SCÈNE QUATRIÈME
Le devant du château de Glocester.
Le roi Lear rencontre Kent attaché à des ceps; et, après avoir entendu le récit du traitement fait à son messager, il veut parler à Regane et à son gendre, qui lui font répondre, par le duc de Glocester, qu'ils sont fatigués du voyage et ne peuvent le voir.
Lear renvoie Glocester, pour leur commander de se rendre auprès de lui, et fait mettre son serviteur en liberté. Regane paraît avec son mari , et n'accueille le roi que par l'exhortation de retourner auprès de Gonerille.
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(c (3) Jamais , ftegane. Elle m'a dëpouillé de la moitié de ma suite-, elle m'a jetë de noirs regards-, et , de sa langue semblable à celle du serpent , m'a blesse jusc[u'au fond du cœur. Tombent sur sa tête ingrate tous les trésors de la vengeance du ciel! Vents, cpii saisissez les sens, frappez de difformitë ses jeunes os Foudres agiles , lancez , pour les aveugler , vos flammes dans S06 yeux méprisants. Empoisonnez sa beauté , vapeurs , quie du fond des marais a fait exhaler le puissant soleil , pour vous laisser retomber sur elle, afin de flétrir son orgueil. »
Dans le moment où le roi prononce ces violentes imprécations , on annonce que Gonerille vient visiter sa sœur. Elle entre ; Regane l'accueille avec empressement , et déclare au roi que , s'il ne veut pas retourner chez Gonerille, elle ne le recevra qu'avec vingt-cinq chevaliers. Gonerille , à son tour , refuse même d'entretenir aucun serviteur particulier pour son père , en lui disant qu'elle a dans son palais assez de gens pour le servir. Lear est alors au comble de la rage et de l'indignation.
(3) Never, Regan:
She hath abated me of half my train ; Look'd black upon me; slruck me with her longue > Most serpent-like , upon the very heart : — Ali the stor d vengeances of heaven fall On her ingrateful top î strike her young bones, You taking airs , with lameness î
You nimble lightnings, dart your blinding fiâmes Into her scomful eyes î Infect her beauty , You fen-suck'd fogs, drawn by the powerful sun, To fali and blast her pride !
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« (4) Ciel ! donne-moi patience -, c'est de patience que j'*ai besoin. Vous me voyez ici , 6 dieux , moi pauvre vieillard, aussi accable de douleurs (jue d^annëes , misérable par les unes et par les autres ! Si c'est vous qui excitez le cœur de ces filles contre leur père , ne me réduisez pas à cette imbécillité de le supporter tranquillement-, touchezmoi d'une noble colère. Oh ! ne souffrez pas que des pleurs, armes d'une femme , souillent mon visage d'homme ! •— Non, sorcières dénaturées , je tirerai de vous de telles
vengeances que le monde entier doit — Je ferai de
telles choses.... -7- Ce que ce sera , je ne lésais pas encore, mais ce sera l'épouvante de la terre. — Vous croyez que je pleurerai -, non , je ne pleurerai pas. J'ai bien pleinement de quoi pleurer -, mais ee cœur éclatera par cent mille ouvertures avant que je pleure. — O fou , je perdrai la raison. ))
(4) You heavens , give me that patience , patience I need ! You see me hère, you gods, a poor old man.
As full of grief as âge; wretched in both î If it be you that stir thèse daughters* hearts Against their father , fool me not so much To bear it tamely; touch me with noble anger! O , let not women s weapons , water-drops , Stain my man*s cheeks î — No , you unnatural hags, I will hâve such revenges on you both , That ail the world shall — I will do such things , — What they are , yet I know not; but they shall be The terrors of the earth. You think, l'il weep,* No , ru not weep ; — 1 hâve full cause of weéping; butthis heart, Shall break into a hundred thousand flaws.
Or ère Fil weep : — O , fool, I shall go mad.
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avantcoureurs de la foudre qui éclate et brise les chênes, venez roussir mes cheveux blancs. Et toi , tonnerre , qui ébranles tout , écrase le globe du monde , brise tous les moules de la nature , disperse d'un seul coup tous les germes qui produisent Thomme ingrat !
Qronde tant que tes forces y'pourront suffire. Feux , lancez-vous -, pluie , précipite-toi : la pluie , le vent , le tonnerre , les feux , ne sont point mes filles -, éléments, je ne vous accuse point d'ingratitude , je ne vous ai point donné un royaume •, je ne vous ai point appelés mes enfants : vous ne me devez point de soumission. Accablezmoi donc à votre horrible plaisir*, me voici votre esclave, un pauvre vieillard infirme et méprisé. Mais non , je vous traiterai de lâches ministres, vous qui joignez votre puissance formée dans le ciel à la méchanceté de mes deux filles , contre une tête aussi vieille , aussi blanchie par les années, que la mienne. — Oh ! oh 1 cela est odieux (b) ! »
Kent survient et presse le roi de se mettre à l'abri dans une hutte voisine , et Lear s'y laisse mener par son fou , auquel il dit :
Nor rain , wind, thunder , fire , are my daughters ; I tax not y ou, y ou éléments , wilh unkindness , I never gave you kîngdom , call'd y ou children , You owe me no siAscription ; why ihen , let fall Your horrible pleasure ,* hère I stand , your slave , A poor , infirm , weak , and despis'd old man : — But yet I call you servile ministers, That hâve with two pernicious daughters join d Your high-engender d battles , *gainst a head So old and white as this. O î o î tis foui î
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(( (7) Ma raison commeuce à revenir. — Viens , mon enfant *, comment te trouves-tu, mon enfant ? Tu as froid, . j'ai frôîd aussi. Où est cette paille , mon ami? Que la nécessite est étrangement habile à nous rendre précieuses les choses les plus viles ! — Montrez-moî votre hutte. -^ Pauvre fou . pauvre garçon, j'ai encore dans mon cœur une place où je puis m'ajfiflîger pour toi (c). »