisie. On est grand , on est fort, on peut tout. On voudrait Êire Dante ou César, — demain on le serait ! Mais cela dure peu. Le froid vient, le vent change , Le lac se trouble, et l'eau remonte avec la fange ! Et de ce saint désir pour le bon, pour le beau, Mille désirs mauvais éteignant le flambeau, La foi, la poésie, aux ailes transparentes. Par le sentier désert s'en reviennent pleurantes. C'était la Vierge, au front baigné par le soleil; Le Calvaire apparaît... — Beau rêve, affreux réveil !
Dans le palais Pitli, palais d'un luxe étrange, Tout en étudiant Rapliaël, Michel Ange, Ghirlandajo, Corrègc, hommes aux hors pinceaux, Sans me lasser, Rubens, j'admirais tes tableaux , Carmieuxqu'uM Florentin, mi'ux qu'eux tous, tu susrendre La lumière et la vie, ô grand peintre de Flandre !
Florence